ÉPOQUES PARALLÈLES DE L'HISTOIRE DE FRANCE
Louis XVI, roi Louis-Philippe, roi.
Mirabeau Lamartine.
Lafayette Cavaignao.
Robespierre Ledru-Rollin.
Barras Thiers.
Bonapabte, empereur. Bonaparte, empereur.
Est-il clair, à présent, qu'en votant pour la présidence tu votes pour la monarchie 1 Est-il clair que Lamartine, Cavaignac et Ledru-Rollin, qui ne s'en doutent guère, te mènent droit à Bonaparte! Veux- tu, oui ou non, Politique maudite, être du peuple? veux-tu être socialiste?...
Il est deux choses que les moins éclairés du peuple ont comprises : c'est, d'un côté, que la présidence est la pierre d'attente de la monarchie , tous les démocrates l'avouent ; d'autre part, que, pour opérer une révolution, il faut des principes. En 89, la révolution était plus spécialement politique ; elle a eu ses principes politiques qui nous régissent encore. En 1848, la révolution est plus particulièrement économique et sociale ; l'idée politique étant épuisée, il faut donc découvrir de nouveaux principes, absolus en théorie, mais que la société appliquera selon la mesure de ses forces et de ses besoins.
Les démocrates, conduits par leur lanterne politique, n'en sont pas là.
Ainsi, après des votes réitérés contre la présidence, ils votent la Constitution , c'est-à-dire la présidence, puisque sans distinction des pouvoirs, en un mot sans présidence, il n'y a pas de Constitution; — c'est-à-dire qu'ils votent la monarchie.
Ceux qui ne votent pas s'abstiennent : c'est-à-dire que sur la question monarchique, nettement posée par la Constitution , ils n'ont pas le mot à dire, ils sont indifférents.
Et ceux, en très-petit nombre — dix ou douze! — qui ont voté contre la Constitution, n'en trouvent pas moins très-bon, très-légitime, très-démocratique, de poser ensuite une candidature à la présidence, c'est-à-dire d'adhérer à la Constitution! Le principe est sacrifié à l'homme, la politique immolée à la politique 1
Quant aux principes qui doivent régir la société nouvelle, les démocrates s'en inquiètent peu , ou plutôt ils les nient. Ils
déclarent qu'ils sont avant tout hommes politiques, qu'ils veulent vivre de la vie politique. Seulement, comme le peuple n'est pas tout à fait du même sentiment, ils se disent, en murmurant, qu'il serait impolttique de repousser ouvertement le socialisme, et vite ils publient un manifeste, le plus socialiste, à les en croire, de tous les manifestes.
Lisez plutôt :
Organisation du travail par l'État ;
Item des banques par l'État; Exploitation des chemins de fer par l'État;
Item des canaux par l'État;
Item des mines par l'État; '
Item des assurances par l'État; Colonisation par l'État; Apprentissage par l'État; Etc., etc., etc., par l'État; Rien par les citoyens, tout par l'État!
En vain le socialisme leur crie que ce qu'ils veulent est monarchie pure, pur despotisme : ils n'entendent pas. L'État, par lui-même, est improductif; il ne travaille point : n'importe, on le fera organisateur. L'État est obéré : c'est lui qui donnera crédit. Les travaux confiés à l'État coûtent 50 pour 100 plus qu'ils ne valent : on chargera l'État des exploitations les plus difficiles.
Ajoutez à ce système des inventions comme celles-ci :
Abolition des octrois, — qu'on remplacera par une autre taxe :
Abolition de l'impôt indirect, — précisément le seul normal, le seul conforme aux principes, le seul démocratique et égalitaire, quand on l'aura établi sur sa véritable base :
Substitution de l'impôt direct et progressif à tous les autres : — ce qui est précisément encore reconnaître la suzeraineté du capital et consacrer le privilège.
Le socialisme dit qu'il faut faire produire au peuple, par la réforme économique , la liberté, l'égalité et la fraternité , comme il produit, par le travail, la richesse. La politique confisque la liberté, prend d'une main à la propriété ce qu'elle donne de l'autre au prolétariat ; et elle appelle cela du socialisme.
Comment est-il possible que le peuple, étourdi, démoralisé, tiraillé en tous sens, ne prenne à la fin une résolution funeste t
Comment, pour ne parler ici que de politique, alors que la prudence et les principes commanderaient de s'abstenir en masse, et de renvoyer à l'Assemblée nationale la nomination du président de la République, comment la nation ne tomberajt-elle pas dans le piège tendu à sa bonne foi? Comment échapperait-elle à la contradiction? Comment, après avoir voté la République en avril, ne voterait-elle pas la Monarchie en décembre? Comment, à une question mal posée, ferait-elle une réponse raisonnable?...
C'est en vain que le socialisme, qui, lui, cherche la paix avant tout, qui ne veut triompher que par la discussion, qui ne s'adresse qu'à la raison, montre les conséquences funestes du vote politique sur la présidence, l'essor donné aux espérances royalistes, les coups d'État, la guerre civile !
La politique ne veut rien entendre. Suivant elle, l'agitation est nécessaire à la vie politique ; il lui faut de l'éclat, des manifestations, du mouvement. Quand elle n'y trouve pas matière à portefeuilles, elle y trouve matière à discourir : elle a son compte, elle est satisfaite.
Ce que cherche la politique, hélas I à moins que le bon sens populaire ne vienne déjouer ses intrigues, elle l'obtiendra. La Constitution y passera. Examinons, s'il vous plaît, ce chefd'œuvre de la politique.