PAROLE DE DIEU
Deus eral verbum.
La parole était Dieu. {Joann., I, 1.
L'Église a pris un deuil de quarante jours, des exercices privilégic% viennent de s'ouvrir, votre chaire va publier de grandes vérités et de grandes miséricordes : que vous apporte ce mouvement évangélique ? que va-t-il vous demander ? Voilà une question préliminaire de votre part qui appelle notre réponse ; et, désireux de moraliser, dès le début, votre attention comme nos efforts, nous venons vous exposer une vérité qui est la règle de nos mutuelles obligations dans les rapports que la station va établir entre nous. Cette vérité, la voici : Ce n'est pas l'homme, c'est Dieu qui est dans la parole : Deiis crat verbum.
11 le faut bien : car, depuis le jour où ce texti fut édité, bien des tribunes sont tombées, bien des doctrines ont fini leur apostolat éphémère; seule, la chaire de Jésus-Christ n'a pas fait un seul instant silence, et elle va prêcher son dix-huit cent soixante-seizième carême avec une ardeur que les siècles ne lassent pas et dont ils ne se lassent pas eux-mêmes. Comment expliquer, tandis que toutes les autres paroles passent, cette immortalité de la parole sainte? C'est qu'elle contient l'immortalité de Dieu lui-même. Oui, l'éloquence des orateurs ordinaires s'éteint avec leur vie, celle de Jésus est immortelle comme lui : car voici de quelle manière s'opéra la transmutation de son verbe dans le nôt:'e.
Un soir, les portes étant closes, le divin Maître parut au milieu de ses apôtres assemblés ; il leur souhaita la paix ; ensuite, élevant, leurs pensées au-dessus de la terre, comme pour leur en donner la mesure avant la possession, il ajouta : Ainsi que mon Père nia envoyé, je vous envoie *. Après cela, il semble ramasser sa vie au fond de sa poitrine pour la communiquer, et il l'exhale sur eux en ajoutant : « Recevez mon esprit » ; de telle sorte que, comme le premier homme, l'apostolat est venu au monde d'un souffle de vie. Or, le soir où ces grandes choses se passèrent, j'y étais : cette noblesse, octroyée à de pauvres bateliers de Tibériade et de Galilée, dans un cénacle obscur de la Judée, par-dessus les âges et les événements, est venue se reposer sur moi. Telle fut la mission de Jésus-Christ, telle est la mienne ; et si le monde me demande, en ce moment, qui je suis, du haut de cette chaire, il ne m'est pas permis de trahir, même par un acte de modestie, la vérité de ma foi : je suis un autre Jésus-Christ : Pro Christo legatione fmi- (jimur ^.
Ah ! l'on disait autrefois : « Oîi est l'esprit d'Élie ? y> pour déplorer le glorieux enlèvement de ce prophète : Ubi est spirilus Elix ? Si vous voulez savoir où est, non seulement l'esprit de Jésus, mais Jésus lui-même, je vous l'apprendrai. Il s'est opéré trois incarnations diverses de sa divinité, durant la série des siècles chrétiens : la première s'accomplit à la parole de l'ange, dans le sein de Marie; la seconde, à la parole du prêtre, sur l'autel ; la troisième, à la parole du prédicatem', dans l'àme des auditeurs bien disposés. Même l'incarnation corporelle est inférieure, sous plusieurs rapports, à l'incarnation par la parole : car, tandis que les femmes de Galilée célébraient l'une par cette acclamation : Heureuses les enirailles qui vous ont porté ! Jésus donne la préférence à l'autre par cette réponse : Bien plus heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ^ .'
Eh bien ! voil-a le bienfait miraculeux que nous venons vous départir. Dieu lui-même substantiellement présent dans notre pa-
1 Joann., xx, 21.
2 II Cor., V, Zi).
3 Luc, XI, 27, 28.