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DE FÉVRIER

Résumons en quelques lignes ce que nous avons développa dans les précédents articles.

Lorsqu'on embrasse d'un coup d'oeil l'histoire des sociétés, on y remarque tout d'abord ce fait dominant, qui en est comme la loi générale , loi commune à l'humanité et à tous les êtres organiques, le progrès.

Le progrès dans la société est ce que Ton appelle plus particulièrement civilisation.

Il consiste dans une émergence incessante de principes qui se succèdent tour à tour dans le gouvernement des sociétés, et qui, s' accumulant comme les couches de terrain dont se compose la croûte du globe, forment peu à peu le domaine et, si j'ose ainsi dire, le terrain moral et intelligible des nations.

Ainsi les institutions ne périssent pas : elles se transforment, se servent les unes aux autres d'aliment et de support.

Le progrès est continu , mais non pas uniforme : il a ses phases de grande vitesse, appelées, par l'effet d'une illusion optique, Révolutions.

Toute révolution a donc pour condition d'existence d'être légitime^ c'est-à-dire hautement traditioimelle, par conséquent pacifique et légale.

L'action révolutionnaire consiste dans l'abréviation de la série évolutive, au moyen d'une équation qui permet tout d'un coup, dans des circonstances données, d'en enjamber les termes.

L'humanité, a dit Pascal, peut être comparée à un homme qui, ne vieillissant point, ne mourant jamais, n'oubliant rien, avancerait continuellement dans la science et dans la raison. En effet, pour quiconque observe de près le mouvement de la civilisation, le progrès apparaît comme une immense chaîne dialectique; l'histoire universelle n'est qu'un long raisonnement.

C'est cette identité, reconnue de tous les philosophes modernes, de la logique et de l'histoire, qui permet, en certains cas, de prévoir et de calculer une révolution. Le procédé dialectique de l'humanité consistant , ainsi que nous l'avons fait voir, à opposer sans cesse à l'idée régnante une idée nouvelle, il ne s'agit, pour déterminer l'idée révolutionnaire, non encore éclose, que de dégager par l'analyse, et sous les conditions do légitimité, de légalité et de tolérance précédemment établies, le principe qui , par son opposition , constitue I'avenib de la société.

Ainsi le polythéisme, s'opposant au fétichisme individuel, mettait fin à la communauté négative par la distinction des nationalités ;

Le christianisme, opposé à la fois au polythéisme, son prédécesseur immédiat, et au fétichisme primitif, niant resclavaj^e et les castes, créait le droit des gens par la fusion des nationalités ;

Le philosophisme , prenant son opposition de plus haut encore, terminait la période religieuse, représentée ï)ar le christianisme et le polythéisme, et inaugurait la période rationaliste en élevant une autorité rivale de Dieu, Tautorité de la raison individuelle;

Enfin la démocratie, appliquant aux choses de la politique les règles de la raison tracées par la philosophie, et opposant à la raison d'un seul ou de quelques-uns la raison de tous, faisait elle-même opposition, d'une part, à la féodalité et à la monarchie du droit divin, en proclamant le dogme de la souveraineté du peuple ^ puis au philosophisme lui-même, aussi bien qu'à l'Église, en reconnaissant une raison collective ou populaire, supérieure à la raison individuelle.

De quelque côté que Ton considère et que Ton compare entre elles les diverses phases révolutionnaires, qu'on renverse la série, qu'on en change ou diminue la division, on en trouvera les phases ou périodes dans une opposition constante. La philosophie moderne rend compte de ce phénomène au moyen de Va7itinomiey loi suprême de la nature et de l'esprit, et qui se manifeste notamment dans le monde inorganique par l'attraction. Je n'entrerai point dans ces recherches transcendantes ; qu'il me suffise pour le moment, en ce qui concc rne le progrès humanitaire, d'avoir constaté le fait.

D'après ce que l'on vient de voir, la Révolution de 89 svait donc pour but de constituer la société sur l'autorité de la raison générale, c'est-à-dire démocratiquement. Mais l'impo&'^ibilité d'appliquer le principe de la souveraineté du peuple < t de

réaliser la démocratie, dans les conditions économiques où se trouvait la société, ne tarda pas à se manifester. Au lieu de la republique, nous avons eu donc le doctrinarisme^ sorte d'éclectisme ou juste milieu, composé de religion et de franc arbitre, de monarchie et de démocratie, où ni la liberté ni l'ordre ne pouvaient subsister. C'est ce que Ton a appelé , suivant la diversité du point de vue, système représentatifs monarchie constUutîonnellej pondération des pouvoirs, gouvernement des majorités , etc. Et tout le monde , catholiques , rationalistes , politiques, s'est accordé à reconnaître, surtout dans ces derniers temps, qu'il était impossible de concevoir autrement le système social, et de faire un pas de plus dans le progrès; que cela tenait à la base économique de la société, c'est-à-dire au système, établi de tout temps et fondé sur la nature des choses, de la distribution des richesses.

