NOUVELLES QUESTIONS
Nous avons adressé ce matin-, aux organes de la démocratie socialiste, une série de questions sur le point de savoir s'il est utile que le socialisme se déclare constitutionnel ou non. En attendant la réponse de nos confrères, nous allons leur présenter, sur le même sujet, d'autres questions auxquelles nous les prions également de répondre.
Le socialisme peut être considéré comme une puissance qui agit en raison directe de son unité, et inverse de son extension.
Cette définition du socialisme, déduite de -la théorie générale des concepts, d'après Kant, n'a presque pas besoin d'être démontrée. Il est clair que plus l'idée est simple, plus elle saisit l'esprit avec vivacité et plénitude; plus, au contraire, elle a' de divergence, ce qui est la conséquence inévitable de toute propagande, plus, par sa divergence même, elle perd de son action.
En Février, comme après les journées de Juin , le socialisme était encore à l'état de secte : le nombre de ses adhérents n'était peut-être pas de 20,000.
A ces deux époques, le socialisme se réduisait, pour le peuple, à cet unique terme : Droit au travaily converti bientôt en cet autre : Négation du capital.
Le socialisme était donc alors à son maximum d'énergie, comme à son plus bas degré de vulgarisation.
Cinq mois après, aux élections de décembre, le socialisme réunissait environ 600,000 voix ; il s'était accru de 2,500 pour 100. Au 26 juin, il ne représentait qu'un trois cent soixantième dé la population ; en décembre , il en représentait déjà le quinzième.
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Mais déjà aussi la divergence du socialisme s'etai; manifestée : une partie des socialistes portaient pour candidat Ra$$pail ; une autre partie, Ledru-Rollin ; une troisième; enfiQ, celle de la Démocratie pacifique^ s'était déclarée neutre.
Six mois plus tard, le 13 mai 1849, le socialisme, grandissant toujours, s'est trouvé assez fort pour déterminer l'élection de 220 représentants, plus ou moins enrôles sous sa bannière: il représente, on peut le dire, le tiers du pays ; il a monté, depuis le 10 décembre, de ôOO pour 100.
Le socialisme, jusqu'au jour où il sera devenu un système démontré, où, par conséquent, il forcera les convictions, est destiné à grandir encore, tant par sa force acquise que par son énergie propre, d'environ 100 pour 100. C'est-à-dire, qu'indépendamment de tout progrès de doctrine, le socialisme peut, selon nous, raisonnablement prétendre à se faire accepter par les deux tiers de la nation, lesquels, vu la division des propriétés en France , forment à peu près le total des citoyen^ qui peuvent se croire plus particulièrement intéressés aux réformes sociales.
Mais cet accroissement probable du socialisme ne peut s'effectuer qu'autant qu'il continuera d'agir sur le milieu ambiant, et que cette action sera en rapport avec la situation actuelle du parti, et avec les obstacles qu'il rencontre.
Si le socialisme cessait d'agir, non-seulement il ne progresserait plus, il rétrograderait. Il lui arriverait ce qui est arrivé à Louis Bonaparte, qui, porté à la présidence par une force de cinq millions et demi de suffrages, se trouve maintenant annihilé par le socialisme, le légitimisme, l'orléanisme, etc., et réduit, pour être quelque chose, à se faire l'organe d'une coalition. r
Or, demandez à l'homme qui a le plus contribué à l'électioïi de Louis Bonaparte, à M. Emile de Girardin, quelle est la « cause de cette singuli^e, décadence î il vous répondra, comme nous, que Louis Bonaparte s'est perdu, parce qu'il s'est posé comme force d'inertie, en un mot, par l'inaction.
Aussi, la force que le socialisme tire en ce moment du suf-^, frage universel s'usera par l'inaction, comme elle s'est u^éé pour le président de la République : en trois mois la Montagne, par le seul fait de son inertie, sera au niveau de Louis Bonaparte»
La question de vie ou de mort, pour le socialisme, est donc tout entière dans I'action. Or, comment agira le socialisme, maintenant qu'il est devenu un parti politique, représenté dans le Corps législatif par 200 de ses élus î
Peut-être va-t-on me répondre que le socialisme agira comme il a fait jusqu'ici, par V agitation et la propagande.
