‹ Mélanges oratoiresChapitre 32 sur 67 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Notre état de prostration est un symptôme plus inquiétant peutêtre que nos aberrations. Il est moins triste encore d'errer à l'aventure que d'être étendu sur le bord du chemin. Or telle est aujourd'hui la crise d'affaissement que nous traversons. Semblable à une paralysie qui gagne successivement toutes les parties de l'organisme, la prostration s'étend dans toutes les directions où circule la vie universelle. On désespère de la patrie, on désespère des mœurs, on désespère de l'Église. Voici comment la glorification de la Compagnie primitive fournit des motifs et des gages à notre espérance, en lui apparaissant comme instrument de rénovation sociale, agent de restauration morale, preuve de l'immortalité de l'Église.

La Compagnie fut et peut redevenir instrument de rénovation sociale. Pour le bien comprendre, transportons-nous à son origine. Il ne fut pas moins désolé que le nôtre, le siècle où la Société naquit. Heureusement, à l'heure où les nations étaient troublées et les royaumes inclinés par cette tourmente sociale appelée la Réforme de Luther, Dieu les remit en équilibre par l'action réparatrice d'une autre réforme sortie de l'Église. Toute réforme exige une loi et des modèles. Une loi, pour en définir les limites et en régler les moyens: le concile de Trente fut cet oracle, qu'à travers les fracas des nouveautés turbulentes et les derniers écroulements du moyen âge, toute la catholicité écoutait à genoux. Il fallait encore des modèles de la réforme, pour en vulgariser la signification et en montrer la grandeur vivante : une étonnante génération de saints se lèvera pour remplir cette mission. Ainsi, en face du concile, qui est le code de la réformation, Dieu place, dans l'espace d'un siècle, plus de cinquante canonisations, pour en être le commentaire et la

preuve ; et tandis qu'avant, tout portait en Europe les traces de la décrépitude, après, tout fut mirqué des signes du renouvellement: en telle sorte que la renaissance de la sainteté fut l'aurore et la cause de toutes les renaissances.

Certes, la Compagnie de Jésus fournit son glorieux contingent à cette famille de sauveurs: ce fut d'abord saint François-Xavier, ce sublime Alexandre de l'apostolat ; ce fut Pierre Lefèvre, que Xavier implorait tout haut comme un saint pendant la tempête, que Codure nommait par écrit supérieur de la Compagnie, à défaut d'io^nace, comme ne lui étant pas inférieur en vertu, et qui en eût été certainement le second général, s'il ne fût pas mort avant le premier; ce fut saint François de Borgia, donné par une tendresse du Cœur de Notre-Seigneur à Ignace, en compensation de la perte de Lefèvre ; ce fut une lignée innombrable de bienheureux, parmi lesquels on compta plus de trois cents martyrs dans un siècle ; enfin, ce fut Ignace lui-même, père de cette nation choisie. Et la prédestination de ces grands mortels à la rénovation attendue est si peu douteuse, qu'elle est écrite en coïncidences miraculeuses dans l'histoire. La même année où Luther pousse son cri de révolte à la diète de Worms, Ignace tombe sur la brèche de Pampelune et se convertit à Loyola. La même année où Henri YIll fonde l'anglicanisme, Ignace cimente les premières pierres de son œuvre de défense à Montmartre. La même année où Christophe Colomb découvre l'Amérique, vient au monde le chef des apôtres qui devaient la civiliser. Partout, en un mot, la répétition de ces préparations divines qui font apparaître saint Augustin ici-bas le même jour que Pelage, et Cyrus au moment de la destruction du temple par Xabuchodonosor. Saluons, à leur avènement parmi nous, les régénérateurs de l'Europe moderne, et n'attribuons ni les prodiges de leur avènement ni ceux de la régénération au hasard historique, pour nous dispenser de la gratitude envers leur auteur. Que conclure maintenant de tels souvenirs ? Ils se dressent devant nous, en cette solennité commémorative, pour nous dire : Avez des saints, et vos ruines se relèveront. Grande erreur de croire qu'il ne faut que des généraux, des ministres, des orateurs et des ingénieurs pour la reconstruction de la France ! Il faut la foi pour ressusciter les morts, et de grands prédestinés de Dieu pour rame-

