AUX ÉLECTEUBS DE LA SEINE
Citoyens,
Puisque mes amis politiques et socialistes le veulent, je consens de nouveau à tenter la fortune des élections, et je vous adresse ma profession de foi. Elle résumera sans équivoque, et d'une façon intelligible à tous, mes idées sur la Révolution; mes espérances pour l'avenir. Vous ne me nommerez pas, citoyens ; ni vous, dont je sollicite en ce moment le suffrage, n'avez encore eu le teinps de me connaître ; ni le gouvernement, qui peut-être aurait dû appuyer ma candida» ture, n'a le loisir de me comprendre. Mais, électeurs de Paris, vous n'en êtes pas moins le premier jury de la terre; et ce que votre prudence n'accordera pas h une première vue, je ne désespère pas, à un second examen, de l'obtenir de votre sagesse.
La révolution de février a mis en question toute la société. Dans un moment aussi solennel, toute profession de foi, pour être sincère, doit être complète ; il ne suffît même pas qu'elle soit complète, il faut qu'elle soit motivée. Vous excuserez donc, citoyens, la longueur de ces explications. Je ne suis pas de ceux pour qui une profession n'est qu'un acte diplomatique, où, avec des formules générales, on paraît promettre beaucoup, tandis qu'en réalité l'on ne promet rien du tout.
Le système social, qu'il s'agit de réformer et de refondre, embrasse trois ordres d'idées :
La famille,
L'économie publique,
La forme du gouvernement.
Je vais, sur chacun de ces points, vous dire ce que je pense.