Mais l'agitation est un régime dont le peuple se lasse bientôt, et qu'il faut convertir au plus vite en un mouvement régulier, à peine de stérilité, d'anarchie, de rétrogradation, et par conséquent de décadence.
Quant à la propagande, nous avons dit déjà que plus elle s'étend , plus elle engendre la diversité : en sorte qu'arrivé à un certain point de son développement, le socialisme perd par sa divergence autant qu'il gagne par son principe, et qu'à moins de se formuler en science positive, il doit tôt ou tard déchoir et s'éteindre.
Pour échapper à ce double inconvénient d'une agitation stérile et d'une divergence stationnaire, le socialisme est donc obligé de faire deux choses : la première, c'est de créer en lui une nouvelle unité d'action ; la seconde, c'est de passer du régime des programmes et des manifestes à l'examen approfondi des questions.
Occupons-nous seulement de la première de ces deux choses, l'unité d'action.
Les élections du 13 mai ont posé le socialisme comme parti politique : il faut donc qu'il agisse comme parti politique, c'està-dire comme fraction du souverain.
Mais, comment opère un parti politique 1 — Par l'initiative de ses représentants.
Dès qu'un parti est politiquement constitué, qu'il s'est fait ouvrir les portes de la représentation nationale, c'est par la voie législative qu'il doit chercher à s'étendre et à s'assimiler toute la nation. Dès lors son unité est officiellement constituée ; il ne lui reste plus qu'à la constituer dogmatiquement, c'est-àdire à déterminer la série de ses actes.
Or, à présent que le socialisme est politiquement et constitutionnellement représenté, par qucliia&te va-t-il d'abord manifester son existence î
Que va faire la Montagne, en un mot, pour hâter la réalisation du socialisme 1
Ce ne sont pas, du moins quant à présent, des lois : la Montagne n'a pas la majorité.
Ce n'est pas de la politique extérieure : au dehors, comme au dedans, la majorité du Corps législatif est contraire au socialisme.
Ce que peut, ce que doit faire la Montagne, c'est ce qu'ont fait toutes les minorités du monde : c'est de V opposition, dans les limites de la Constitution, puisque hors de ces limites elle
n^aurait pas la parole, et tout d'abord, c'est de faire reconnaître et respecter son droit.
Ainsi, tout ce qui dans la Constitution peut servir le socialisme, les représentants doivent incessamment le produire et le faire valoir; tout ce qui viole la Constitution, ils doivent l'empêcher.
Ce n'est pas tout. Le socialisme, par l'importance qu'il a acquise dans la représentation nationale et dans le pays ; par le sens des dernières élections, comme par la tendance des institutions nouvelles, fait désormais partie intégrante du système républicain ; il peut, comme nous l'avons dit, et comme nous ne cesserons de l'y engager, revendiquer la qualité d'opposition constitutionnelle. Il suit de là que tout ce qui pourrait atteindre le socialisme dans son existence politique et dans sa dignité de parti , les représentants ont le droit et le devoir de l'empêcher.
Telle est donc, en ce moment, la situation du parti socialiste.
La Constitution, dans ce qu'elle a de plus démocratique et progressif, est violée par le pouvoir ;
Elle est violée par la majorité législative, dans ses rapports avec la minorité ;
Elle est foulée aux pieds par la presse réactionnaire, dans sa polémique quotidienne.
Les représentants de la Montagne peuvent-ils, sans péril pour le socialisme et pour la Révolution, tolérer un tel état de choses! — Telle est la première question que nous adressons à nos confrères.
Comment, ne pouvant le tolérer, feront-ils pour l'empêcher? — Voilà notre seconde question.
