SAINTE-PÉLAGIE A L'ELYSÉE, SALUT
En vérité, le président de la République ferait bien, par quelque coup de son métier, de venir en aide à la Voix du Peuple. Nous sommes accusés, à cause de lui, de bonapartisme.
. . . Pour Dieu et
pour Thonneur de la Voix du Peuple^ levez-vous donc, citoyen président! vous appelez- vous Bonaparte?
Écoutez ce qu'on dit de vous :
Rien n*einpêche le président d'avoir nne politique différente de celle de r Assemblée, cela est certain. // 2e pourrait ^ s'il le voulait. Mais le veut-il? Voilà la question. A cet égard, nous nous sommes déclarés incrédules, et nous avons expliqué pourquoi.
Nous ne nions pas que le renvoi du ministère Barrot, et quelques expressions du message, n'impliquent un certain désaccord entre le président et la majorité. Mais sur quels points porte ce dissentiment entre l'élu du 10 décembre et les ancieria partis? Voilà ce qu'il faut comprendre et ce qu'il importe de déterminer.
Ces anciens partis, ce sont les serviteurs de deux royautés défuntes. Quand les fidèles de M. le comte de Chambord ou les amis de la maison d'Orléans font en public la confidence de leurs regrets, quand ils formulent leurs prétentions, quand ils font sonner haut leurs espérances, il est bien clair que M. Bonapaite ne peut alors être de leur avis. Ces sentiments-là ne sont pas les siens. 11 a d'autres visées. Il poursuit nn autre but. Sous ce rapport il a naturellement, nécessairement, une politique personnelle. Nous l'accordons.
Mais les questions dynastiques sont-elles aigourd'bui les seules questions pendantes? Evidemment non. Il s'agit encore, il s'agit surtout, de savoir si l'on adoptera ou si Ton niera les principes de la Révolution de février ; si l'on tirera de ces principes, leurs légitimes conséquences; si, entrant résolument dans la voie démocratique, on accordera au Peuple les réformes sociales qu'il demande, les institutions dont il a besoin ; si
l'on s'établira pour toujours, et sans arrière-peniée, tur le terrain de la f Constitution ; si Ton cessera de considérer la République comme une \ auberge oti Ton s*abrite momentanément, en attendant que le temps '^> s'éclaircisse, et que le chemin devienne plus praticable. Ici le désaccord
cesse; et si M. le président a d^autres vues que l'Assemblée nationale,
on avouera qu'il ne Ta pas encore prouvé.
Laissons de côté, noas y consentons, tout ce qui a précédé le message
du 31 octobre. Prenons ce message pour point de départ, et supposons,
pour un moment, qu'il signifie quelque chose. Que reste-t-il aujourd'hui
de tout ce qu'on s'était efforcé d'y voir? Après le texte est venu le commentaire. M. d'Hautpoul a-t-il annoncé
un changement de politique? M. Ferdinand Barrot, hier encore, ne s'est-il
pas déclaré résolu à marcher sur les traces de ses prédécesseurs ?
On parle de la question romaine, de la fameuse lettre du 18 août, de ce programme repoussé par l'assemblée , abandonné par l'ancien ministère, et qui, grâce au nouveau, va devenir enfin une vérité De bonne
foi, le croyez-vous? Si on l'eût voulu réellement, est-ce bien au légitimiste M. d'Hautpoul qu'on aurait confié l'exécution d'une telle œuvre ? — Mais M. d'Hautpoul reste à Paris. Un autre général va partir à sa place, un homme dévoaé aux principes libéraux, et qui saura bien avoir raison de la réaction cléricale. — Ah ! vraiment. £h bien I il est nommé cet autre général, destiné à réparer les fautes de M. Oudinot. Savezvous qui l'on a choisi ? M. Baraguay-d'Hilliers I
Entendez cela, citoyen président. On vous reproche de n'avoir de commun avec les républicains que la haine pour la dynastie de Bourbon et la dynastie d'Orléans. On dit que, hors cette question de dynasties, vous êtes un vrai réactionnaire, un parfait absolutiste ; que tout le différend entre vous et la majorité provient de ce que vous sollicitez pour vous-même ce que ceux-ci veulent n'accorder qu'à Chambord, ce que ceux-là réservent à Joinville ; qu'au fond vous n'avez pas de politique personnelle, mais seulement une ambition personnelle ; bref, que vous êtes vous-même, ni plus ni moins que les anciens partis, un factieux !
Sans doute, observe le National^ — car c'est de lui qu'est l'article cité plus haut, — sans doute le président pourrait^ s'il voulait j avoir une politique différente de celle de l'Assemblée. Mais il ne le veut pas, parce qu'il est le compétiteur des deux prétendants; en un mot, parce qu'il n'est pas républicain.
Si, pourtant, demande la Voix du Peuple^ il convenait au président, par rivalité dynastique ou par tout autre cause, d'avoir tout à coup, sur une question spéciale, une politique conforme aux intérêts de la Révolution, devrait-on, sous prétexte de suspicion légitime, l'abandonner aux coups de la majorité, et négliger ainsi les intérêts les plus précieux de la Révolution 1
270 MÉLANÛBS. * ARTICLBS DE JOURNAVX
Quelle oonduite tenir alors! C'est une hypothèse que fait la Voix du Peuple.
Si , disons-nous , le président Louis Bong-parte, après avoir voulu u?ie fois, deux fois, nommait à Ist troisième un ministère de républicains, choisis dans la nuauce du iValionai par exemple, devraitrQu alors croire que le président a vouli^ ? Peyrait-on, sauf le respect inviolable de la Constitution, appuyer le président contre la majorité 1
De plus, si, par cas extrême, la décision de la majorité portait atteinte à la Constitution, devrait-on engager le président à se soumettre à cette décision, ou à faire appel au Peuple! Et faudrait-il, pour résoudre un pareil problème, chercher des exemples en Amérique, sur les bords de l'Orégon ou du Mississipi ?
Il semble que la question soit bien et carrément posée, n'est-il pas vrai ! que la pudeur républicaine du National^ de la Réforme et du Temps^ soit parfaitement à couvert, et que leur puritanisme anti-dynastique n*ait rien à redouter de cette supposition éniinemment parlementaire!