Ainsi la théorie doctrinaire est au fond la même chose que le système de théologie fondé sur le dogme du péché originel. Sous le nom de Louis Bonaparte et de M. Odilon Barrot, c'est toujours le catholicisme, c'est le pape qui, à Paris comme à Londres, règne et gouverne.

Et réconomisme vient confirmer le catholicisme et la doctrine ; il en est la démonstration pratique : à moins qu'on ne préfère dire, avec le socialisme, que, l'économisme étant la théorie du hasard, comme le doctrinisme est celle de Varhi" traire^ et le catholicisme celle du désespoir ^ le système tout entier est absurde.

Telle est aussi la conclusion de cette raison souveraine, qui a parlé si haut en Février. Le peuple a nié, en Février, qu'une théorie qui prend pour axiomes : Laissez faire, laissez passer ; — Chacun chez soi^ chacun pour soi, Dieu pour tous; — Confiance, ou aide-toi, et le ciel V aidera; — Offre et demande, etc., et qui conclut à l'exploitation de l'homme par l'homme, à l'infanticide et à la misère, eût rien de positif, rien de réel, rien de vrai. Il a nié que ce fût une science. Du même coup, il a nié la doctrine en renversant la monarchie constitutionnelle et proclamant le suffrage universel ; il a nié enfin le catholicisme, en posant pour condition au gouvernement de la société le bien-être et l'égalité de tous, et faisant le Christ le premier des socialistes,

La Révolution de février a donc pour adversaires les représentants des idées antérieures : ce sont les catholiques, théologiens de la misère ; les doctrinaires , hommes d'État de la misère ; et les économistes, patriciens de la misère. Que si la négation de Février est juste, si elle est fondée en

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logiqtte et en droit; en d'autres termes, si la pratique des économistes sur laquelle repose le système doctrinaire jésuitique, est démontrée fausse , le gouvernement représentatif ou doctrinaire est fini, le catholicisme n'est plus qu'une relique.

C'est donc cette négation qu'il s'agit de justifier, en dégageant l'affirmation, I'idée positive qu'elle suppose.

Pour cela, nous allons procéder révolutionnairement, comme l'humanité elle-même, c'est-à-dire que nous allons continuer la série dialectique arrêtée au 24 février.

J'appelle sur ce point toute l'attention du lecteur. Au moment où les représentants du triple principe contre-révolutionnaire, économistes, doctrinaires, catholiques, par une coalition sans exemple, se sont donné rendez-vous dans les plus hautes fonctions du pouvoir pour refouler l'idée de Février, il importe que le peuple, qui a fait tant de révolutions sans en raisonner une seule, apprenne enfin à penser sa parole, avant de parler sa pensée.

Je disais tout à l'heure que le polythéisme et le christianisme réunis formaient la période religieuse^ le philosophisme et la démocratie la période rationaliste du progrès.

Ces deux périodes, comparées l'une à l'autre, offrent pour caractère commun la subjectivité.

Quand je dis que les quatre grandes révolutions de l'humanité , le polythéisme , le christianisme , le philosophisme , le doctrinarisme, sont le produit subjectif de la raison humaine, je veux dire que leur idée a été le résultat spontané, soit d'une conscience plus ou moins mystique, soit des conceptions pures de la raison, plutôt que des données de. l'observation et de l'ejcpérience. L'humanité a produit jusqu'à présent ses idées et ses révolutions, plutôt qu'elle ne les a déduites; elle a procédé par exposition , non par conclusion ; par hypothèse, non par jugement. Il n'y a rien, en un mot, de positif, de démonstratif, dans les révolutions antérieures.

Or, l'idée nouvelle devant nécessairement former opposition aux idées anciennes, il s'ensuit que cette idée doit être réelle, positive, scientifique, qu'elle doit avoir pour caractère 1' objectivité. Ce qui le prouve, au surplus, c'est que le progrès, par son mouvement dialectique, est arrivé aux confins de la création subjective ; qu'en s'appuyant sur l'économisme il a fait appel aux faits, à l'observation expérimentale, en un mot, à la science. Hors de cette économie politique , dont le hasard est la loi , le bon plaisir le juge , et la misère le dieu , il n'y a de possible qu'une science sociale, systématique, positive et démontrée ; une science fondée sur l'observation directe et l'ana-

lyse des faits, qui chasse le préjugé de la raison , comme le parasitisme de la production, qui expulse du gouvernement l'arbitraire, et de la conscience la superstition. Tel est précisément le sens de la protestation socialiste.

Ainsi, la nouvelle idée révolutionnaire, outre les conditions de légitimité , de légalité et de tolérance qu'elle doit réunir, doit être encore, par le caractère dj son opposition propre, objective, c'est-à-dire scientiûque. Nous retrouvons ici la loi d'évolution humanitaire, définie par M. Auguste Comte, dans les trois termes, ReligioUy Philosophie et Science..,

L'objectivité, le caractère positif et scientifique de l'idée, voilà donc notre critérium.

