L'ÉGLISE DE VILLAGE
Fecit Salnmon in tempore illo festivUatem celebrem, ei omnis Israël cuni eo.
Salonion célébra une fête solennelle ce jonr-l>i, et tout Israël se réjouit avec lui. (/// Jieg., vni, 65.)
Mes frères,
Depuis les temps de Salomon, c'est l'usage du peuple fidèle de fêter la dédicace de ses temples, et rien n'est plus facile à expliquer que cet usage : les maisons sont la demeure des simples particuliers, les hôtels celle des grands, les palais celle des rois ; les temples sont celle de Dieu. Bâtir une église, c'est donc fixer les pas du Seigneur dans un lieu privilégié de cette terre, le rendre concitoyen et voisin de tous les malheureux d'une contrée ; et si les villes sont estimées favorisées quand elles possèdent une résidence royale, où le monarque vient parfois se montrer et faire des largesses, quelles félicitations ne sont pas dues à une paroisse qui possède un sanctuaire, où le ^laître de toutes choses veut bien séjourner ! Le voilà, en effet, le tabernacle de Dieu au milieu des hommes : Ecce tahernaculum Del cum hominihus ^
Nous célébrons donc la consécration de ces murs parce qu'ils sont la maison de Dieu, mais aussi parce qu'ils sont la nôtre : de toutes les demeures de la paroisse, l'église est la seule qui soit sans cesse à la disposition de tout le monde ; les riches y peuvent
^ Apoc, XXI, 3.
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briller davantage, les pauvres y sont souvent mieux reçus. Aux pieds de Notre-Seigneur, comme en la compagnie d'un père, chacun se trouve chez soi. Aussi, toute réunion de toits sans clocher, si considérable qu'elle soit, forme une ville incomplète : là, les corps sont logés, mais les âmes manquent d'abri ; la douleur n'a pas de lieu de refuge pour verser ses larmes, et l'homme, penché toute la semaine sous le poids de son travail, ne peut pas songer avec consolation au repos du dimanche, en se disant : Je me suis réjoui des paroles qui m'ont été dites: Nous irons dans la maison du Seigneur *.
Enfin, nous célébrons la consécration de celte maison parce qu'elle en figure d'autres plus vénérables. Elle est l'image de cette Jérusalem céleste qui a des portes d'or, des murailles de jaspe et des parvis de saphir : Hic est domus Dei et porta cœU"^. Elle est encore une représentation matérielle de cette Église universelle qui a Jésus-Christ lui-même pour architecte, et qui constitue la plus belle basilique que les mains de Dieu elles-mêmes puissent élever. Elle est, enfin, votre propre figure : car ne savezvous pas que vous êtes le temple de l'Esprit-Saint? et ce temple, qui n'est autre que vous-mêmes, est bien vénérable. Nescitis quia templum Dei estis.... iemplum Dei sanctum, quod estis vos ^ ?
Il y a donc lieu de vous réjouir, mes frères, parce que vous avez élevé un monument capable de glorifier votre libéralité et votre foi ; mais abandonnez ce motif de jubilation purement naturelle, placez-vous plus haut, et tirez surtout votre allégresse de ces trois considérations, à savoir que ceci est : 1*' la maison de Dieu ; 1^ la maison de tout le monde ; 3*^ une maison qui en figure d'autres plus vénérables qu'elle-même.
Demandons l'intelligence de ces vérités au Saint-Esprit par Marie, appelée maison d'or parce que son sein immaculé est le plus beau temple où Dieu soit descendu. Ave, Maria.
* Ps. CXXI, 1.
2 Gen., XXVIII, 17,
3 I Cor., m, IG, 17.