ner la vie au cœur des nations tombées en évanouissement. Pour moi, je la professe, cette superstition de croire que nous ne sortirons de l'abîme que lorsqu'un sauveur surnaturel nous tendra la main. Ce qui nous manque, dans l'ordre des vertus comme en politique, ce ne sont pas les forces, c'est la force dirigeante. Et l'iiisloire vient en confirmation de ma croyance, car chaque restauration sociale porta, chez nous, le nom d'un saint ; et quand il se fait des ruines quelque part, ce n'est ni un conquérant ni un philosophe que Dieu appelle pour les faire palpiter, mais il dit à un des siens : Yerse-là ta parole, fais passer ton souffle sur ces débris, et c'est ainsi que se ranime le sépulcre des nations.

0 bienheureux envoyé, que l'Église tient encore caché dans les profondeurs de son sein ! laissez-moi vous saluer sous les voiles transparents de notre horizon ! Cet envoyé sortira-t-il des rangs des Jésuites, des Dominicains, des Carmes, des Capucins? Je l'ignore; mais ce que je sais bien, c'est que son avènement sera pour nous le commencement d'une ère. Et quand il sera là, si on vient vous dire : J'ai entendu la Révolution aiguiser ses armes dans les souterrains de la société, ne vous troublez pas ; et que si on vient vous dire : J'ai vu les barbares du Nord reprendre le chemin de Paris, ne vous troublez pas davantage. Quand Attila sera à nos portes, saint Léon sera à notre tête; et devant de telles apparitions, les fléaux de Dieu ne passent pas ! Oh ! qui me donnera de le voir, avant ma mort, ce rédempteur dont je me fais aujourd'hui le Siméon, de le servir à son autel, de baiser le bord de sa tunique, et de me taire à jamais en écoutant cette grande voix !

La Compagnie primitive relève encore nos espérances comme agent de restauration morale. Certes, je ne disconviens pas de la décomposition et des caractères putrides de notre civilisation ; mais, quelque purulentes que soient nos plaies, l'Église possède des baumes pour les cicatriser. J'en atteste l'exemple du siècle de saint Ignace. Alors comme aujourd'hui, bien des restaurations étaient nécessaires dans les cloîtres et dans les cours, dans le sanctuaire et dans la société. Voulez-vous connaître le principal réformateur par qui Dieu va opérer ces salutaires transformations? Écoutez-le, cet apôtre surprenant que les écoles n'ont pas formé. Sa langue.

composée d'espagnol et d'italien, de français et de latin, est une sorte d'idiome catholique compris depuis Madrid jusqu'à Jérusalem. Mais c'est en vain que son style fait sourire, son accent fait pleurer, et l'université de Paris, troublée dans ses habitudes, oublie l'heure des cours, quand maîtres et disciples se sont groupés autour d'Ignace pour l'entendre parler de Dieu. Non, non, ce n'est ni Chrysostome ni Basile, c'est un semeur de la place publique ; et si vous désirez connaître ses chefs-d'œuvre oratoires, les voici : après chaque catéchisme, il s'écrie en regardant au ciel: oc Mes enfants, aimez Dieu de tout votre cœur, de toutes vos forces, de toute votre volonté » ; et cette péroraison, accompagnée d'un sanglot ineffable, remue les peuples comme un souffle puissant.

Et cependant, ce diseur modeste conçoit le gigantesque dessein de refaire la carte de l'univers catholique, et, du haut de Saint- Pierre de Piome, il mesure la terre. Jésus disait à ses disciples : a Allez et enseignez les nations w ; celui-ci dit aux siens : Allez et mettez le feu partout, Omnia incendite. L'on a parlé des ambitions de ce conquérant; je ne l'en défendrai pas, car j'en ai vu la preuve écrite de la main de ses fils à la voûte de la belle église du Collège romain. Là, un peintre célèbre de la Compagnie a représenté Ignace dérobant des flammes au Cœur du Dieu-homme et les faisant passer aux Jésuites de France ; ceux-ci les communiquent à leurs frères d'Amérique, ceux-ci à l'Asie, d'autres à l'Afrique ; et tandis que, de l'une à l'autre extrémité du monde, l'incendie se propage, Ignace satisfait s'écrie : « Je suis venu pour embraser la terre, et que désiré-je, sinon que le feu s'allume? » hjnem vent mitlere in terrain, el qiiid volo nisi ut accendalur /'Xo'ûk les convoitises de cet envahisseur, que l'amour des âmes consumerait, si la même flamme qui menace sa vie, dit-il, ne l'empêchait de mourir.

