‹ MélangesChapitre 16 sur 67 · DÉPENSES · texte numérisé non relu

DÉPENSES

1° Meubles de commerce. . . 1,034 fr. 95 c.

2« Profits et pertes (fournitures de bureau, imprimés, chauffage , éclairage , loyer pour six mois) 5,785 fr. 90 c.

3** Appointements et indemnités pour 52 jours au 8 avril. . 1,327 fr.

Total 8,147 f. 85c

4* Appointements du 8 avril au 26 avril (Mémoire).

5*> Frais de menuiserie (Mémoire).

En considération des services si dévoués et si chétivoment rémunérés (1 fr. 50 c. par jour) des citoyens qui se sont associés à l'entreprise de la Banque du Peuple, il m*a paru juste do leur accorder à chacun une indemnité de quinze jours de leurs appointements.

Les livres, tenus avec exactitude et accompagnés des pièces, justifieront de l'emploi des sommes déboursées.

L*arrét de condamnation du 28 mars dont j'ai été frappé étant la cause principale et occasionnelle de la présente liquidation, j'ai cru qu'il convenait de faire remonter au 28 mars la date de cette liquidationé

En conséquence, les versements d'actions effectués depuis le 28 mars seront considérés coume non avenus, et les sommes provenant de ces versements remboursées les premières aux souscripteurs.

Quant aux actions antérieurement souscrites, les versements seront divisés par catégories, et le remboursement sera effectué en conunençant par les plus faibles et en continuant pai» les plus élevés jusqu'à épuisement de rencaisse, et de façon à ne laisser en souffrance que les plus forts souscripteurs, envers lesquels je me déclare personnellement et exclusivement responsable du montant de leurs actions, et que je m'engage à couvrir, moyennant terme.

J'ai, le premier, jeté dans le monde l'idée du crédit mutuel ou gratuit.

J*ai cru, je crois plus fermement que jamais, possible d'organiser, par l'adhésion et le concert des travailleurs, cette forme de crédit.

J*ai demandé au peuple de quoi subvenir aux premiers frais ainsi qu'aux premières opérations de cette entreprise.

Un accident judiciaire, que je ne puis imputer qu'à moi seul, m'empêche de réaliser mon projet et de le conduire à bonne fin. Je dois supporter seul la responsabilité de l'aventure, et restituer tout ce que j'ai reçu.

Quelque part que je vive, j'ai assez de force au travail pour espérer de remplir bientôt mes engagements. Je supplie me* créanciers de vérifier les livre» de la Banque du Peuple ; il» y trouveront, avec la preuve de mon esprit d'ordre et d'écono* mie, la garantie de ma bonne foi.

(No 147. — 15 avril 1849.)

Paris, 14 avril.

LIQUroATION DE LA BANQUE DU PEUPLE

Les journaux m'apportent le concert de malédictions et de sifflets qu'a soulevé, dans le monde réactionnaire, la liquidation de la Banque du Peuple. A travers les joies très-peu déguisées de cet honnête monde, percent déjà les insinuations calomnieuses. Je suis, à les entendre, un chevalier d'industrie, un fripon qu'il faut poursuivre et stigmatiser comme banqueroutier frauduleux.

« De quel droit, se demande le Constitutionnel ^ — toujours le Constitutionnel y — M. Proudhon a-t-il dépensé en menus frais une somme de 8,147 francs, alors que la Société n'était pas constituée, alors que, de son aveu, elle n'existait qu'en projet? En droit commercial ordinaire, on ne peut dépenser les fonds versés pour une entreprise qu'autant que la Société est constituée. Mais sous le régime monarchique transi toirement établi par M. Proudhon pour sa banque, il paraît que si voulait le roi, si voulait la loi ! »

Un autre journal, que j'ai été surpris de rencontrer parmi mes détracteurs, la Presse ^ mettant [en regard le chiffre do souscription obtenu pour les cités ouvrières, 914,675 francs, ot celui obtenu par la Banque du Peuple, au 8 avril, 17,933 fr., prend occasion de la modicité de ce chiffre pour décider que l'opinion et l'expérience ont prononcé contre l'entreprise, et que la Banque du Peuple n'était qu'une folie. M. de Girardin, tout habile homme qu'il soit, a pourtant éprouvé des mécomptes dans sa vie industrielle : plus que personne, il devrait s'abstenir de jugements téméraires. Depuis quand se croit-il le droit de juger une affaire, je ne dirai même pas sur un accident de force majeure, mais sans en connaître les moyens et les ressources]... Vous, m'avez fait mal, M. de Girardin; mais,

comme vous n'êtes point sans quelque pfénérosité, permettezmoi d'appeler de votre précipitation à votre jugement. Votre opinion, mieux motivée, servira peut-être à la justification d'un honnête homme. Et ce ne sera pas (j'aime à vous rendre justice, moi), la première bonne action de votre vie.

