PROPAGATION DE LA FOI
De colleclis qus fiunt in snnctos. . . per unam sabbati vmtsqvisque apud se seponal, recondens quùd ci bene plncueril.
Quant aux collectes qui se font en faveur des saints, que tous les samedis chacun y pense en particulier, mettant de côté la part qui lui conviendra. / Cor., xvi, 1, 2.
Monseigneur
Notre époque, qui n'est féconde ni en grands hommes ni en grandes choses, est semée d'anniversaires glorieux. Ces splendeurs du passé rapprochées de la stérilité du présent en redoubleraient la tristesse, si l'histoire d'un peuple n'était pas comme la terre qui se fertilise en se reposant, et dont les années improductives préparent à l'avenir de riches moissons. Nous avons vu le plus beau centenaire de la mort de saint Pierre que l'Église ait célébré. Nous avons tressailli d'un sentiment ineffable au cinquantième anniversaire du sacerdoce prédestiné de Pie IX. Enfin, il y a aujourd'hui un demi-siècle qu'une modeste chrétienne jeta les bases de la conquête subhme appelée la Propagation de la foi ; et c'est pour fêter l'heure bénie où une si grande institution fit son avè-
^ Mgr Desprez, archevêque de Toulouse,
nement dans les fastes de l'Église et de la France, que vous êtes conviés ici.
Toutefois, c'est moins l'avènement qu'une renaissance de cette Propagation que nous allons solenniser. La création du 3 mai 1822 est une idée du premier siècle, fécondée dans le dix-neuvième par cette vitalité inaltérable et par ce pouvoir de résurrection qui réside au fond des inspirations chrétiennes, même après leur mort apparente. Si, au temps des Apôtres, une Église indigente avait besoin d'être secourue, nous dit le livre des Actes, une Église plus fortunée venait à son aide, et les largesses de Corinthe et de Macédoine soutenaient ainsi la détresse de Jérusalem. Ces premières collectes de la Propagation de la foi recueillies tous les samedis, par des mains qui avaient quelquefois porté des chaînes pour le nom de Jésus-Christ, ont payé la rançon du monde chrétien.
Un jour, en effet, dans ces réunions fraternelles de Rome ou d'Antioche, nos pères des catacombes jetèrent un regard de pitié vers les Gaules, alors plongées dans les ténèbres de l'idolâtrie. Un prêtre de l'assemblée intéressa, sans doute, la charité des fidèles à l'infortune de nos contrées, tout comme je sollicite aujourd'hui la vôtre en faveur des pays non évangélisés, et c'est du sein de ce cénacle que partit saint Saturnin ; c'est avec les subsides de cette cotisation qu'il voyagea, pour nous porter la bonne nouvelle : de telle sorte que nous fûmes une des premières conquêtes de la Propagation de la foi.
Mais un peuple généreux comme le nôtre ne pouvait être la conquête de cette noble Propagation sans devenir son premier conquérant. Les Églises des Gaules étant des colonies de la grande Église d'Orient, et l'Orient s'étant couché dans les ombres de la mort, c'était pour nous un devoir de charité et de justice de lui rendre la lumière que nous en avions reçue. Aussi, bientôt le soleil spirituel, à l'inverse de celui de la nature, se leva à l'occident, et, frappé de la puissance de notre prossélytisme, notre siècle eut raison de s'écrier : Rome, c'est Pierre ; la France, c'est Paul !
Comment naquit, au sein de la France, cette domination bien autrement étendue que celle de notre diplomatie et de nos armées ? Un soir. Pie Vil, exilé et dépossédé de ses États, ayant gravi la pieuse colline de Fourvière, regardait avec amour cette ville de