Le National ne veut rien entendre. — Il ne x^eutpasl nous répond-il avec obstination, comme s'il était sûr du fait. Il ne 'oeut pas t répètent en chœur le Temps et la Réforme, Leur aurie2-vous donc fait, citoyen Bonaparte, quelques avances, tout à coup abandonnées! Évidemment, il y a là-^dessous quelque chose. Nos confrères en savent plus qu'ils n'en osent dire ; et vous, président de la République, vous en pensez plus long qu'il ne s'en aperçoit dans vos messages. Or, afin que nous autres, qui ne voulons être ni ministres, ni président de la République, qui avons juré de ne tremper jamais dans aucun gouvernement, nous sachions cependant à quoi nous en tenir, et qu'on ne nous prenne point pour dupes, nous vous supplions humblement, dans l'intérêt de votre popiilarité et de la nôtre, de répondre à notre question.
Décidément, lé président de la République est-il pour ou contre le motu proprio ? — Nous n'en den^anderons, pour le moment, pas davantage. Louis Bonaparte est un républicain du lendemain : avec les néophytes, il convient de ménager les transitions.
Si le président est pour le motu proprio ^ il accepte, par là même, le vote de la majorité de l'assemblée législative. Il faut qu'il prenne avec lui MM. Thiers, Berryer et Montalembert, comme il a déjà pris les généraux d'Hautpbul et Baraguayd'Hilliers ; qu'il retire son message, et qu'il attende avec rési-
LA VOIX DO rauPLB — i849 271
gnation d^ la Providence des Jésuites ce qu'il lui plaira faire de lui.
S*il est contre le m&tu proprio, il se range par conséquent à ravis de la majorité de rassemblée constituante, il pactise avec les manifestants du 13 juin. Dans ce cas, sa conduite est toute tracée : mettre à néant le procès de Versailles ; rappeler Ledru- RoUin, Considérant et leurs amis; former un ministère de gauche, et braver, avec les Républici^ns, les foudres de la majorité t nous n'aurofis pas besoin pour cela de violer la Constitution.
Sans garantie, toutefois, de Tempire ni du consulat.
Voules-vous, citoyen Bonaparte; ou ne voules-vous pasi
(N» 46. — 15 noyemhre 1849.)
MOUVEMENT DE lA IlÉVOLUTION
LE SOCIÀLÏSME ET UIMPQT, par M. Étnils de Girardin.
(PBBMIBB ARTICLE)
Tandis que les vieux partis intriguent et conspirent, que le président de la République écrit lettres sur messages, que les sectes s'affaissent, que les agitateurs se débattent dans le vide, que les eunuques du socialisme occupent le parterre de petites propositions philanthropiques expédiées d'outre-ManchC;, que les orateurs du 13 juin abandonnent leur poste, ajoutant au désastre d'une condamnation prévue, la défection 4e leur éloquence ; tandis que le prolétariat voit ses intérêts de plus en plus compromis par ses politiques et ses théologiens : l'idée
révolutionnaire, positive et mathématique, recrute partout de nouveaux apôtres, et poursuit sa marche /triomphale. Sur chaque point de l'Europe, on la voit se poser dans sa triple for* mule, triple négation de Tautorité religieuse, politique, industrielle, en un mot, du gouvernement de l'homme par l'homme. Mazzini et Félix Pyat, à Lausanne, la saluent en même.temps, l'expriment dans le même langage.
La classe moyenne, après un moment de surprise, revient de ses terreurs : toujours mercantile, toujours pratique, elle s'est mise à considérer la Révolution démocratique et sociale par son côté utilitaire ; et, chose étrange, tandis que les théories émancipatrices sont dédaignées ou méconnues par les initiateurs du mouvement, par les premiers hérauts de la Révolution, elle songe tout simplement à en tirer profit. Le bourgeois estime une révolution par ce qu'elle lui rapporte, non de gloire ou de fumée, mais de bénéfice. Comme sous Louis le Gros, et pendant toute la durée du moyen âge; comme en 89, 92, 99 1814, 1830 et 1848, vous verrez la classe moyenne opérer la Révolution ; vous la verrez affranchir de ses propres mains le prolétariat son esclave ; c'est par elle que s'accomplit ce grand revirement économique, dont la signification essentielle est de reporter sur le travail, en les multipliant dans une proportion indéfinie, tous les privilèges et les bénéfices du capital.
C'est en vain que, pour notre part, nous avons voulu faire prendre à la classe exclusivement travailleuse cette initiative qu'elle n*a jamais eue, que personne jusqu'ici ne lui avait fait prendre ; c'est en vain que nous l'appelions à créer par ellemême la liberté et l'égalité sociale : des influences occultes, mystiques ou brutales, qui commencent à s'avouer tout haut, ont paralysé nos efforts. A la persécution, à la haine des vieux absolutistes, se joignent pour nous la persécution sourde, la haine plus envenimée des utopistes et des démagogues. Nous ne savons si le prolétariat, entraîné par de pareils guides, doit s'épuiser longtemps encore dans cette suite de mouvements qui aggravent chaque jour sa servitude et sa misère : ce qui nous paraît désormais certain et que nous déplorons de toute notre âme, c'est que les travailleurs trompés n'obtiendront leur émancipation qu'en se mettant à la remorque des bourgeois : ce qu'ils pouvaient conquérir seuls, ils le recevront comme un bienfait de ceux-là mêmes qui, hier, qui, aujourd'hui encore, par la fatalité des temps, sont leurs exploiteurs et leurs antagonistes.
Vous faites du propriétarismej du hourgeoisisme^ nous disait
le théologastre Pierre Leroux , dans les conférences qui eurent lieu à Toccasion de la Banque du Peuple. Il aurait pu ajouter que nous faisions même du royalisme; car la théorie du Crédit et de rÉtat, telle que nous la professons, diamétralement opposée à la théorie communiste, est Télévation de chaque citoyen à la dignité royale.
Propriéiarisme et hourgeoisisme^ soiti Mais en attendant que les trinitaires et les communautaires formulent leur idée, qu'ils nous enseignent à faire de la fraternité, nous allons voir comment les bourgeois et les propriétaires, qui ne se payent point de mots et n'aiment point à vivre d'amour et d'eau claire, font, eux, de la liberté et de l'égalité. C'est toujours bon à consulter, même par les apôtres et thaumaturges de la fraternité, ne fut-ce qu'afin de leur fournir l'occasion de distinguer une fois de plus entre la vraie et la fausse égalité, la vraie et la fausse liberté, comme ils ont distingué déjà d'une façon si lumineuse, entre la vraie et la fausse propriété.