Eh ! qui pourrait exprimer la grandeur de la race qu'un tel amour engendra? Apôtres, docteurs, professeurs, martyrs, voyez comme ils sortent en foule du sein paternel pour allez combattre sur toutes les brèches de !a catholicité. L'un brillera comme un astre dans les conciles, et les Pères de Trente ne délibéreront pas quand l'accès de fièvre de Laynez les privera de ses lumières. D'autres sèmeront de merveilles les déserts d'Amérique, et feront tressaillir ce nouveau monde au fond de son cercueil retrouvé.

Enfin, Xavier conquiert tant de rivages, qu'il pourrait donner à Rome une scène mémorable, si, à l'exemple du cardinal Carafta, il venait porter au Pape la clef de toutes les villes où il est entré en son nom. Rien de beau, moralement parlant, comme le spectacle d'Ignace, du fond de son oratoire, commandant à cette immense conquête, faisant passer aujourd'hui une frontière à Jésus-Christ, le conduisant demain aux portes d'un empire à convertir, et acquérant ainsi, en quelques années, une domination plus vaste que celle de Philippe II. Et cette restauration est si peu chimérique, que si vous effacez l'influence de la Compagnie au milieu des trois derniers siècles, à la place un abîme de souillures s'entr'ouvre ; et, quoique l'Église n'ait besoin que d'elle-même pour vaincre, on se demande à quel degré aurait monté le flot du protestantisme, du jansénisme et de tant d'autres débordements, si le doigt d'Ignace ne lui avait dit : Tu t'arrêteras là !

Voilà ce qui s'est fait, voilà ce qui peut se faire encore, ou par cette Compagnie, ou par les saints que d'autres compagnies enfanteront. Et pour de tels enfantements, il n'y a point de limites d'âge imposées à la fécondité de l'Église. Comme Sara, elle ne sourit pas des bonheurs tardifs promis à son sein, parce qu'il est éternellement jeune, ainsi que celui de la terre. Au reste, quand il s'agit de l'influence des saints, ce n'est point leur nombre qui la mesure, c'est leur prédestination. De même qu'avec un peu d'encens on parfume tout un temple, qu'avec un peu de levain on met toute une masse en fermentation, avec un serviteur illustre. Dieu opère, dans son Église, des multiplications inespérées. Que plusieurs curés d'Ars, par exemple, soient suscités dans le clergé séculier de France, bientôt la face morale de la France sera renouvelée. Pareillement, que dans nos familles religieuses surgisse un second Père Lefèvre ; qu'il donne, comme le premier, à l'Église un nouveau Xavier, un nouveau Canisius, un nouveau François Borgia ; et ces quatre leviers puissants, appuyés sur le trône de saint Pierre, suffiront à soulever et retourner l'assiette morale de la catholicité.

Enfin, la Compagnie est un pronostic d'espérance en prouvant l'immortelle vitalité de l'Église. Elle la prouve, parce qu'elle en