Nous serions heureux que quelqu'un découvrît une solution qui pût satisfaire tout le monde ; quant à nous, nous n'apercevons que trois hypoti^es :
1° La protestation ^élémentaire : c'est l'inertie, l'abdication. Les élections de mai nous ont fait sortir de cette condition de persécutés que nous pouvions supporter pendant un temps, mais à laquelle il y aurait de la honte à nous résigner encore. 2^ La protestation armée : c'est la guerre civile. Nous ne la connaissons pas, nous ne la conseillerons jamais. D'ailleurs, l'essence du principe représentatif s'y oppose. Le mandat de représentant ne peut jamais devenir un instrument de guerre civile : le devoir de l'élu du peuple est de s'oflfrir lui-même, s'il le faut, en holocauste, et s'exposer seul aux coups d'État du pouvoir, afin d'épargner le sang du peuple.
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âo La protestation fiscale ou le refus de l'impôt : c'est le moyen prévu par toutes les constitutions qui, depuis 1789, ont servi tour à tour dé base à notre droit public. — Par le refus do l'impôt, la société est scindée et le gouvernement impossible...
Nous défions qu'on sorte de cette triple alternative.
On nous dit que le refus de l'impôt est impraticable. Nous Soutenons que rien n'est plus facile. Et nous offrons, à cet égard, de faire la leçon, non-seiilement aux ouvriers et aux paysans, mais à nos confrères eux-mêmes, s'ils en ont besoin...
Au reste, il ne s'agit pas de la solution ique nous àVons proposée, et que nous persistons à croire admissible, il s'agit de trouve^ une solutioii.
Qu'est-ce que lies représentants de la Montagne se préposent de Mi'e pour arrêter la contre-révolUtion? Qu'est-ce que la presse démocratique et socialiste conseille elle-même 1 Nous n'avons pas de conseils à donner à nos représentants ; mais nous avons peut-être le droit de sommer nos confrères. Quel avis proposent-ilsî
Cari qu'on ne s'y trompe pas : si l'opposition socialiste, à laquelle, bon gré malgré qu'elle en ait, nous persistons à donner le nom d'opposition constitutionnelle, recule devant l'impérieuse nécessité de ses devoirs, il y aura d'abord reculade, puis décroissance du parti socialiste ; mais, comme la Révolution ne peut périr, il arrivera de cette opposition ce qui est arrivé de l'oppositioti dé 1847, l'opinion se i*etirera d'elle, et, pour la seconde fois, là révolution s'accomplira en dehors des voies parlementaires, ce qui pourrait amener la réalisation de la fameuse prophétie de M. Odilon Barrot sur la révolution de 1830 : Le dernier homme et le dernier écu !
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(N« 1^. ^ 3 juin.)
Paris, 2jmn.
Un parti qui refuse de profiter des avantages que la loi lui assure, parce qu'il ne veut pas se soumettre à la loi, et qu'il ne prétend relever que de son bon plaisir, est un parti frappé de déchéance, et qui proclame lui-même son indignité.
Depuis quinze jours noiis disons à la nouvelle Montagne :
Kous avons accepté la bataille sur le terrain légal ; vous avez vaincu au nom de la Constitution; vous êtes le produit de cette Constitution : hâtez-vous de faire valoir votre constitutionnaiité. Emparez-vous de la Constitution, que le pouvoir méconnaît; emparez-vous du pouvoir; car celui qui a pour lui la Constitution aura bientôt le pouvoir. Devenez, s'il le faut, malgré vos répugnances, président de la République et ministres; gouvernez pendant trois ans conformément à vos tendances et avec la plénitude dès pouvoirs que vous assure la Constitution ; après quoi, vous convoquerez une nouvelle Constituante, et vous modifierez la Cotistitutloh suivant l'expérience que vous aurez acquise et le besoin.
Certes, si la politique est quelque chose, nous croyons avoir fait preuve, en celte occasion, de bonne politique. On nous reprochait, il- y a six mois, de ne rien entendre à la politique, parce que nous n'étions occupés que du socialisme, que certaines gens, aujourd'hui plus fervents que nous, s'efforçaient de mettre de côté. A présent qu'il s'agit de faire profiter le socialisme de ses succès politiques, on nous reproche ne n'être pas socialistes.