II faut donc que je m'explique : il le faut, à peine d'être poursuivi et très-probablement condamné par la police de M. Léon Faucher et la justice de M. Baroche, comme banqueroutier, La soif est grande parmi les ennemis du socialisme et les défectionn aires de la République, non plus seulement de prisons , de pontons , de transportations et de fusillades : qu'est-ce que tout cela pour la rage de ces messieurs? Il leur faut encore l'infamie ! l'infamie, à moi ! ... Oh ! monsieur Thiers I . . . Mais pas d'exclamation : aussi bien, je n'ai que le tem[)S de brocher au courant de ma plume ce préliminaire d'apologie.

Et pourquoi donc n aurais-je pas dépensé 8,147 francs pour les frais d'installation de la Banque du Peuple, si cette dépense était faite de mes propres deniers, ou, ce qui revient au même, si je m'en portais garant vis-à-vis de la société? La garantie était-elle solide? Voilà toute la question. Or, c'est ce dont je vais faire le public juge.

Quant à vous, savants économistes, grands financiers, qui administrez avec tant de succès le Trésor de l'Etat; vous, entrepreneurs de journaux, de canaux, de chemins de fer et de mines, lisez attentivement ce que je vais vous dire, et tâchez d'en profiter pour l'avenir de vos spéculations. Il y a parfois de bonnes idées, croyez-moi, dans le socialisme.

L'idée de la création de la Banque du Peuple est contemporaine, dans mon esprit, de celle de la fondation du journal le Peuple ; ces deux idées remontent à plus d'un an avant la révolution de Février.

Les preuves de cette antériorité de date existent, d'une part, en ce qui concerne le journal le Peuple^ dans un prospectus imprimé, publié en novembre 1846 par les soins de Victor Pilhes, et portant les signatures des citoyens Félix Pyat^ RibeyroUes, Thoréy Dupoty, Auguste Luchet et Proudhon; — d'autre part, en ce qui concerne la Banque du Peuple : 1» dans les termes môme du prospectus, où il était dit que le nouveau journal prendrait l'initiative de la réforme économique par l'association et l'organisation du crédit ; 2*» dans la publication des deux premières livraisons de la Solution du probUme social^ ouvrage qui devait paraître en deux volumes in -8°, et dont ma brochure sur Inorganisation du crédit et de la circulation, publiée en avril 1848, n'est qu'un extrait.

Ainsi, le Peuple et la Banque du Peuple étaient datïs ma pensée deux créations solidaires, qui devaient s'appuyer l'une sur Tautre, et se développer parallèlement, donnant ainsi le premier exemple du principe de réciprocité qui, dans mon opinion, doit faire la base de la réforme. Car, selon moi, dans Tordre économique, rien de ce qui se produit isolément n'a de chances certaines de durée et de succès; il faut au moins deux éléments coordonnés, mais non dépendants; et plus le nombre des éléments se multiplie, plus l'ensemble acquiert de puissance et de solidité. .

On va voir si la Banque du Peuple, conçue d'après ce principe, était dans des' conditions de vitalité satisfaisante. Commençons d'abord par l'institution qui devait la préparer et l'assortir, et qui était, comme j'ai dit, un journal.

A la révolution de Février, la publication du Peuple, par des causes qu'il est inutile de rapporter ici, fut d'abord ajournée. Un autre journal , fondé pour la propagation des mêmes idées et la réalisation du même but, le Représentant du Peuple^ à la rédaction duquel je commençai à prendre part le 19 avril, eut l'honneur de l'initiative.

Ce fut pendant l'existence du Représentant du Peuple, c'està-dire d'avril en août 1848, et dans les bureaux de ce journal, qu'eurent lieu les premières conférences relatives à là Banque du Peuple, désignée alors improprement sous le nom de Banque d'échange. On sait quel fut le sort du Représentant du Peuple, il succomba sous la législation de l'état de siège; écrasé d'amendes et de prison, laissant à son héritier, le Peuple, qui dès ce moment se prépara à paraître , un déficit de 12,500 francs.

