‹ Mélanges oratoiresChapitre 49 sur 67 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Voici la contre-partie du précédent mystère. De même que les magiciens d'Egypte imitaient les prodiges de Moïse par des prestiges habiles, Satan oppose ici son miracle à celui de Notre-Seigneur : car si, d'un côté, c'est la parole de l'homme changée en celle de Dieu, de l'autre, c'est la parole de Dieu cliangée en celle de l'homme. Cette corruption s'opère moins sur les lèvres des prédicateurs que dans le cœur des auditeurs, la parole, comme la manne du désert, prenant le goût préféré de ceux qui la recueillent. Donc, si vous êtes de Dieu, venez ! pour vous ce sera la parole de Dieu : Qui ex Deo est, verha Dei audit * ; mais que si vous êtes du monde, pour vous ce sera la parole de l'homme.

De même, en effet, qu'il faut une intention spéciale dans le célébrant pour que Dieu soit produit par la parole sacramentelle sur l'autel, il faut une attention surnaturelle dans les auditoires pour que Dieu soit formé par le verbe au fond des cœurs. Or, cette attention est surnaturelle quand, pour vous, la parole c'est Dieu ; elle ne l'est pas quand la parole c'est l'homme : 1° l'homme qui amuse ; 2° l'homme qui flatte ; 3° l'homme qui n'a droit à rien ; trois hommes, dans le prédicateur, connivant à ces trois faiblesses de votre nature : la frivolité, la vanité, l'égoïsme.

Préservons-nous d'abord de la frivolité, pour qui la parole c'est l'homme qui amuse. Une telle disposition n'est rien moins que le crime d'Hérode jetant sur les épaules du Verbe divin un manteau d'histrion et lui demandant la récréation de quelque miracle, non

^ Joan., Yiii, 47.

d'utiles leçons : crime continué par ceux qui, changeant la prédication en spectacle, viennent ici comme au théâtre, sauf à se réserver pour les jours de représentation extraordinaire.

Le premier amusement qu'on demande à la chaire, c'est celui de la nouveauté. Autrefois, dans les livres comme dans les sermons, on s'inquiétait peu d'être original, pourvu que l'on lut solide. Mais, de nos jours, la concupiscence du paradoxe a dépravé le goût populaire, et la principale chose que Ton exige d'une prédication, ce n'est pas qu'elle soit fondée, c'est quelle soit imprévue ; ce n'est pas la piété, c'est plutôt, sur des canevas pieux, une broderie à surprises ; enfin, ce n'est pas même le bon sens, c'est la fausse monnaie du génie. Ainsi, nous devrions transformer l'Évangile au gré des auditeurs avides d'inconnu, au lieu de les transformer eux-mêmes selon TÉvangile, et remanier incessamment la vérité éternelle pour des femmes blasées, comme elles remettent elles-mêmes leurs toilettes passées à la mode de chaque saison.

Ah ! mes frères, vous nous demandez de la nouveauté? Venez, et nous vous dirons qu'il faut s'étendre sur une croix, que le royaume de Dieu soufre violence, qu'on ne goûte point de repos dans les rêves impurs, qu'il n'y a que des égoïsmes entre vous et le devoir, que tous vos préjugés ne sont que des orgueils ou des passions érigés en sophismes, et que vous êtes éloignés de la foi par vos ignorances, non par votre savoir. Est-ce qu'il y a rien de plus neuf pour vous que la connaissance de Dieu et de vous-même? est-ce qu'il y a rien de plus inconnu pour les païens baptisés de ce temps que leur Évangile ? Et il en était ainsi au siècle bien autrement chrétien du grand roi. Louis XIV demandant un jour à Boileau pourquoi le P. Letourneux faisait courir toute la capitale avec des sermons si simples : « Sire, » répondit le malin satirique, « c'est que celui-là prêche l'Évangile, et que votre bonne ville de Paris aima toujours la nouveauté. » Je repousse une telle épigramme au nem du sfècle qui entendit l'Évangile de Bossuet et de Bourdalouc ; mais, ne pouvant être ces derniers, nous serons le P. Letourneux. C'est sa nouveauté, en effet, que nous allons rééditer ; et, puisque la chaire et le paradis sont deux aspects de la même parole, puisque les auditeurs diront aux pré-

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