LE RHIN PROTESTANT
Si la France avait pu se faire protestante, elle aurait conquis le Rhin dès le temps de François P' ; alors elle devenait pour longtennps prépondérante en Europe.
Mais la France avait son gallicanisme, constitué sous Philippe le Bel ; elle avait terminé sa querelle avec le pape ; la réforme ne signifiait politiquement rien pour elle, elle était môme un obstacle à son unité politique. Puis les vues se portaient d'un autre côté, en Italie, contre l'Espagne; François P' aspirait
à la couronne impériale; cela ne se pouvait pas.
Cest par le protestantisme qu'au seizième et au dix-septième siècle le Rhin se dérobe à la France.
Au dix-neuvième siècle, la France prime sur le monde par sa Révolution : elle conquiert, après de longues luttes sur le Rhin, en 95, 94, 95, 96, 97 et 1800, une partie de l'Europe. — Mais conquête inutile, instable. — Il n'est plus temps; le point stratégique s'est déplacé : ce n'est plus le Rhin, c'est la Manche. Le Rhin se sauve donc, s'émancipe par la mer; il triomphe de la guerre par le travail.
Une autre cause agit sur la question de frontières : le monde est mobile, les intérêts se déplacent : le fort d'une civilisation ne reste pas au même point, le centre de gravité change.
Aujourd'hui, la possession du Rhin ne suffit pas du tout pour dominer en Europe, il faudrait être maître de la Manche.
Il faut commander à Londres de Paris; sans cela, rien défait.
Il faudrait aussi commander à Pétersbourg et à Moscou : dans un siècle, je dirais, si Tétat de guerre durait toujours, il faut commander à Gonstantinople.
Tant que la France ne dominera pas à Londres, à Pétersbourg, à Dantzig et Presbourg, l'occupation de la Belgique sera précaire. Rien.
D'autres forces agissent sur le monde : si la France ne suit pas, elle est perdue.
L'Allemagne a sa réforme et sa philosophie.
Les Ânglo-Saxons, leur industrialisme.
La France, sa Révolution, son principe d'égalité, ses qualités d'esprit et de goût.