Ce fut donc avec un passif de 12,500 fr. et un actif représenté par zéro, que le Peuple vint au monde, et qu'il dut continuer l'œuvre de son prédécesseur, c'est-à-dire développer le principe de la révolution sociale par le crédit et organiser la Banque du Peuple, J'ai dit quelque part que le travail crée tout de rien; qu'en conséquence la prestation doit être gratuite; partant, qu'une banque, pour être vraiment démocratique et sociale, fondée avec zéro de capital, devait opérer avec zéro de numéraire. C'était le cas, ou jamais, d'appliquer mes principes; car, non-seulement, comme fondateur d'un journal et d'une banque, je ne possédais rien, mais je possédais 12,500 fr. de moins que rien.

La politique du jour, — la môme que celle de M. Bonaparte, — vint encore aggraver cette situation.

Le cautionnement pour les journaux venait d'être rétabli :

LE PEUPLE — i849 87

c'était 24,000 fr. eh sus des 12,500, à trouver avant même d'avoir écrit la première ligne du Peuple. Et, certes, ce ne fut pas la faute de M. Léon Faucher, si le maximum du cautionnement ne dépassa pas 24,000 francs. Si l'Assemblée jiationale, plus conservatrice, eût maintenu l'ancien chiffre de 100,000 fr., — comme le souhaitait M. Léon Faucher, — il est très-probable que le Peuple n'eût jamais vu le jour. Que s'en serait-il suivi? Que le socialisme, privé d'un de ses plus énergiques organes, aurait plus tôt succombé î... Sottise. Le socialisme eût concentré ses forces, les journalistes auraient fait une fusion. Le citoyen Proudhon serait devenu le collaborateur du citoyen Thoré : la Vraie République aurait eu un tirage de 100,000, au lieu des 50,000 qu'elle tirait alors, ainsi que le Peuple, et la Banque du Peuple aurait eu pour fondateurs ex œquo Thoré et Proudhon, voilà tout. Allez donc, imbéciles, avec vos cautionnements! Vous vous faites détester; vous accumulez contre vous la haine et la vengeance* Pendant ce temps, l'idée passe, et 11 vous reste l'odieux de la persécution.

Le Peuple, enfant posthume, né d'une opération césarienne, se trouvait donc avoir à son baptême, en guise de dragées, 12,500 franco de dettes, plus un cautionnement de 24,000 fr. à fournir. Il n'avait pas le premier sou. C^était, je le répète, le cas ou jamais de prouver que le travail, le travail seul et non le capital, est productif.

Le Peuple commença par lancer son prospectus. Ce proapectus, tiré à 40,000, et vendu 10 centimes, donna, de produit net, 5 à 600 francs. Du même coup, il recueillit, pour première souscription au cautionnement, — le fondateur et les rédacteurs aidant, — une somme de 600 francs.

Or, remarquez ceci. — En publiant son prospectus, le Peuple ne se déclarait ni âiensuel, ni hebdomadaire, ni bi-hebdomadaire, ni quotidien; il n'existait pas; il était à l'état de prospectus, comme, 11 y a quinze jours, la Banque du Peuple était à l'état de projet.

Le ministère public n'en prétendit pas moins que le prospectus du Peuple constituait un délit prévu par la loi sur le cautionnement, et pour ce fait, le journal maudit, maudit comme David dès le ventre de sa mère, fut condamné à une amende de 200 francs.

Mais, en dépit du parquet, le Peuple avait trouvé 6,000 fr.; il pouvait paraître une fois la semaine : ce fut sa base d'opérations,, le principe de sa fortune. Bientôt, les sympathies lui venant.

il put compléter son cautionnement de 24,000 fr. et paraître tous les jours.

Mais ce n'est rien que de paraître tous les jours ; informezvous auprès des journalistes : il faut couvrir ses frais. Pour établir sa balance, le Peuple avait besoin de 15 à 18,000 abonnés, et le Peuple^ devenu quotidien, ne tira d'abord qu'à 10,000. Toute la rédaction et une partie des employés travaillaient sans salaire, tirant, comme les travailleurs de Février, jusqu'à meilleure fortune, des lettres de change sur leur estomac ; malgré la plus sévère économie, malgré le dévouement du personnel, le déficit était de 50 fr. par jour. Le Peuple, dévorant son cautionnement, devait, dans un temps donné, cesser de paraître, à moins qu'il ne trouvât dans la virtualité de ses principes une garantie d'existence. Le Peuple triompha : il vécut.