Dans ce que nous allons exposer, ce n'est donc plus le novateur prolétaire qui parle, c'est le novateur bourgeois. Notre théorie, quant à nous, est connue. L'idée révolutionnaire s'était d'abord formulée par le droit au travail, formule peu exacte, qui contenait implicitement la reconnaissance de la suzeraineté du capital, et par suite la renonciation au droit de bourgeoisie, à la possession duquel, selon nous, tout travailleur doit parvenir. Nous rectifiâmes donc, les premiers, cette formule malheureuse, en posant à la place du droit au travail l'idée du crédit mutuel et gratuit, par laquelle, sans demander rien au capital, les travailleurs, devenus maîtres d'eux-mêmes, s'élevaient de plein-saût à la dignité bourgeoise. Nous crûmes naïvement avoir fait, par la théorie du crédit gratuit, un progrès sur le modeste droit au travail ; les néo-chrétiens, néo-jacobins, néoplatoniciens, néo-babouvistes ne l'entendirent point ainsi. C'est du propriéiarisme f du bourgeoisisme ^ dirent-ils; à Dieu ne plaise que nos frères les travailleurs deviennent des bourgeois I Nous ne le souffrirons pas.
Que diront-ils' tout à l'heure, que dira le peuple, en apprenant comment la bourgeoisie , développant à sa façon nos propres idées, entend opérer le nivellement des conditions et des foHunesl Ce n'est plus cette théorie timide de la mutualité des services , recommandant sur toute chose de respecter le capital et la propriété, de les abandonner à eux-mêmes, de ne leur demander rien. Quand la bourgeoisie et la propriété parlent d'elles-mêmes, elles dédaignent les précautions oratoires; elles n'ont que faire de tous ces ménagements. La loi agraire,
â74 MâLÀMGBS. •— ARTIGLSfr D£ JOURNAUX
tant détestée, n'est rien au prix de Ja théorie que nous allons voir un bourgeois, M. Emile de Oirardin, déduire des traditions et dé la routine économique; Vimpét sur le capital est le complément obligé du crédit gratuit ; c'est la banque du peuple élevée à sa deuxième puissance!...
A cette nouvelle, l'anti-bourgeoisisme ne peut manquer dé crier haro sur la réforme fiscale, de même que sur la Banque du peuple ! Un pacte, va-t-il Se dire, existe entre la Voies du peuple et la Presse pour embmrgéioistrlB prolétariat. Maintenant la conspiration se révèle. Alerte 1 citoyens du Luxembourg, de la jeune Ibarie, du phalanstère modèle, du droit au travail et du droit à Tassistailce I Que le prolétariat se tienne debout i que le peuple veille 1 que la presse démocratique et sociale donne partout Falarme! que les représentants patriotes signa** lent, du haut de la tribuhe, le péril de là société 1 Garde à vous, ouvriers^ travailleurs* prolétaires! Tenhemi est aux portes ; vous allez tous devenir bourgeois 1 Écoutez la grande trahison de M. de Girardin !
La grande loi de la société, disait l'Ecossais LaW^ celle qui domine tous les faits éconotniques, est la loi de circulation. C'est ce que pensait un autre économiste, James Mill, quand il écrivait : L'homme ne dispose que d'une seule chose sur la terre, le mouvement. Et e'eit à la suite de ces grandes autorités que nous avons essayé nouS-même de rameher l^ problème social tout entier à un problème de circulation, à la réforme des institutions de crédit.
Or, si tout se meut dans la société, si la dtriliâbtion n'est autre chose que le mouvement, par cela même, tout ôhalige : la forme du droit, comme le rapport qui Vé crée. La propriété elle-même n'échappe pas à cette loi de mutation, de mouvement. Dès lors qu'elle edt recherfchée, libn plus pour le travûil qu'elle procure, comme la terre Test encore aujourd'hui par le paysan, mais pour le revenu qu'elle donne, la propriété change de nature t elle prend Uiie autre essence, elle porte un autre nom; en un mot, elle devient capital.
Depuis environ un siècle , la société française a ôommeiicé de délaisser l'anciehne idée de propriété pour lui substituer celle décapitai : à telle enseigne que ce n'est plus déjà, cohime au vieux temps, lé propriétaire qui fait la loi aU fcâpitaliste, c'est le capitaliste qui fait la loi au propriétaire. Le code de commerce régit beaucoup plus aujourd'hui la société que le code civil , abandonné comme une cathédrale gothique. C'est au capital qUe nous avons à faiiis, quand nous traitons des choses delà Révolution ; cNest cette idée, relativement nouvelle,
LA VOIX tm PE€PLR — 1849 8t5
que la dévolution de février est venue entamer, comme le développement économique antérieur avait entamé la propriété ellermême.
Le capital a dompté la propriété : le travail , à son tour, doit dompter le capital. — Voilà ce que nous révèle la grande loi de la circulation, la théorie du mouvement économique; voilà le problème que s'est posé, ainsi que nous, M. de Girardin, et dont il nous présente aujourd'hui une solution.
U j a deux manières de convertir l'idée dé capital, ^-* en langage plus pratique, de subordonner le capitaliëte au travailleur :
Ou bien, en attaquant le capital dans sa productivité, dans son revenu^ par l'organisation d'une circulation gratuite ;
Ou bien, en attaquant le capital directement et en lui-même, en lui deii)andant, chaque année, par la voie de l'impôt ou de toute autre manière, une partie de son quantum, ce qui^ au fond, révient, non pas précisément à ftdre cesser son revenu, mais à le lui reprendre. En effet, si le taux légal de l'intérêt est 5 pour 100 et que la contribution demandée au capital soit 5 pour 100, il est clair que le capital restera sans revenu, tout comme si, par la concurrence d'une circulation sans intérêt, on tarissait la source même du revenu*
Or, tandis que, d'une part, le développement des institutions de crédit conduit fatalement à rendre la circulation coinmerciale gratuite, et par suite à faire cesser la productivité du capital ; de l'autre, le perfectionnement du système des impôts, soit dés revenus de l'État, aboutit d'une manière non moins fatale à faire entamer le capital par le fisc, d'une quantité égale à celle qu'il aurait produite par l'intérêt : ce qui mène toujours à cette conclusion définitive : Annihilation progressive du revenu, par conséquent absorption, transformation, extinction de l'idée de capital.
La théorie, et déjà la pi^tique, démontrent la vérité, la nécessité de cette double loi. Le premier de ces mouvements est à l'autre comme la fbrce centripète est à la force centrifuge, comme l'attraction riewtonienne est à l'expansion d'Azâïs : c'est toujoiirs la tnême loi sous deux formes différentes, tnais inverses l'une de l'autris, et qui , par cela même qu'elles sont inverses, sotll, en théorie du moins, d'une vérité égale.
La transformation du capital et de la propriété, par le développement des institutions de crédit, est celle que noUs avons exposée et soutenue, depuis dix-huit mois, sous les noms de gratuité f mutualité ou réciprocité du crédit ^ banque d'échange^ (désignation inexacte) et plus tard banque du peuple.
