‹ Mélanges (volume 3)Chapitre 22 sur 42 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

La question de la gratuité du crédit a été, dans le journal la Voix du Peuple, à la fin de 1849 et au commencement de 1850, entre P.-J. Proudhon et Frédéric Bastiat, l'objet d'une discussion restée célèbre, et qui, loin d'avoir rien perdu de son actualité, obtiendra peut-être quelque jour un retentissement plus grand encore que lors de sa première apparition.

Nous avons rassemblé, et nous publions ici dans leur intégrité, les pièces du procès agité entre deux hommes qui différaient de vue et d'opinion sur le point en litige, mais qui se rapprochaient autant au moins par la sincérité de leurs convictions et la dignité de leur caractère que par la noblesse et l'amplitude de leur intelligence. Le procès débattu entre eux au sujet de Vintérêl ou loyer des capitaux n'est pas encore jugé : il attend la décision de l'avenir.

Voici en quels termes Proudhon inaugura la discussion dans le n* 43 de la Voix du Peuple :

m Paris, 12 novembre 1849.

«Nous publions aujourd'hui un premier article de M. Frédéric Bastiat, représentant du peuple, et l'un des économistes les plus distingués de notre pays, sur la grande question de l'époque, ïinlérêt ou loyer des capitaux. Nous faisons pour m. Oastjat, nous ferons pour toqt écouonûste sérieux qui

voudra nous honorer de ses critiques, ce qui ne s*est jamais vu dans les fastes du journalisme. Nous ouvrons nos colonnes à notre adversaire, nous publions ses observations en entier, nous ne les faisons suivre d'aucune réflexion, afin de ne pas influencer le jugement de nos lecteurs, et d'égaliser entre notre contradicteur et nous les avantages de la controverse. Il ne tiendra pas à nous que la question de Vintérêt , qui, dans l'ordre économique. fait tout l'objet de la protestation fiGcialiste au dix-neuvième siècle, ne soit discutée solennellement devant le pays et devant l'Europe, et probablement bientôt vidée. Quand il suffit de la plume des écrivains pour accomplir ou pour conjurer une révolution, à quoi bon les pavés et les baïonnettes!

a L'abondance des matières et la multiplicité de nos travaux ne nous permettant pas de répliquer dès demain à M. Bastiat, nous renvoyons notre réponse à lundi prochain 19 novembre, laissant ainsi, pendant huit jours, notre public sous l'impression des arguments de notre antagoniste.

P.-J. Pkoudhon. >»

Page 1