Malgré les persécutions de la police, malgré les saisies et les procès, malgré le détestable service des postes, que la direction d'Etienne Arago n'avait pu améliorer, et qui, sous l'empire de la réaction, est allé de mal en pis pour la presse démocratique; malgré la misère, la détention, l'émigration, la transportation et les fusillades des socialistes; malgré la division survenue dans le parti démocratique ; malgré les fonctions de représentant et une maladie d'un mois du directeur, le chiffre des ventes et abonnements du Peuple s'éleva bientôt d'un mouvement continu, du l^' décembre au 28 mars, à 12,000, à 15,000, 20,000, 30,000, 40,000 et 50,000 exemplaires. Otez les journées de juin, ôtez les élections de décembre, la malveillance du pouvoir et la misère, le tirage du Peuple serait aujourd'hui à 70,000.

Ce succès, parti de si bas, vaut bien, j'imagine, celui de V Époque, de si honorable mémoire, de V Époque ^ qui périt un matin, asphyxiée dans le sang et le fumier, après avoir dévoré un million à ses actionnaires et aux fonds secrets ! Qu'en pense M. Granier de Cassagnac? Si mes chiffres lui laissent quelque doute, je le renvoie à M. de Girardin, qui s'y connaît mieux que lui.

Une fois le journal, que je considérais comme le principal organe de la réforme économique, mis à flot et assuré dans son existence, il me fut permis de songer à la création de la Banque du Peuple.

Je ne rappellerai point sur quels principes était établie cette banque : tout le monde a pu s'en instruire. Ces principes, suivant les uns, sont ridicules, absurdes; suivant les autres, ils sont d'une vérité aussi neuve que féconde. Mais, quoi qu'il

en fût de la théorie que je voulais appliquer^ je n*6tais point assez novice pour attendre de cette application les premiei*» moyens d'existence de la Banque du Peuple : je savais qu'il devait y être pourvu par des ressources spéciales, puisées en dehors du capital souscrit; c'est à cela que je devais pourvoir.

Et d'abord la marche qui avait été suivie pour la fondation du Peuple fut adoptée pour la Banque; c'est-à-dire que la Banque dut se poser d'abord seule, avec son principe et la coopération spontanée des fondateurs, et sans le secours d'aucun capital.

Le Peuple, son premier souscripteur, son premier adhérent, fit les frais d'annonces et de publication ; quelques amis, versés dans la finance et la comptabilité, offrirent leur travail; un propriétaire prêta sa maison ; des ouvriers de tous états fournirent à prix de revient, souvent même au-dessous du revient, qui une table, qui une presse, qui un timbre, qui des registres, etc.; le notaire fit crédit pour les frais d'acte : j'aurai soin qu'il soit payé.

Ainsi, l'administration de la Banque du Peuple fut organisée provisoirement par le concours libre et dévoué de ses fondateurs, et sans capital.

Le jour où la Banque du Peuple, ayant une liste suffisante de souscripteurs et d'adhérents , pourrait commencer ses opérations et vivre de son produit, ce jour-là la Société devait se constituer et pourvoir à ses propres dépenses. Jusqu'à ce moment, la Banque ne subsistait que du dévouement des fondateurs, dont le premier, je l'ai dit, était le Peuple,

La constitution de la Société devait avoir lieu lorsque le chiffre de souscriptions aurait atteint 50,000 fr. Je l'avais ainsi voulu : d'abord, parce qu'aux termes de la loi toute société doit avoir un capital : le Constitutionnel ne l'ignore pas, sans doute ; — puis, parce que je désirais que l'entreprise parût sérieuse et respectable, — non pas seulement à nos amis, qui savaient à quoi s'en tenir sur l'importance d'un capital de 50,000 fr.I — mais au vulgaire, que les écus tiennent toujours en respect et admiration.

Et, à ce propos, considérez, je vous prie, la morale de ces républicains honnêtes y qui ont pris pour pape M. Thiers, et pour évangile le Constitutionnel!

Je pouvais assurément fixer à 10,000 fr., au lieu de 50,000 fr., le chiffre de souscription à partir duquel la Société serait constituée : qui m'en empêchait? Je trouvais à cela l'avantage de pouvoir dépenser, comme gérant de la Société, et sans responsabilité personnelle aucune, le capital souscrit, aussitôt que la

aotiscriptioii aurait atteint 10,000 fr. En cas de sinistre, j'étais quitte envers la Société. La Société, en effet, étant constituée, on n'aurait pas eu le mot à dire ; le Constitutionnel ne m'aurait pas soupçonné d'infidélité et de malversation» Au fond, les choses eussent 6té absolument les mêmes ; je n'en eusse été ni plus ni moins excusable. Mais la Société aurait été constituée, la loi commerciale aurait été satisfaite) Quel formaliste que le Constitutionnel I...