tire cette fécondité miraculeuse en vertu de laquelle les Jésuites sont aujourd'hui plus nombreux qu'ils ne l'étaient avant la persécution déchaînée contre eux ; mais elle la prouve, surtout, en attestant qu'il y a, dans l'Église, un pouvoir supérieur à celui d'empêcher les ordres proscrits de mourir : le pouvoir de les ressusciter. Je termine par l'histoire de ce prodige trop oublié. Ce que nous détestons le plus dans les hommes, ce ne sont pas leurs défauts, qui nous vengent de notre petitesse ; ce sont leurs avantages, qui l'humilient. Voilà pourquoi, sans doute, Jésus, qui fut le plus parfait des hommes, est celui qui a le plus d'ennemis, et Ignace a tant de ressemblance avec Jésus. Mystère honteux pour la nature humaine que l'impopularité de cet incomparable patriai'che ! Nul n'eut un génie plus élevé que le sien : de même que David entrevit par une intuition lointaine l'architecture du temple, des profondeurs de Manresa Ignace aperçut le plan de la nouvelle Jérusalem qu'il devait créer ; et cependant, quelles inepties n'ont pas été débitées sur sa création ! Nul n'eut une âme plus extatique que lui : en descendant de l'autel, haletant comme un chérubin fatigué de ses ivresses, il tombe dans un ravissement de bienheureux ; il a avec Dieu des communications si intimes, que si les livres saints étaient supprimés, les confidences qu'il a reçues, ditil, lui en tiendraient lieu ; enfin, il passe ici-bas comme un homme de l'autre bord, dévoré par la nostalgie de l'exil et par le mal du Paradis ; et le monde, cependant, le traite comme un tacticien sans élan et un aride professeur de perfection. Nul n'eut un cœur plus attachant ni plus attaché que lui : l'histoire conte que, vers la fin de sa vie, Ignace avait des accès de tendresse ineffable pour les siens, et, quand ils revenaient de leurs voyages apostoliques, il les pressait longtemps sur sa poitrine, et il pleurait à leurs récits ; et dans cette étreinte du père, tous les cœurs de sa famille se sont si bien fondus, que trois siècles n'ont pu altérer leur unité. Eh bien ! voilà le fondateur qu'on accuse d'avoir remplacé, dans ses œuvres, l'amour par les combinaisons !

Comme modèle, il pratique des vertus effrayantes, et on le repousse pour cause de folie ; comme fondateur, il montre du génie, et on l'accuse de s'en être servi. De son vivant, déjà, il est dix fois traduit et relaxé. Tandis qu'en son absence les siens sont

souvent applaudis clans leurs travaux, s'il se mêle à eux, ils sont bafoués ; et la défaveur qui le poursuit est telle, que, dans peu d'années, il existera toute une bibliothèque de pamphlets composés contre lui. 0 sublime incompris ! plus vous êtes méconnu, plus je vous vénère ; votre sainte impopularité me séduit, l'injustice des siècles me jette à vos pieds, et je voudrais faire de ma parole un démenti jeté àvosinsulteurs... Mais pourquoi fûtes-vous vous-même leur complice, en demandant pour héritage beaucoup de persécutions ?

Un jour vint, en effet, où cette prière fut cruellement exaucée. Le dix-huitième siècle, jaloux de la prépondérance d'Ignace, s'écrie : Voilà que tout le monde court après cet homme ! Jansénistes, philosophes, politiques, déclarent donc à l'envi qu'il est digne de mort. On dresse l'acte d'accusation : il se trouve coupable, à la fois, de prêcher le régicide et d'être le séide des rois, d'abrutir ses disciples et d'émanciper les esclaves, de professer le relâchement et de propager l'intolérance. La France, l'Espagne, le Portugal, vont porter ce honteux témoignage au Pilote universel, en dénonçant Ignace comme cause de la tempête européenne ; et le Pilote, en pleurant, ordonne que Jonas soit jeté à la mer... Ce jour-là, un grand chef-d'œuvre fut détruit par la malice des hommes, et les faux sages imitèrent la clairvoyance du fou cité par de Maistre, qui, mettant le pied sur une montre précieuse, s'applaudissait en disant : a Je t'empêcherai bien de faire du bruit ! »

Aussi, comme elle était triste la fête de saint Ignace avant 1814 ! En invoquant ce père sans famille, l'Église mêlait des larmes à sa prière. D'autant qu'en général, les ordres religieux se restaurent après avoir langui, mais ne ressuscitent pas après avoir expiré. Toutefois, quand les rois s'aperçurent que la mort des ordres innocents était suivie de celle des monarques innocents ; quand les scribes de la philosophie eux-mêmes constatèrent que l'extinction de la Compagnie n'avait rien ajouté ni à la paix ni aux lumières du monde, un sentiment général demanda le rassemblement des dispersions d'Israël. L'ère des réparations étant arrivée, Pie YII s'approcha du tombeau où Ignace paraissait endormi pour toujours ; il cria de cette voix entendue jusqu'à l'extrémité de la catholicité : Lazare, veni foras/ et Ignace, obéissant dans sa résur-

rection comme il l'avait été dans sa mort, cadavre en se relevant comme il l'avait été en tombant, se remit sur pied... Bientôt après, il apparut à la tête de la jeunesse dans les écoles, à la tête des missions dans les déserts, le premier sur toutes les listes de proscription, le premier à tous les martyres, et l'Europe put dire en le revoyant : Que ne faut-il pas croire de l'immortalité de l'Église, puisqu'elle commande ainsi à la mort !

