‹ MélangesChapitre 56 sur 67 · RHIN · texte numérisé non relu

RHIN

Conclusion philosophique

La Belgique saurait-elle résister à une con- , quête? Ses habitants seraient-ils fidèles à leurs annales, dignes fils des Brugeoîs, des Gantois, des Liégeois, descendants du royaume de Lothier ?

Les mœurs sont bien effacées. L'uniformité des affaires, la religion des intérêts, a rendu la bourgeoisie lâche partout, peu résistante et, au contraire, très endurante.

Bon nombre de gens, ne consultant que leur fabrique, leur exploitation, leur usine, accepteraient sans remords l'annexion, comme d'autres, avec moins de honte, le retour, à la Hollande !

L'Italie ne sera pas toujours ce qu'elle a été, mais n'a pas opéré encore sa conversion

Les gens, dont l'esprit s'alimente de pastiches, croient possible de refaire, après cinquante ans, ce qui a été fait, et rencontrent des difficultés inattendues.

Revanche de Waterloo... Quid?

Gela peut signifier une tuerie; mais une tuerie sans résultat; c'est un duel qui arrange tout, mais ne change rien. Supposons une campagne sur le Rhin, une victoire comme celle de Magenta ou Soiférino ; qu'en résulterait-il? Rien. Une paix comme celle de Paris ou de Villafranca, à quoi servirait-elle?

La France n'obtiendra jamais, d'une manière durable, la ligne du Rhin.

Voilà ce que c'est que de vouloir refaire l'histoire.

NOTSS El FRAGMENTS. 181

1^ On ne fait pas rebrousser chemin à l'histoire;

2** On ne prend pas une frontière^ maigre la résistance obstinée des indigènes ;

3"" La résistance du R/iin à la^ossessvon française est le titre le plus authentique de la nationalité hollando-belge ;

kt" Une guerre sans résultat^ sans autre but que de se mesurer avec Cennemi, est la plus odieuse de toutes les guerres ;

5*" // ny a pas de limites naturelles aux États ;

&^ Ce quon appelle de ce nom indique des milieux nationaux. '

Quand on parviendrait à ôter à la Prusse les provinces rhénanes, comme on a ôté la Lombardie à l'Autriche, à quoi servirait? Lesdites provinces jelles-mémes ne le demandent pas.

Rhin. Ses faits et gestes :

l"" Germain d*origine, ses habitants tournent la pointe celtique ou wallonne, et viennent le long de la mer jusqua Dunkcrque et Boulogne;

2"" Invasions réciproques des Gaulois et des Germains : Sigovèse, Brennus; les Teutons, Arioviste sous César;

3*" Frontière rhénane des Romains ;

A"" Civilis et Sabinus ;

5*" Les confédérations germaniques;

6*^ Tactique et progrès des Francs;

7** Alliance des Romains et des Francs;

8*" La Gaule francisée, nouvel essai d'une frontière du Rhin ;

9*" Les partages : première et deuxième race;

10"* Le Rhin empereur, antifrançais; la Lotharingie ;

H*' Le Rhin chrétien;

12« Le Rhin fétiche;

IS"* Le Rhin, fief de l'empire, par opposition à la Flandre, fief du royaume;

ii'^ Le nouveau duché de Bourgogne;

Ib"" Le Rhin à la mort du Téméraire ;

16" Le Rhin protestant;

17" Le Rhin à lelection de Charles Quint ;

18" Le Rhin répudie l'Espagne comme la

France, les races romanes;

19^ Toute politique sans tradition est fausse (prouvé par François I*', Philippe II, etc.);

20** Le Rhin protégé par l'Espagne.

Addenda.

Pays wallon. Plein de souvenirs francs; noms de lieux, germanismes dans le patois; aspirations. — Mais les Francs ont été absorbés, comme en Gaule, loin d'avoir détruit la race.

Bien des savants ont hésité sur lorigine des flamands et des wallons, ne s'expliquant pas ce parallélisme. Le principe de la marche des nations rend raison de tout.

Aux imbéciles qui oseraient dire que je sacrifie les intérêts français, je répondrais :

l"" Vous n'avez pas le droit de prendre une nation qui ne veut pas de vous ;

S"* Voici ce que vous avez gagné à cette recherche, à partir seulement de la fin du duché de Bourgogne, en 1477 :

Expédition inutile de Charles VIII, en Italie; une armée de 100,000 hommes, tous les bagages, l'artillerie, perdus ;

Expédition de Louis XII, en Italie, inutile;

Expédition de François F', en Italie, inutile;

Rivalité de François P' et de Charles-Quint, stérile ;

Guerre de Louis XIV, de 1689 à 1697, inutile ;

Guerre de Louis XIV, de 1700 à 1715, inutile ;

Guerre de la succession de Pologne, inutile;

Guerre de la succession d'Autriche, inutile;

Guerre de Sept ans, inutile;

Guerre de lempire de 1804 à 1815, inutile.

Il a péri, dans toutes ces guerres, 20 millions d'hommes valides; il a été dépensé 200 milliards; il a été enduré des misères inouïes; voilà ce qu'a valu votre patriotisme. Aujourd'hui, cela recommence.

Belgique. — Hollande. — Séparation

Raison pour laquelle la Relgique s'est séparée et doit rester séparée de la Hollande : l"" En partie celtique et française ;

^i"" Moins responsable de la garde du Rhin ;

3** Catholique, n'a pas suivi l'esprit de la Réforme; mais devait prendre l'esprit français révolutionnaire. Rivalité naturelle de YEscaut et du Rhin : Bruges, Gand, etc., eflFacés par Amsterdann;

4° Divergence d'intérêts à partir de Guillaume le Taciturne;

Le traité de la Barrière ;

L'interdiction de V Escaut; — Rivalité de Bruges^ Anvers et Amsterdam^ etc., etc. ;

5"" Les Belges sont les aines, les Hollandais, les cadets.

Royaume d'Àuslrasie et de Neustrie; distinction continuée par la distinction du comté de Flandre et du duché de Lothier ; le premier qui, malgré sa langue, releva toujours des rois de Franco; le deuxième qui, malgré la politique, fut toujours par la langue gaulois.

Unité sous les ducs de Bourgogne , la maison d'Autriche et d'Espagne, ce qui n'empêche pas chaque province de réclamer ses privilèges.

La Gaule pousse une pointe sur le Rhin ; -^ la Germanie, s'étendant à Touest par la mer, contourne la première jusqu'à Calais.

Au point de vue de 1815, de Tesprit des traités, de la défense commune du Rhip, des prétentions françaises, comme aussi des intérêts commerciaux et de quelques économies budgétaires, la séparation peut paraître regrettable, c'est un compte à faire.

Au point de vue de l'avenir qui tend à séparer les grands États, et à diviser la Belgique même, à établir une liberté plus radicale encore, sur les bases autres que celles de 1815, il est bien que le Belge soit arrivé à l'indépendance.

Les hommes d'État qui, en 1850, ont regrettera scission, ont vu juste en pensant que la Belgique, devenue libre, perdrait ses attractions françaises.

Il y en a fort peu, ou même point du tout : les marchands de houille ou de fer, et l'armée?

Quant à la défense, il faut se dire ceci :

La Belgique ne peut être menacée sans que l'Europe soit sur pied.

La question de fortification est spéciale, hors de notre rayon visuel ; c'est au ministère de la guerre à en juger.

Mais il faudrait que toute la population mâle fût organisée militairement et put se réunir spontanément, sans autre convocation, au nombre de 800,000 habitants. Une organisation militaire qui ne réalise pas ces conditions est contraire aux intérêts de la Belgique et de l'Europe.

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