J'ai choisi le chiffre de 50,000 fr., ni trop petit ni trop fort, parce que, malgré la lenteur des souscriptions, ce chiffre eût été, par mes soins, couvert en trois jours, si des circonstances, étrangères à la Banque du Peuple, mais qui paralysaient son développement, ne l'avaient empêché ! je veux parler des poursuites quotidiennes dirigées contre le Peuple.

Le Peuple, qu'on ne l'oublie pas, était l'organe officiel dé la Banque, en même temps que son plus fort commanditaire, j'ai presque dit son père nourricier. En cette qualité, le Peuple devait subvenir aux dépenses de la Banque jusqu'au jour de la constitution de la Société, ce jour dût-il être reculé d'un an. J'ajoute que, dans mon opinion, cette subvention de la part du Peuple n'était que justice. Bien que la Banque n'existât encore qu'en projet, déjà par la publicité qu'elle avait reçue, par ses treize à quatorze mille adhérents, par les nombreux comités qui s'étaient formés pour elle à Paris et dans les départements, par la discussion dont elle était l'objet, par les espérances qu'elle faisait naître, elle avait procuré au Peuple une extension considérable ; et s'il est vrai qu'au 8 avril la rue du Faubourg- Saint-Denis coûtât à la rue Coq-Héron 8,147 fr. de frais, il est vrai aussi que la Société de la Banque du Peuple avait valu au Peuple une augmentation de vente et d'abonné» ments inappréciable.

Les frais de la Banque, au 28 mars, étaient, si j'ai bonne mémoire, de 50 fr. par jour. Cela équivalait, pour le Peuple, à une distribution gratuite de mille numéros.

Or, le Peuple pouvait-il fournir à la Banque cette subvention de 50 francs î — Telle était pour moi la question, la condition sine qud non d'existence de la Banque.

On va juger si mes dispositions étaient bien prises.

Le produit net du Peuple, tirage moyen à 40,000, est, en ce moment, d'environ 250 fr. par jour.

L'inventaire du mois de mars a donné 8,000 fr. de bénéfice, soit 266 fr. environ par jour.

Le Peuple était donc en mesure de fournir à la Banque (juatre fois ses frais et au del^.

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Telld êtêitj je le répète, la situation au 28 marft; et c'est la connaissance de cette situation qui me donnait sur l'avenir de la Banque du Peuple cette sécurité qui a surpris tant de fois mes collègues de TAssemblée nationale et tous mes amis.

Remarquons encore une fois que, dans tout ceci, je ne parle point du produit ultérieur des opérations de la Banque : ce n'est point dans la certitude de ce produit que je puise ma justification. Le produit de la Banque était aussi certain pour moi que rétait le revenu que lui faisait le Peuple, Je le ferai voir plus tard, en reprenant la Démonstration du Sooialismef que ma Condamnation a interrompue. Je ne m'occupe ici que des moyens d'existence de la Banque, Wf dbhobs de son propre produit. La Banque, dis-je, pouvait marcher, avec le secours du Peuple, Un an, deux ans, sans toucher un centime à son capital.

Eh bien! cette prospérité merveilleuse, cette situation sans exemple, qui Ta détruite! Demandez à M. Baroche, à M. Meynard de Franc , à M. Desparbès de Lussan , aux intelligents jurés de la Seine.

Le Peuple, dans le mois même où ses bénéfices atteignaient au chiffre de 8,000 fr., au moment où j'ordonnais la fabrication du papier de circulation de la Banque du Peuple, était frappé coup sur coup de 20,000 fr. d'amendes. La perspective pour les procès pendants est d'une somme au moins égale; et quand tous ces procès auront été vidés, on en fera surgir d'autres. C'est donc à dire que, lorsque le Peuple produit cinq, la vengeance du pouvoir lui prend dix, quinze, vingt.

Le produit des souscriptions est, à ce jour, de 5,000 fr.; mais il est clair que les souscriptions ajoutées aux bénéfices sont encore loin d'atteindre au chiffre des amendes. Et puis, quelle que soit la sympathie des travailleurs, sympathie qui honore si fort la rédaction du Peuple, et dont elle est si fière, n'est-il pas prudent, sage, raisonnable, de penser que le public se lassera plutôt de souscrire que le procureur Baroche de poursuivre?