En tout cela, nous n'avons fait autre chose que donner au public une conscience plus nette du mouvement économique signalé parLaw, MiJl, et généralement par tous les économistes, comme le fait dominateur de la société ; mouvement qui commence à la division climatérique du travail et au troc en nature, qui se continue ensuite par l'emploi de la monnaie et l'invention de la lettre de change.
La tranformation du capital et de la propriété par l'action du fisc ou de l'État est celle qui vient d'être exposée par M. de Girardin dans un travail intitulé le Socialisme et V Impôts et dont nous essayerons tout à l'heure de rendre compte.
Ce mouvement fiscal, agissant en sens contraire des institutions de crédit, commence j pour nous, à la naissance de la féodalité, à la corvée, à la dîme; il se continue par la gabelle, les tailles, les aides, les vingtièmes; — et atteint son plus grand développement dans ce système compliqué d'impôts, que nous ont légué successivement la République, l'Empire , la Restauration, la Révolution de juillet.
L'impôt, dans sa constitution actuelle , c'est-à-dire multiple, onéreux, vexatoire, d'une perception difficile et chère, et d'un produit toujours insuffisant, voilà sur quelle donnée opère M. de Girardin, et où nous allons nous engager avec lui.
Ce qui résulte aujourd'hui de plus apparent, de plus irréfragable, de tout notre système d'impôts, après les innombrables perfectionnements qu'il a reçus, ce qui en forme le caractère essentiel, c'est qu'au point où les choses sont parvenues, et par l'influence des révolutions, et par l'effet naturel des conditions économiques, il est tout à la fois impossible d'augmenter l'impôt et impossible de s'en contenter.
Tandis que le budget des dépenses est toujours et de plus en plus en avance^ celui des recettes est constamment et de plus en plus en retard. L'équilibre du budget est comme l'équation du cercle, un problème démontré insoluble ; c'est ce que révèle, à quiconque a des yeux pour lire et une intelligence pour comprendre, la philosophie du budget. Ajoutez un centime par franc sur tous les impôts, et la résistance éclate sur toute la face du pays ; le refus du contribuable, signe précurseur de la banqueroute de l'État, avertit le fisc de s'arrêter. Laissez l'impôt dans son assiette et avec les tarifs existants, et vous marchez à la banqueroute par un autre chemin, par le déficit. Et notez que la ressource de l'emprunt vous est également fermée ; car, pour emprunter, il faut stipuler des intérêts ; pour payer ces intérêts, il faudra accroître l'impôt : or, l'accroissement de l'impôt est impossible.
Ainsi, tandis que les besoins de l'Etat augmentent sans cesse, les ressources de l'Etat semblent diminuer, ou, pour être tout à fait dans le vrai, tandis que les besoins de l'Etat, qui sont comme les frais généraux de la société, croissent comme la progression 1, 2, 4, 6, 8, 10, 12, etc., les revenus de l'Etat croissent seulement comme la progression 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, etc. ; en sorte que, loin d'aggraver les charges de l'Etat, comme semblait l'annoncer une résolution dont les auteurs demandaient tant de choses à l'Etat, la question semble être, au contraire, de les diminuer.
Mais diminuer les charges de l'Etat est chose aussi impossible que de diminuer ses recettes ou d'augmenter son budget : nous sommes dans un labyrinthe d'impossibilités. Nous ne pouvons ni avancer ni reculer : il faut tourner ; il faut, tranchons le mot, révolutionner. Or, quelle peut être cette révolution dans l'impôt î M. de Girardin nous en donne la formule par ce seul mot : Simplifier.
Simplifier en matière d'impôts, c'est tout à la fois augmenter la recette et diminuer, abolir même la taxe. Cela paraît contradictoire : M. de Girardin nous démontrera tout à l'heure que rien n'est plus facile. Il ne s'agit que de transporter Vimp^t (1), de la production, de la circulation, de la consommation, de la terre, du revenu, de toutes les choses actuellement imposées enfin, à la seule qui ne le soit pas et* qui doive l'être, au capital.
Imposer le capital, dira le capitaliste, c'est prendre le revenu. — Qu'importe, répond par la bouche de M. de Girardin le propriétaire, si, après la taxe, l'augmentation du bénéfice sur le travail est plus grande que le prélèvement opéré par l'Etat sur le capital 1...
Il est triste, pour un révolutionnaire, d'avoir à le dire, mais il faut le dire, parce que cela est : si la bourgeoisie, en majorité immense, n'avait un intérêt irrésistible à la révolution écononiique, le sort du prolétariat serait compromis. La philanthropie catholique et démocratique aurait bientôt enterré la question sociale. C'est le cas de rappeler le mot de Pompée, à qui le médecin commandait un plat de grives, et qui n'en pouvait trouver que chez Lucullus : Eh quoi! si LitcuÛus n'était un gourmand, Pompée ne saurait-il donc vivre ?
(1) Ce mot, impôt, n'est pas dans le texte.
21^8 MÉLANGES. — AktiCLËS DE JOimNAUX
(No 74. -" 16 novembre 1849.)
(DEUXIÈME A&TICLE)
11 n*est tels révolutionnaires que les conservateurs, quand ils se mêlent de révolution. M. de Girardin s'est constamment rangé, dans sa carrière de publiciste, du côté du parti de la conservation et de l'ordre. Il a défendu le ministère Mole contre la Coalition de 1839; il n*a abandonné le ministère Guizot que lorsqu*il a vu que ce ministère menait droit à une révolutioii ; on connaît le dévouement dont il a fait preuve, au 24 février, pour la dynastie d*Orléans, dynastie qui serait debout encore, si elle eût suivi le conseil de son intrépide défenseur.
Aujourd'hui encore, c'est par pur esprit d*ordi*e que Sî. dé Girardin défend la Constitution ; c'est par esprit de conservation, enfin, qu'il est devenu révolutionnaire.
Outre cela, M. dé Girardin est proptiétaire, entreptènetiif et capitaliste, bourgeois à trois chevrons; il est de pliis grand travailleur : c'est à ces divers titres, et sans doute après avoir fait la balance des profits et des pertes, qu'il nous propose son système d'impôts, conception si simple et si féconde à la foiis, que la révolution eût pu être terminée du coup , si elle fût venue au gouvernement provisoire.