Nous craignons fort une chose, c'est que ceux qiii nous accusent en ce mdmefat, et ceux qui nous accusaient autrefois, no'^ient rien eux-mêmes, ni socialistes, ni politiques.
A une question, toute de pratique, qu'est-ce donc que nos éternels adversaires opposent! Une question de théorie.
La Constitution est mauvaise, dit Fun, et nous n'en voulons pas. Ëonne ou mauvaise, répond l'autre, nous ne voulons pas
de Constitution; nous ne serons jamais constitutionnels; nous sommes et nous resterons ce que nous avons toujours été, des révolutionnaires !
Certes, ils seraient fort en peine si on les priait de définir ce qu'ils entendent par révolution,.. Mais laissons cela.
La République nous oppose d'abord l'autorité du citoyen Proudhon, qui a été Tun des seize de la Montagne qui ont voté contre la Constitution. Comme s'il y avait rien de commun entre un acte législatif et un acte' politique. Comme si nous pensions à l'éterniser, cette Constitution!...
« Oui, ajoute ce journal aux mœurs débonnaires pourtant, nous voulons bien user de la Constitution, mais en tant qu'elle nous sert à démolir le gouvernement : autrement nous n'en voulons pas. Nous ne la prenons pas pour règle. Hormis les besoins de notre polémique, la Constitution n'est rien pour nous. »
Ces gens-là, on le voit bien, n'ont jamais fait d'afifaires : ils ne savent ce que c'est qu'une obligation. Ils croient qu'un débiteur est maître de renier sa dette parce qu'il paye de trèsgros intérêts. Ils veulent bien se prévaloir du contrat quand ils y trouvent avantage ; ils le repoussent dès qu'on Veut s'en prévaloir contre eux. La Constitution n'est pour eux qu'une machine de guerre, d'autant plus utile que leurs adversaires auraient la simplicité de s'y soumettre. Qu'ils deviennent les maîtres, et la Constitution ne sera plus autre chose que leur bon plaisir. Donnez-leur dix mille hommes de la garnison de Paris et cent mille fusils avec cartouches pour armer le peuple, et, après avoir crié le 29 janvier : Vive la Constitution ! ils crieront le 29 juin : A bas la Constitution I
Sans doute, il y a des motifs graves à une conduite si étrange. Quels sont ces motifs? Nous avons cherché de tous nos yeux, et voici ce que nous avons découvert :
« Il y a, dit la Vraie République ^ des principes antérieurs et supérieurs à la Constitution, et que cette Constitution a méconnus. »
Notez qu'en argumentant de ces principes, la Vraie Répu^ blique ne fait autre chose que de se prévaloir d'un article de la Constitution, qu'elle refuse néanmoins de reconnaître.
Soit : il y a des principes antérieurs et supérieurs à la Constitution qui ne sont pas écrits dans la Constitution. La question est de les y faire entrer, ce qui ne peut pas se faire sans discussion, et à quoi on ne réussira pas du premier coup ; car il n'est personne au monde, nous n'en exceptons ni Saint-Simon, ni Fourier,.ni Pierre Leroux, ni la Montagne elle-même, qui
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soit en état de reconnaître, de classer, d'organiser et de faire accepter par tout le monde les principes antérieurs et supérieurs à ]a Constitution, et qui sont restés dehors.
Nous Yoilà donc fatalement placés, ou dans un état de perpétuelle insurrection, ce que nos amis appellent, par contre-vérité apparemment, état révolutionnaire, ou dans une voie de transactions successives indéfinies. Il n'y a pas à cela de milieu, à moins que Ton ne prétende encore que progrès et insurrection ^ c'est même chose.
£h bienl la Constitution est sortie de ce dilemme, et, pour notre part, nous nous rangeons de son avis, nous acceptons la solution.
C'est un principe antérieur et supérieur à moi-même, dit la Constitution, article !•*• du préambule, que le progrès doit être rationnel et pacifique.
C'en est un autre, dit le Code civil, interprète de la sagesse antique, que « les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites; qu'elles ne peuvent être révoquées que de leur consentement mutuel, ou pour les causes que la loi autorise ; qu'elles doivent être exécutées de bonne foi. » (Art. 1134.)