Le parquet est maître de faire condamner le Peuple quand et comme il voudra. Manque-t-il pour cela de prétextes? La loi n'est-elle pas assez élastique? Que dis-je f est-il besoin, avec le Peuple, de consulter la loi? Le Peuple n'est-il pas, comme disait le préteur, exlex, hors la loi? Ne suffit-il pas au ministère pu* blic, pour accabler le Peuple, de qualifier de tel délit qu'il lui plaira les articles du Peuple les moins qualifiables t de soutenir, par exemple, qu'une attaque à Louis Bonaparte est une attaque à la Constitution ? qu'une Invective à l'adresse des ennemis de la République est une excitation au mépris et à la

haine des citoyens, et le récit des hécatombes de juin un appel à la guerre civile t N'ayez donc pas peur que la pereécution et Tamende fassent défaut. Jamais le Peuple et ses amis n'y suffiront : sa perte est jurée ; il faut qu'il meure ! C'est ainsi que le parti modéré entend la discussion des idées sociales.

Est-ce donc ma faute, si M. Léon Faucher, s'armant de toute l'action du pouvoir, est plus fort pour détruire que je ne Je suis, assisté d'une demi-douzaine de pauvres gens de lettres, pour produire? Est-ce ma faute si le revenu de la Banque du Peuple se trouve subitement tari, et si des dépenses qu'en ma qualité de gérant futur, mais non constitué, de la Banque du Peuple, je dois seul supporter, que j'ai faites sous ma responsabilité personnelle, dont la charge m'appartient, et qui devaient être au fur et à mesure couvertes par le Peuple, est-ce ma faute si ces dépenses, manquant tout à coup de gage^ m'obligent à renoncer à mon projet et à demander du temps!

Il me revient, au moment où j'écris ces lignes, dans le cautionnement du Peuple, une somme de 9,000 fr. C'est plus que n'a coûté le projet de ^Société de la Banque du Peuple. Voilà la garantie que j'offre personnellement aux actionnaires de la Banque. D'autre part, le Peuple^ créé pour patroner, non-seulement de sa publicité, mais de ses fonds, la Banque du Peuple jusqu'au jour où le produit de ses opérations l'aurait fait subsister, le Peuple a encaissé 4,000 fr. de souscriptions pour ses amendes; il dispose en outre d'un encaisse que je présume être du double. Voilà la garantie qu'offre le Peuple aux mêmes actionnaires.

Mais le Peuple se trouve en ce moment engagé pour 4,000 fr., plus 10,000 fr., plus 6,000 fr., plus encore 6,000 fr., pour les frais de quatre condamnations, plus les condamnations, au nombre de quatre ou cinq, à venir.

N'est-il pas naturel que, dans une situation comme celle-ci, moi, directeur-fondateur et du Peuple et de la Banque du Peuple, à peine d'exposer le journal à une suspension désastreuse, je demande aux actionnaires un délait

Qu'ils poursuivent le remboursement immédiat de leurs actions, c'est leur droit, je n*ai rien à objecter, et suis prêt ày satisfaire. Encore une fois, j'ai pour couvrir la somme de 8,147 fr. de menus frais que j'ai dépensée, que j'ai dû dépenser,: ma part de cautionnement, et le Peuple a son encaisse. — Mais je répète que l'existence du Peuple, qui n'a pas encore eu le temps de se former une rései^ve, en sera compromise; et c'est pour cela, encore une fois, que je sollicite la patience des souscripteurs. N'auraient-ils donc souscrit à la Banque du

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Peuple que pour prêter main-forte au pouvoir et m' assassiner?

Ma position est liquide autant que ma conscience est nette, et je défie tous les agioteurs, les concussionnaires, les usuriers, les parasites et les sycophantes de l'ancien et du nouveau régime, d'y trouver à mordre. De tout ce que j'ai reçu pour la Banque du Peuple, je n'ai pas prélevé, pour ma dépense personnelle, un centime; de tout ce qu'a produit le Périple depuis sa fondation, je n'ai pas reçu, ni à titre d'appointement, ni à titre d'indemnité ou autre, une pièce de cent sous. Mes collègues ont suivi mon exemple : hors le strict nécessaire, ils travaillent tous, comme moi-même, gratuitement, à l'émancipation du prolétariat. Si le Peuple est sévère dans sa rédaction et s'il fait rarement étalage de sentimentalisme, il sait pratiquer le dévouement. Je devais le dire, puisqu'on m'y force ; mes collègues me pardonneront d'avoir révélé le secret de leur désintéressement.