M. de Girardin tie s'est, du reste, pas donné la peine dé faire la philosophie de son idée : il n'est point entré dans les considérations de théorie que nous avons déjà fait valoir, et que nous aurons à présenter encore en faveur de son plan. Comme toutes les intelligences prime-sautières, comme tous ces artistes que nous appelons, assez improprement, hommes d'État, M. de Girardin saisit au vol une idée; il la commente, la développe à sa manière, sans trop chercher ni d'où elle vient, ni où elle va, sans en reconstruire la généalogie et en démontrer les affinités. C'est ce défaut de philosophie générale qui a fait dire de. M. de Girardin qv'il avait infiniment d'esprit, mais
Li VûU PV PBtJPm — ia49 279
pas de principes : combien, panni ses adversaires de toute couleur, y en a-t-il qui puissent se flatter d'en avoir davantage?... Mais, bien que l'inventeur d'une idée n'ait pas toujours conscience de la philosophie à laquelle il obéit, cette philosophie existe, et l'on peut toujours la dégager. C'est ce que nous continuerons à faire pour M. de Girardin.
ta formule dialectique employée par M. de Girardin dans son projet d'impôt, c'est, avons-nous dit, la simplificçtiion.
Simplifier, en logique, est synonyme de généraliser.
Fouç généraliser, il faut énumérer, reconnaître, analyser, comparer entre eux, finalement grouper dans une e^ression commune les termes de la généralisation. En procédant de la sorte, on est certain d'être fidèle à la nature des choses, et d'exprimer la pensée universelle. Or, c'est ainsi que procède M. de Girardin. Il examine successivement toutes les espèces d'impàts; puis, appuyé sur une multitude d'autorités écono* miques, financières, administratives et fiscales, les moins socialistes du monde, il constate et prononce, sur chaque espèce d'impôt, qu'il est arbitraire, que la répartition en est inégale, la perception vexatoire; qu'il est une cl^arge et une entrave au travail, à la production agricole et industrielle, un obstacle h la circulation des produits, à l'échange des propriétés, à la subsistance du peuple, à la richesse publique et privée : pardessus tout, qu'il est profondément inique.
Ainsi, dit M. de Girardin, l'impôt fonder a pour base et pour garantie de l'égalité do répartition l'op^ation du cadastre. Qr» le cadastre est un labyrinthe sans issue^ auquel on a dépensé déjà 130 millions de centimes additionnels, auxquels il faut ajouter pour l'ayenir im sacrifice perpétuel de 5 ou 6 millions par année : le tout, pour arriver à quoil à rien.
En effet, l'impôt foncier est préleyé directement sur la propriété, sans égard aux charges qui pèsent sur elle. Celui-ci doit 10Q,00Q francs sur une propriété qui, au jour de l'expropriation forcée, suffira à peine à le libérer de ses créanciers hypothécaires. En réalité donc, il ne possède rien. Le percepteur ne s'en montrera que plus empressé à poursuivre le paie** meot des douzièmes exigibles. Cet autre ne doit rien, il a autant d'argent qu'il lui en faut pour faire valoir sa propriété. -^ Mais les deux propriétés ont reçu la même évaluation cadastrale : les deux propriétaires paieront le même impôtt Est-ce de la justice î
Ce n'est pas tout. Primitivement, la contribution foncière ne devait jamais être à la charge du fermier ; en est-il ainsi 1 Qui ne sait qu'aujourd'hui la contribution foncière est h la chargée
du fermier ou du locataire ; que c'est le propriétaire qui paie la contribution directement, et le fermier ou locataire qui la paie indirectement ?
M. de Girardin fait un raisonnement analogue sur l'impôt personnel et mobilier. « Prendre le prix du loyer pour la mesure du degré de fortune ou de misère du contribuable, c'est s'exposer à tomber souvent dans l'erreur et dans l'arbitraire. Celui-ci est célibataire, un petit appartement lui suffit; cet autre est père d'une famille nombreuse, un vaste appartement lui est nécessaire; cependant il plie sous le poids de ses obligations domestiques. Le célibataire paiera moins que le père de famille. Est-ce de la justice!
« Plus on a de loyer, plus on a « de revenu, » dit l'impôt. — Et moi, je dis tout le contraire : l'industriel qui a le plus de loyer est généralement celui qui a le moins de revenus.
Sans compter que l'impôt mobilier fait double emploi avec ^ l'impôt des patentes. — « N'est-ce pas tirer d'un sac plusieurs ' moutures? » disait Vauban.
Même raisonnement encore, même conclusion sur l'impôt des portes et fenêtres ; impôt barbare, véritable attentat à l'hygiène publique et à la santé populaire, formant, d'ailleurs, double emploi avec la contribution foncière et mobilière. Et puis, je vous le demande, quel rapport entre la valeur vénale d'une maison et le nombre de ses fenétresî
Après l'impôt des portes et fenêtres vient la patente, — « Le moins qu'on puisse reprocher à cet impôt, dit avec raison M. de Girardin, c'est d'avoir pour assiette non le bénéfice, mais V exercice de l'industrie. » Deux marchands d'une même ville s'adonnent à la même profession. L'un perd, l'autre gagne. Le fisc n'établit aucune distinction entre celui qui s'enrichit et celui qui se ruine. Est-ce de la justice!
Non-seulement l'impôt des patentes n'a aucune raison d'être : il est à rebours des vrais principes. — « On disait autrefois que le droit de travailler était un droit régalien. Nous disons que c'est un droit national. Or, l'impôt des patentes tend précisément à faire renaître les jours où l'on s'enorgueillissait de vivre sans rien faire. On appelait cela vivre noblement. Au lieu d'exiger des patentes pour les travailleurs, il faut plutôt soumettre à en prendre ceux qui resteront oisifs. »
Enregistrement et timbre. — « Le droit d'enregistrement proportionnel est un impôt. Comme tel, il devrait avoir une base : or, cette base lui manque entièrement lorsqu'il prélève un droit de 6 fr. 06 c. p. 100 sur les mutations à titre onéreux, de 20 cent. p. 100 sur le prix cumulé de toutes les années d'un
bail, et de 1 fr. 10 c. p. 100 sur les emprunts avec a£fectation d'hypothèques.
« Quand vous vendez une terre pour acheter une maison d'égale valeur, ou même lorsque vous coirvertissez vos capitaux en immeubles, est-ce que votre fortune s'accroiti Non : pourquoi donc ce droit exorbitant de 6 fr. 05 c. p. 100! C'est une atteinte évidemment portée à la liberté des transactions.