D'où il suit que le premier des principes antérieurs et supérieurs à la Constitution, c'est de la prendre elle-même pour loi, et de l'exécuter de bonne foi,jusqu'à l'époque marquée pour sa révision.
Vit-on jamais des révolutionnaires résister à la Révolution, parce que la Révolution, ce n'est pas bon plaisir, mais progrès ; — des ambitieux, refuser le pouvoir, parce qu'au lieu de le prendre il leur faudrait l'accepter; — des conspirateurs qui rejettent le fruit de la conspiration, parce que ce serait cesser de conspirert...
Voilà pourtant où nous en sommes avec les grands révolutionnaires de la République^ de la Vraie Hépublique et de la Ré~ volution démocratique et sociale. Nous avions tort, l'autre jour, vis-à-vis du Constitutionnel^ et nous lui en présentons nos sincères excuses. Nous avions trop présumé du bon sens de nos jeunes confrères ; notre ancien les avait mieux jugés que nous-
Que répondront-ils donc, un de ces matins, à Louis Bonaparte et au Constitutionnel f quand ils leur présenteront cet argument assisté de cent mille baïonnettes :
« Nous voulons bien de la Constitution, mais provisoirement, mais contre le socialisme, et en tant qu'elle nous est utile pour démolir la République. Passé cela nous n'en voulons pas. Nous n'acceptons pas la Constitution pour règle ; nous nous en ser-
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VOUS, il est vrai, pour les besoins de notre polémique, et comme argument ad hominem, pour dérhontrer que les socialistes sont des gueux, qui ne reconnaissent ni foi ni loi, et avec lesqiiels il iie faut raisonner qu'avec là poudre et le plomb. Hbts de là, la Constitution n'est rien pour noUs, et notre raison, c'est qu'il est des principes supérieurs et antérieurs à la Constitution, que la Constitution 'ne reconnaît pas et sans lesquels aucune société ne peut Subsister. De ce nombre sont la subordination mutuelle des hommes entre eux, suivant réchéllfe dès talents et dés fortunes, et l'Unité du pouvoir, manifestée de tout temps par la monarchie. » ^
Nous voudrions savoir ce que les révolutionngtireS de la République ^ de là Vraie République et de là Révolution démocra^ tique et sociale^ répondraient à cette façon d'argumenter.
Si Louis Bonaparte, en qui l'on suppose des velléités peu constitutionnelles, a été jusqu'à présent arrêté dans ses coups d'État, c'est que la Constitution le tenait en respect. Qui pourra îe retenir, maintenant que les démocrates socialistes déclarent eux-mêmes qu'ils ne veulent pas dé la Constitution!
Et, en vérité, Louis Bonaparte et M. Barrot sont de grands sots de tant marchander avec leurs scrupules. Il fa'y a plus, à l'heure qu'il est, de Constitution.
Ce c[iii existe, ce Sont deux partis rangés en bataille; — l'un, qui compi'end les deux tiers du peuple, qui a la majorité dans l'Assemblée nationale; qui dispose de l'administration, du budget, de l'armée, et qui ne veut de la Constitution que pour opprimer;— l'autre, qui forme environ le tiers de la nation, qui se compose généralement des citoyens les plus pauvres; qui n'a ni police, ni finances, ni soldats, ni armes, et qui n'accepte la Constitution que pour conspirer.
Nous avons parlé quelquefois de la dissolution de la société : la voilà faite. La presse démocratique et socialiste Vient de le dénoncer. Il n'y a plus de Constitution : nous sommes acculés à la première des lois antérieures et supérieures, à la force. C'est la force qui nous régit, c'est au plus fort à gouverner.
Donc, que Louis Bonaparte n'hésite plus. La déclaraticfn de là presse démocratique et socialiste vient de lui créer de nouveaux droits et de nouveaux devoirs. Il à la fo^ce, et la Constitution n'est rien : c'est à lui d'aviser. Dictature ou despotisme, nous ne donnerions pas un cheveu pour le choix.
(X« IW. — 4 jftin.)
Paris, 3 juin.