Le succès de la Banque du Peuple était, à mes yeux, plus assuré mille fois que le succès du Peuple; or, il faudra bien, j'espère, qu'on reconnaisse au moins celui-ci. Que ne pouvaiton, en effet, espérer d'une Banque dont tous les frais étaient assurés par une subvention particulière pour une ou plusieurs années? qui ensuite, remplaçant la garantie métallique de ses billets par la garantie de leur acceptation, n'avait rien à débattre avec les capitalistes ! qui fixait provisoirement le taux de ses escomptes à 2 pour 100, se proposant de le faire bientôt descendre à 1, et même à 1/2 pour 100 1 d'une Banque qui, appliquant partout son principe, — le principe d'improductivité du capital et de productivité exclusive du travail, principe qui avait présidé tour à tour à la fondation du Peuple, puis à celle de la Banque du Peuple, — allait mettre progressivement on rapport de mutualité entre elles et avec elle-même, comme elle y était avec le Peuple, toutes les industries, d'abord deux, puL« trois, puis quatre, puis cent, puis mille, et cela sans le moindre encombrement, avec la plus complète liberté pour tous et la plus parfaite harmonie?

Le rédacteur de la Presse a souri à ce chiffre de 50,000 fr., souscrit sou par sou (les coupons étaient de 50 centimes, et il est des actionnaires qui n'auraient versé leur action qu'en dix moisî), qui devait former le capital de la Banque du Peuple, et qui, après trois mois, n'était arrivé qu'au chiffre de 18,000 fr. Comme si j'avais tablé sur ce CÀpital de 50,000 fr. I Comme si j'avais pris, pour point de départ des opérations de la Banque du Peuple, un capital quelconque! Comme si la Banque du Peuple, fondée pour le travail contre le capital,

â4 Bt^LANiîES. -— ARTICLES DE JOÙRNÂU;&

n'avait pas dû soulever la répugnance du capital) Comme si ces actions n'avaient pas été improductives d'intérêt 1 Ah! monsieur de Girardin, vous aviez presque adhéré, il y a près d'un an, à la Banque d'échange : est-ce pour effacer cette pec-^ cadiile que vous venez aiyourd'hui donner le coup de pied à la Banque du Peuple?

Otez-moi la haino de MM. Faucher et consorts; ôtez-moi l'infatigable persécution du pouvoir, et le Peuple, n'ayant plus de temps à perdre en procès, arrivant bientôt, par la puisscuico du principe de réciprocité créée entre lui et la Banque, et, par la Banque, entre lui et toutes les corporations ouvrières, à un tirage de 100,000 exemplaires, réalisant chaque mois de 15 à 20,000 fr. de bénéfices, acquiert, en quelques mois, la puissance financière d'un capital de cinq millions. Le capital dis* ponible de la Banque du Peuple s'accroît en même temps, et par les dépôts du Peuple, et par le mouvement, devenu bientôt plus rapide, des louscriptions, et par le produit des opérations de la Banque; — ce capital enfin, soutenu, multiplié par l'acceptation qui fait le principe de la Banque, agit, à mesui'e de l'augmentation du nombre des adhérents, comme un capital triple, quadruple, quintuple, décuple, vingtuple, centuple, c'e8t*à«dire que 1 million dans la Banque du Peuple aurait fait le même service que trois, quatre, cinq, dix, vingt et cent millions dans la Banque de France. £n moins d'un an, la Banque du Peuple eût déplacé la moitié du commerce parisien ; elle faisait manœuvrer deux millions de travailleurs. Le capital était saisi à la gorge, et, je puis le dire, avant que personne s'en doutât, j'ai failli l'étouffer.

Mais quoi I le gouvernement du 10 décembre s'est donné la mission de sauver la société des terribles mains du socialisme i Il vaut mieux que le prolétaire périsse sous la présidence de Louis Bonaparte, avec M. Faucher et son honorable ami M. Thiers, que de vivre par les soins du citoyen Proudhon I Le prolétaire occupé, nourri, enrichi par un socialiste! Horreur I Le socialisme, pour la République honnête, c'est comme pour les juifs la chair de porc!

Un mot encore, et je termine. On a eu le courage de demander pourquoi, empêché comme je le suis par ma condam* nation de donner mes soins à une entreprise de laquelle dépend l'honneur de ma vie, je n'ai pas délégué mes pouvoirs à un lieutenant! Le Constitutionnel eût voulu que je dirigeasse la Banque du Peuple par procuration. Si l'idée est vraie, dit ce coryphée de la routine, l'application doit réussir; votre pré» sence est inutile.