« Quand vous prenez à bail ou à loyer des biens meubles ou inmieubles, est-ce que vous faites autre chose qu'entrer en jouissance de meubles ou d'immeubles ayant acquitté déjà l'impôt sous la forme de contribution foncière, mobilière, etc.? — Non : pourquoi donc ce droit de 20 centimes qui se cumule sur le prix de toutes les années, et qui assimile à des baux de neuf années les baux qui n'ont que trois ou six années de durée!
« Quand vous êtes obéré et qu'il vous faut emprunter à un taux excessif et ruineux, est-ce que l'État intervient pour vous faciliter ce prêtî — Non : pourquoi donc ce droit de 1 fr. 10 c. p. 100 qu'il prélève î »
Pourquoi, ensuite, celui qui hérite, c'est-à-dire dont la fortune s'accroît sans travail, paie-t-il moins, pour cette mutation à titre gratuit, que celui qui se borne à transformer sa fortune après l'avoir conquise par le travail. Pourquoi encore la succession grevée d'hypothèques paie-t-elle le même prix que la succession franche 1
« Vous héritez de votre frère ou de votre oncle : il passait pour riche, mais il ne l'était pas. Il possédait 500,000 francs d'immeubles, mais il devait 450,000 fr. : vous aurez à payer 32,500 francs. ^
« A côté de vous, un de vos amis de collège hérite également de son frère ou de son oncle. Ce frère ou cet oncle passait pour pauvre, mais il était avare : il laisse 500,000 francs en espèces et valeurs : cet ami en sera quitte pour payer à l'enregistrement 15,000 francs.
a Dans le premier cas, 50,000 francs nets auront payé 32,500 fr.; dans le second, 500,000 fr. nets auront payé 15,000 fr. Est-ce de la justice! »
Quant au timbre, «C'est une invention fiscale qui fait double emploi avec le droit d'enregistrement, et ne se justifie par rien. »
Jusqu'ici le novateur bourgeois ne s'est guère occupé de l'impôt qu'au point de vue des intérêts les plus immédiats de sa caste; si des considérations plus généreuses sont entrées dans ses motifs, c'est, involontairement, par l'effet de cette
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communauté d'intérêts qui unit fatalement devant l'impôt le riche et le pauvre. Comme nous le disions hier, le prolétariat aurait tort aux yeux de la bourgeoisie, et oourrait risque d'être éternel) ai cette bourgeoisie ne trouvait elle-même son compte à la Révolution. Mais comme, dans l'économie sociale, le capitaliste et le travailleur, le producteur et le consommateur, toutes les classes de citoyens, en un mot, sont solidaires ; comme la grande loi de circulation unit et identifie tous les intérêts, il arrive nécessairement que le bénéfice de Tun profite toujours, directement ou indirectement, à tous ; de telle sorte que, si la Révolution économique venait h a'acc(»sipUr par la bourgeoisie au point de vue d'intérêts exclusivemant bourgeois, elle se trouverait de fait accomplie pour les travailleurs : la propriété aurait résolu le problème du prolétariat.
C'est ce que nous avons pressenti déjà à propos de l'impôt des portes et fenêtres , qui est pour le pauvre une interdiction du soleil et de l'air ; — de celui des patente^, qui pèse exclusivement sur Vexercice de l'industrie, en un '"mot sur le travail. C'est ce que nous fera beaucoup mieux comprendre encore l'impôt sur les boissons , auquel nous joindrons, pour abréger, ceux sur le sel^ le tabac et les ports de lettres, les sucres, la viande et généralement toutes les subsistances.
« Aucun impôt, dit M. Girardin, n'est plus vexatoire dans son applioation; aucun n'est plus coûteux dans sa perception, qui dépasse 20 p. 100, que l'impôt sur les boissons. Le vin» qui, dans les grands centres de production, vaut de 10 à 15 frl'hectolitre, qui pourrait être rendu et vendu k Pana, avec bé~ néfice, à raison de 20 à 25 cent, le litre, ne deaçend jamais audessous de 40 centimes^ Le vin le plus grossier Qt le plua exquia, le moins cher et le plus cher, acquittent le mémo droit; le vin d'Argenteuil et le vin de Château-Margot sont égaux devant la loif L'ouvrier qui consomme un litre de vin par jour dans sa famille paie par an un impôt indireci de 74 fr. 27 c; tandis que du vin ayant coûté et valant dix fois plus, du vin à 4 fr. la bouteille au lieu de 40 cent. Iq litre, n'eût pas payé au fisc im centime de plus. »
Tout a été dit sur l'impôt des boissons, de même que sur les autres impôts de consommation ; on peut dire d'eux qu'ils sont, de la part de l'État, une sorte d'organisation de la disette via«à« vis du peuple. Or, ce qui n'est pas moins certain, c'est que le propriétaire, le débitant, le commerçant en toutes natures de subsistances, boissons, épiceries et comestibles, quoique moins écrasé par cette sorte d'impôts que l'ouvrier, est cependant encore plus intéressé que l'ouvrier à leur abolition : demandez
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aux vignerons de THérwlt et de la Gironde, aux expéditeurs de Beaucaire, aux entrepreneurs de transport du !^hô|ie et de la Saône, à tou^ les marchands et industriels trafiquant et vivant, pour ainsi dire, sui* la bouche du peuple. Une révolution qui aurait pour effet de supprimer toute cette catégorie dlmpôta, éminemment favorable à la bourgeoisie, le serait donc également à la classe travailleuse : les intérêts de ces deux catégories de citoyens spnt donc, sous ce rapport, identiques, solidaires.
Passons, pour at^réger, sur les droits d'octroi, de douane, de navigation, de transit, sur lesquels la critique des économistes et les malédictions du peuple sont dès longtemps épuisées. Tous ces impôts et une foule d'autres, dont nous ne faisons point ici mention, sont radicalement incompatibles avec le développement de la richesse, le bien-être et 1^ liberté de tous les citoyens» sans distinction de fortune ni de r^g; incompatibles, chose singulière, avec le crédit, avec la fortune de rÊtat. Il faut les abolir tous, sans exception.
Mais puisque l'État ne peut se passer de revenu ; puisque ses dépenses, dans une bonne organisation de la fortune publique, devraient, non pas être réduites, mais peuJement changer de nature et d'objet, comment se passer d'impôts? Comment remplacer les taxes aboUest Comment; eniin créer ^ l'État un revenu î
Tel est le problème : et q'est pour le résoudre qu'après avoir terminé notre inventaire de l'impôt, nous allons procéder à sa Hmplificaiion,
loi, il existe dans la théorie, ou, pour mieux dire, dans l'exposition de M. de Qirardin, une lacune que nous croyons utile de combler, afin d'établir la filiation entre le système qu^il s'agit d'sbrogf^r et celui que noua nousi proposons de mettre k ^9- plaee.