Rien ne rassure mieux, en effet, sur la vitalité de l'Église, que la vue des ordres religieux qu'elle fait vivre ou revivre, et par qui elle fleurit. Aussi, supposé que la Révolution fût maîtresse en Europe, qu'elle eût incendié nos cathédrales, jonché le sol transtévérin des marbres de la Basilique vaticane, et que le Pape, devenu simple évêque de Rome in partibus infidelium, allât, de patrie en patrie, mendier une hospitalité de proscrit, pensez-vous que la terre en aurait fini avec le Christ ? Non : sur son vaisseau de passager en fuite, le Pape enfermerait, comme dans une seconde Arche, un Jésuite, un Dominicain, un Carme, un Curé, c'est-à-dire, tous les chefs de races nécessaires au repeuplement de la catholicité nouvelle ; il viendrait aborder à quelque lointain rivage, et, quand tout serait consommé parmi nous, là, tout serait à recommencer. Bientôt on verrait le touriste zélandais dont parle Macauley, accourir pour rêver au miheu de ces deux solitudes semées de ruines, qui furent Paris et Londres. Pendant qu'appuyé contre une arche brisée du pont Henri lY, il dessinerait les ruines de Notre-Dame, des catholiques inscriraient encore au-dessus du trône de Pierre déplacé, non renversé : Règne qui 7i'a point fin, ei des Jésuites s'élanceraient d'île en île pour crier à des chrétientés nouvelles : Le Christ était hier, il est aujourd'hui, il sera toujours!...

La légende de la Compagnie primitive de Jésus est un ravissement de mon enfance sacerdotale, qui n'a pas cessé encore de faire battre mon cœur, j'avais besoin de le proclamer. Que si j'ai trop obéi à mes sentiments intimes pour cette grande institution catholique, je demande votre indulgence. Nul, a-t-on dit, n'a les forces de l'amitié, s'il n'en a les faiblesses. Veuillez pardonner aux faiblesses de la mienne, par égard pour sa force, qui n'a pas besoin d'être pardonnée.

Maintenant, si j'ai peu ou mal parlé de vous, ô bienheureux Lefèvre, n'oubliez pas que c'était pour parler de ce que vous aimâtes plus que vous-même, la Compagnie. Si mon hommage n'est pas digne de vos vertus, n'oubliez pas qu'il l'est aussi peu de la profonde dévotion qu'elles m'inspirent. Enfin, si mes efforts me donnent quelque crédit comme suppliant en votre présence, je vous implore en faveur de ce pontife, toujours justement honoré chez les vôtres comme le père de la famille et le premier ami de la maison. Rendez-lui en consolations les bénédictions si aimées qu'il nous donne.

Et puis, laissez-moi placer aussi sous votre patronage, et vos frères, victimes en ce moment d'une persécution presque universelle; et cet auditoire, dont la sympathie les accompagne dans tous leurs prétoires et sur tous leurs calvaires ; et moi-même, qui serais si heureux de recueillir au contact de votre âme une étincelle de l'esprit qui les anime. Pénétrez-nous tous de ces sentiments dominants de la Compagnie primitive, qui étaient le mépris des choses présentes et l'amour de ce qui est éternel. Enseignez-nous l'humilité dans les outrages, que vous pratiquâtes si bien à Spire, et l'humilité dans les triomphes, qui fut une des grandes leçons de votre vie. Apprenez-nous la manière de bien parler à Dieu par l'oraison et celle de bien parler aux hommes par la prédication, dans lesquelles vous avez tant excellé. Communiquez aux prêtres ce don apostolique grâce auquel il n'y eut pas deux exemples de défection parmi vos pécheurs convertis ; communiquez aux fidèles ce goût de la perfection qui faisait de vous l'idéal du saint Jésuite, avant même que la Compagnie de Jésus existât. Enfin, gardant pour vous le privilège des extases et des guérisons miraculeuses, dont notre misère est indigne, obtenez-nous un peu de votre ressemblance ici-bas, et votre douce société dans le sein de Dieu.

A7ne7i.

PANÉGYRIQUE

DE

S^inSTTE CEOILE

PRONONCE

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