Oui, ëi rapplication, dirigée par d'autres mains, est conforme au principe. Mais, voyez le malheur 1 à peine j'ai déclaré que je renonçais à m'oceuper de la Banque du Peuple, qu'un certain nombre de mes ex^collaborateurs annoncent leur intention de continuer mon œuvre; et cela, disent-ils, dans des TERMES NOUVEAUX, à l'aide d'une gérance démocratisëb ; c'est-à-dire que les idées de Saiiit*6imon, de Fourier, de tous les utopistes, seraient venues, sous le titre de gérance démo^ cralkée et sous la responsabilité du citoyen Proudhon^ se donner rendez-vous dans la. Banque du Peuple!...

Eh quoi 1 me dira-t-on, vous avez pris pour collaborateurs des hommes qui ne partageaient pas eatiôrement et exclusi- [ vement votre manière de voirf Quelle contradiction! — Juste- I ment, j'aime la contradiction; j'eume les utopistes, surtout \ quand ils ont du cœur et que ce sont d'honnêtes gens. J'ai plus appris avec eux qu'avec l'académie et l'école. C'est pour cela que j'en avais pris un certain nombre avec moi. Vivant au milieu d'eux, je ne craignais pas leurs erreurs, qui souvent m'étaient utiles. Mais, lorsque je me retire, on me permettra I de ne pas leur donner mon blanc-seing. . Réjouissez-vous maintenant, dignes et loyaux adversaires du socialisme, chantez victoire ; dites que la Banque du Peuple a misérablement coulé avant d'avoir vu le jour, et que le fondateur, comme un Law au petit pied, a pris la fuite emportant à ses dupes 8,000 francs. Publiez partout que la question est jugée, que c'en est fait du socialisme; que ce n'est plus la peine de l'exterminer, attendu qu'il s'exécute. Courez au pro- .cureur du roi; qu'on saisisse les livres de la Banque du Peuple; qu'on appose les scellés partout; qu'on déploie tout l'appareil d'une poursuite criminelle. Que le Peuple ensuite soit chaque jour arrêté à la poste et dans ses bureaux ; que ses amendes cumulées atteignent en quinze jours au chiffre de 200,000 fr.; qu'on en exige, par provision et avant arrêt, le payement ; qu'on fasse par provision main-basse sur le cautionnement, et puis qu'on crie partout à son de trompe que la patrie est sauvée, que le citoyen Proudhon a fait banqueroute I

Banqueroute ! le socialisme en banqueroute ! — Mais vous le croyiez déjà mort après juin; vous l'aviez si bien fusillé 1 Voyez donc combien, depuis ce temps-là, il a fait de recrues I — Vous vous flattiez de l'avoir écrasé, à la tribune, le 31 juillet. Vous en souvient-il î Et voilà que, le 31 juillet, la République démocratique et sociale a reçu son sacrement de confirmation, comme, le 26 juin, elle avait reçu son sacrement de baptême I

— Vous disiez que le vote du 10 décembre en avait effacé jusqu'à la mémoire, et voici que soixante représentants du peuple l'acceptent pour programme ; Louis Blanc et Proudhon partis, vous avez toute la Montagne sur les bras. Vous saurez bientôt, ou je me trompe fort, de qui le peuple se souviendra le plus longtemps, de Louis Bonaparte ou du socialisme.

O lâches! si vous voulez sérieusement que le socialisme soit confondu par vos paroles et par ses œuvres, osez solliciter pour moi un sauf-conduit de trois ans, et que le citoyen Louis Bonaparte donne ordre à ses procureurs généraux de me laisser tranquille. Je He parlerai plus de lui, et vous verrez ce que peuvent un homme et une idée !. ..

Mais que fais-je î Non ! non ! point de fausse espérance, point de molle transaction, point de faiblesse ! La Banque du Peuple était une solution pacifique autant que légale, il vous faut une solution révolutionnaire. La Banque du Peuple eût fait de vous d'honnêtes travailleurs : que fera de vous la Révolutionl Vous êtes indignes de ramer sur les galères de la République.

(N- 148. — 16 avril 1849.)

Paris, 15 avril.

La pièce suivante a été publiée ce matin dans la Démocratie pacifique et adressée en même temps à notre ami Proudhon, qui nous fait parvenir ce soir sa réponse :

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