^imj^ifier, avons^nous dit, c'est géuéraliser.
Quelle est la hase générale, universelle de l'impôt!
C'est la VALEUR.
(«a terre est imppséf), pourquoi! parce qu'elle est une valeur, m- I^es maisons, le mobilier, l'industrie, le talent sont imposés, pourquoi encore! parce que ce sont des valeurs. «^ L'hérédité elle-même, ainsi que le commerce et l'échange sont frappés de droits divers ; enregistrement, timbre, transit, etc., pourquoi! Parce qu'aux yeux de l'économiste et du fisc, la qualité d'héritier, de même que la faculté d'échanger, est une valeur, une source de profit, ainsi que le savent parfaitement les notaireti et les pourtiers. ^ I) on est ainsi de
toutes les choses imposées : elles sont des valeurs, elles ne peuvent pas n^en être pas.
Dans tout ce qu'atteint le fisc, ce qu*il doit chercher est donc la valeur, non la chose : que lui importe, à lui, le nombre des fenêtres, l'étendue du terrain, la qualité du liquide, etc.! — Ce n'est point là ce qui constitue la valeur, vraie et vénale, des objets. Estimer une maison par le nombre des ouvertures, une succession par le degré de parenté, est aussi absurde que de juger de la qualité du vin par la longueur du chemin qu'il a parcouru, de la vigne à la cave du débitant. U est temps de faire disparaître ces us et coutumes de la féodalité, et de rentrer dans la norme économique, seule équitable et rationnelle. Et puisque l'impôt établi sur les valeurs doit être acquitté par le propriétaire réel, non fictif, desdites valeurs, il faut que la répartition de l'impôt soit faite au prorata, non plus de la valeur locative, des ouvertures domiciliaires, de la superficie territoriale ; non plus enfin de la propriété vraie ou fausse, ou de l'exercice, plus ou moins lucratif, de cette propriété; mais du capital net que possède chaque individu.
Eh bien! nous le* demandons : quoi de plus logique, déplus progressif, de moins socialiste que celât — Plus tard, nous demanderons encore : quoi de plus juste, de plus social, de plus fécond, de plus révolutionnaire! — Suivons d'abord la pensée de l'écrivain.
L'impôt sur le capital, unique et proportionnel, par conséquent égal, apparaît donc comme la forme dernière, le postu^ latum de tout le système actuel d'impôts. Et, encore une fois, ce n'est pas le socialisme qui dit cela; c'est l'économie politique, c'est la tradition féodale, monarchique, bourgeoise, propriétaire.
Mais ce n'est pas tout : outre la légitimité historique et la certitude économique, il faut à l'impôt sur le capital une sanction de haute moralité : sans cela, il manquerait quelque chose à rinstitution. Cette sanction, quelle sera-t-ellet M. de Girardin va nous le dire.
Quel est, se demande-t-il, le but, la destination de l'Etat!
Le but de l'État, organe suprême de la société, est, premièrement, de défendre la patrie contre l'ennemi du dehors; en* second lieu, d'assurer la sécurité au dedans; enfin d'exécuter, pour l'avantage de tous, les travaux d'utilité générale que réclament les besoins physiques, industriels et moraux des citoyens.
C'est à couvrir les frais de cette protection de l'État et des travaux qui lui incombent que sert l'impôt.
L'Etat peut donc et doit être considéré comme une société d' ASSURANCES formée par le concours et la cotisation de tous les citoyens, pour la défense de la liberté au dehors, le maintien de Tordre, la circulation des produits, la communication des idées, etc., au dedans. L'impôt est la prime payée pour cette assurance; le rôle délivré par le fisc à chaque contribuable en est la police. C'est ainsi que conclut M. de Girardin.
Se peut-il encore rien de plus conservateur, de plus égoïste même que cette définition de l'impôt!
Mais voyez la conséquence :
Si l'impôt n'est et ne peut être autre chose que la prime d'assurance payée par le capitaliste à l'État; et si, par le développement des institutions de crédit et le bas prix des capitaux, en même temps que par l'accroissement des besoins de l'Etat et du tarif de l'assurance, cette prime devient, comme il doit infailliblement arriver, égale ou même supérieure à la rente et à l'intérêt du capital, il s'ensuit que la rente de la terre, le loyer des maisons, l'intérêt de tous les capitaux enfin, n'existent point pour les propriétaires, mais pour l'Etat; que le capital, entre les mains de l'exploitant, n'a de productivité que pour l'Etat; que l'idée même de capital change, comme a changé précédemment celle de propriété, et se résout dans celle de crédit. Avions-nous tort de dire, en commençant, que le projet de M. de Girardin, parfaitement fondé en principe, rigoureusement déduit dans ses conséquences, irréjJrochable enfin, et du côté de la tradition, et du côté du droit, était cent fois plus radical encore que la loi agraire?
Ainsi l'égalité nous vient par l'impôt, et, ce qui vaut mieux, par l'impôt proportionnel ; car il ne peut plus être question de llmpôt progressif, ni de l'impôt sur le revenu, ni de toute espèce d'impôt somptuaire. L'absurdité de toutes ces espèces d'impôts est démontrée par la théorie de M. de Girardin. L'impôt, ou la prime d'assurance, c'est la rente : comment donc l'impôt serait-il progressif, alors que la rente elle-même ne l'est pas?...
Et ce n'est pas seulement l'égalité qui nous vient par l'impôt, c'est encore, pour l'immense majorité des citoyens, pour tous ceux qui produisent plus par leur travail que par leur capital, la richesse. Que chaque producteur, en effet, fasse l'addition de ce qu'il paie aujourd'hui au fisc sous les innombrables formes de l'impôt actuel ; qu'ensuite il fasse la balance de la somme obtenue avec le revenu de son capital : il trouvera infailliblement qu'il a plus gagné par le dégrèvement général
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de fion loyer, des objets de sa consommation dqmestiqne et industrielle, etc, qu'il n'a perdu par l'assurance de TEt^t. Et, chose inestimable, il aura enpore pour surcroît la liberté 1
0 travailleurs 1 vous à Témancipation desquels nous sommes dévoués, croirez«vous à la puissance des idées positives et scientifiques, quand nous vous montrons le bourgeois puisant dans ces idées toute une spéculation de bénéfices pour luit Nous prendrez -vous pour des réacteurs et des apostats, pour des courtisans de la bourgeoisie, parce que nous n'hésitpns pas à revendiquer comme nôtre une théqrie qui, au premier coup d'œil, seml/le ne tenir compte que de l'intérêt bourgeois! Rejetterez-vous la vérité, parce que, étudiée sous toutes ses faces, elle se montra aussi fovorable à vos antagonistes qu'à yQ^^t Quand la réalité vous presse de toutes parts, quand la bçiurr geoieie confesse la justice et la bienfaisance de l'idée révolu^ tionnaire, la rejetterez -vous pour une misérable rancune 1 Ce serait plus que dq la folie, ce serait le suicide.
(N» 48. -^17 novembre 1849.)
TBOISIÈIIB abuclb
Attention, patriotes I Les triatres et les intrigants se démasquent. Voici venir le citoyen Girardin faisant chorus avec la banque du peuple et l'abolition de l'intérêt 1 L'homme du crédit gratuit et celui de l'impôt sur le capital concluent tous deU3ç à 1^ prépondérance du travail, à l'inutilité du gouvernement. Si bien enfin qu'à les en croire, nous marcherions à l'égalité politique et sociale : utopie! Si bien que les intérêts de la ^bourgeoisie se cûn|6ndraient , dans Vidée révolutionnaire, avec
LA Vbtt^ bv PWSPV& — 1849 287
ceux du prolétariat : horreur 1 De pareilles iiéeê (sont étrangères au socialisme ainsi qu'au jacobinismei l^ns ces deux hommes, il n'eût Jamais été question, dans la République démocratique et sociale, de ces choses-là f Mais nous savons que 1à banque du peuple est tine folie : Pierre Leroux, Petrus j4po5totus, Ta décidé dans feoii infaillibilité papale. Nous savons que ràbolition de Timpôt est une chimère : Louis Bonaparte, soufflé par M. Achille Fould, s'en est expliqué formellement lors de la distribution des croix et encouragements à Tindustrie. Nous savons enfin qne l'égalité est un mensonge : notre ami Louis Blanc s'fest Chatgé de prouver au citoyen |Proudhott comme quoi, eti dépit de la liberté, de l'égalité et de là fraternité, les ihtelligences sont inégales ; comme quoi, par conséquent, les Vrais républicains ont besoin de se donner des ÉLUS, qui leur distribuent le travail et la pitance, et qiii les gouvernent. Tenotis-nous donc fen garde contre toutes ces nouveautés inconnues de nos pères. Veillons, patriotes!
Si pourtant, disions-nous, il y a de cela dix-huit mois, en déduisant la conséquence de la théorie du crédit, si leâ hommes pouvaient être égaux et libres, et se passer de gouVernfehient, faudrait-il nous jeter dans le phalanstère et la communauté, où l'on paie de si gros intérêts au capital et au talent, où surtout oti a l'avantage d'être gouverné par ses pairs!
Si pourtant, dit aujourd'hui M. de Girardin, en qtll i^éi^olutioii et conservation semblent à la fois incarnés, Si noUs pouvions être égaux et libres, et nous passer d'homtties d'Etat, commedecâpitalistes,faudrait-il,poUrragrémentdeMM.Thiers, Montalëmbert, Pierre Leroux, Loulà Blanc et consorts, continuer à inal^chët à quatre pattes, âous la houlettô de tid^ bergers î
Voici donc cii quels termeà se posé devant la dêffibcrâtife du dix-neuvième siècle la question révolUtiontlaire :
Il est possible que tous les hommes soient libres, bêla est démontré par la théorie du Crédit gratuit; mais c'èSt ce qui ne saurait avoir lieu dans la communauté, demandez au^ communistes.
Il est possible que tous les liommes déviennent égaux, la théorie le prouve ; mais c'est ce qui ne saurait arriver tant que nous aùroils des gouvernants, demandez à Louis Blanc.
La liberté et Tégalité résultent de l'organisation du crédit et de l'abolition de Pimpôt; mais elles contrarient les idées gouverheiîièntales professées par MM. Louis Blanc, Pierre Lerouit, Thiers, Guizot, de Montalëmbert, etc., qui tous otit reçu du ciel une Vocation spéciale poiii* gouverner leurs semblables.
Voulons-nous de la liberté et de Tégalité ou voulons-nous du gouvernement! Voilà, patriotes, toute la question. £t afin de vous édifier complètement sur le danger que court en ce moment la civilisation, de se voir tout à coup lancée, pour bien des siècles peut-être, dans la voie encore si peu connue de la liberté et de l'égalité , écoutez ce qui nous reste à vous dire du projet vraiment paradoxal de M. de Girardin.
Nous en étions restés à l'organisation de l'impôt sur le capital.
Cette organisation est on ne peut plus facile et simple : elle est la même que celle des compagnies d'assurances.
Le contribuable fait au percepteur la déclaration de l'actif et du passif de sa fortune : le capital net est seul imposé. La sincérité de la déclaration est garantie par le double intérêt qui sollicite l'assuré. D'un côté, cet intérêt lui défend d'exagérer sa fortune, puisque ce serait exagérer la prime d'assurance; de l'autre, ce même intérêt lui commande de ne rien déguiser de son actif, parce qu'il s'exposerait ainsi à l'exercice du droit de préemption, qui appartient à l'Etat en sa qualité d'assureur. Voici ce que c'est que la préemption :
Votre fortune, capital net, est de 100,000 francs. — Vous déclarez 50,000 francs. L'Etat, soupçonnant la fraude, a le droit de s'emparer de toutes vos propriétés en vous payant 60,000 francs.
L'assurance est donc forcée! direz- vous. — Oui, précisément comme la jouissance des droits sociaux, politiques et civils est forcée. Pouvez-vous vivre autrement qu'en société! Pouvez-vous posséder, acquérir en dehors de la société, sans le secours et le concours de la société t Non. Par conséquent, vous ne pouvez trouver mauvais que l'Etat, qui vous protège, vous fasse payer une prime d'assurance. L'Etat vous dit : Je vous assure à la fois contre l'ennemi du dehors et contre l'ennemi du dedans, contre l'incendie, la grêle, la disette, etc. Je vous garantis, de plus, la construction et l'entretien de vos routes, canaux, chemins de fer; je protège votre propriété; je vous donne crédit, instruction, pension de retraite ; enfin je vous débarrasse de la conscription, des livrets, passeports, douanes, octrois, impôts, du parasitisme et des mouchards. La société, dont vous prenez tant à cœur les intérêts, n'est pas autre chose que cette assurance générale de l'Etat. Prétendez vous vous isoler 1 En ce cas, je vous abandonne ; ma protection vous est retirée ; mes tribunaux vous sont fermés. Propriétaires, défendez-vous I . , .
Evidemment, il n'est égoïsme qui puisse résister à la force de