Avec cela, nous ne courons plus le risque de nous égarer dans les régions de l'utopie ; nous n'avons que faire d'examiner à fond, de discuter l'un après l'autre les divers systèmes socialistes, dont nous ne préjugeons ni ne contestons le mérite. Nous leur appliquons la pierre de touche. Ces systèmes, qui se présentent à nous, comme la révélatirn de l'avenir, réunissent-ils les conditions de l'idée révolutionnaire? Sont-ils en eux-mômes, dans leurs éléments et leur dialectique, objectifs, c'est-à-dire positifs et réels î Et quant au système qu'ils ont pour but d'abroger, sont-ils avec lui en opposition directe? Sont-ils de plus émanés de lui î Sont- ils fondés sur le droit établi î Peuvent-ils se développer sans porter atteinte aux privilèges reconnus, sans violer les institutions existantes? Le système qui satisfera à toutes ces conditions, — et il est évident qu'il ne saurait y en avoir qu'un, — sera le vrai.

Pour familiariser davantage nos lecteurs avec ces notions élémentaires de la critique sociale, faisons quelques épreuves.

L'école de Saint-Simon s'est présentée la première, préchant • la réhabilitation de la chair, et prenant pour axiome d'économie sociale cette maxime si connue : A chacun suivant sa capacité, à chaque capacité suivant ses œuvres.

L'école de Saint-Simon était-elle positive? — Non, évidemment, puisque, malgré son estime des savants, elle n'a rien laissé comme science ; que dans ses catégories elle a toujours mis l'art avant la science ; qu'elle répugnait même , par ses inclinations religieuses, au développement des institutions économiques et du libéralisme dans la société. Aussi, les plus illustres de ses adeptes ont été, avant tout, poètes et artistes ; la plupart n'ont rien fait pour la science sociale. Aujourd'hui même , ceux qui restent de cette école attendent passivement, plutôt qu'ils ne provoquent, ainsi qu'il conviendrait à des savants, le mot de la Révolution de février.

Etait-ce du moins une école d'opposition î — Non encore. Tout au contraire^ l'école saint-simonienne était essentiellement rétrospective et rétrograde. Au lieu de s'élever à l'idéalisme philosophique, après avoir posé la réhabilitation de la chair comme antithèse au spiritualisme chrétien, elle tomba dans je ne sais quel gnosticisme sensuel , aussi éloigné des habitudes rationalistes que des mœurs chrétiennes. Même marche en politique. Au lieu d'affirmer, avec la majorité des esprits, la démocratie pure, le gouvernement anonyme du peuple par le peuple, elle proposa de restaurer, avec des variantes, l'omniarchie papale et la féodalité.

Le saint-simonisme enfin violait le droit écrit, et se montrait de tous points fils illégitime et bâtard de la civilisation, en niant, non plus la forme^ comme il aurait dû faire , mais le contenu , c'est-à-dire la partie impérissable des précédentes révolutions. Par ses tendances communistes, il compromettait à la fois le mariage, la famille, l'hérédité, la liberté : ce qu'il combattait dans l'humanité n'était*plus le régime économique, c'était l'humanité même.

Révolutionnaire par sa protestation, l'école de Saint-Simon était contre-révolutionnaire par ses principes; elle était donc impuissante, elle était condamnée à périr.

Après Saint-Simon parut Fourier. Personne, plus que celuici, n'eut l'idée nette du caractère objectif que devait avoir la nouvelle révolution. Non-seulement il proclame la nécessité d'une science nouvelle, il se pose résolument comme l'inventeur de cette science. Ses disciples ont fait comme lui : pour eux, l'humanité doit être régénérée par la science, et Fourier est le Christ de cette régénération.

Je nie, quant à moi, de la manière la plus absolue q.ue Fourier ait donné le premier mot d'une science quelconque; ou si l'on préfère ce style, j'affirme que, pour comprendre la science de Fourier, il faut être doué d'une seconde vue ou d'un sixième sens. Pour quiconque n'a pas reçu l'illumination, Fourier n'est qu'un fantaisiste, le plus singulier, il est vrai, le plus étrange qu'aient produit l'antiquité et les temps modernes.

Mais ce n'est point de la valeur intrinsèque du système de Fourier qu'il s'agit en ce moment, c'est de sa qualité révolutionnaire. Laissant donc de côté la question de savoir si les idées, telles quelles, de Fourier, constituent ou ne constituent pas une science ; si cette prétendue science est accessible ou non à un génie civilisé, je demande : Le système de Fourier, quel qu'il soit, cis-mondain ou ir ans-mondain, est-il en opposi-

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tion directe avec le système établi ? De plus , en d6coule-t-il immédiatement et légitimement 1

Or, c'est à quoi il est facile de voir que les phalanstériens, s'ils sont de bonne foi, ne peuvent faire réponse.

Le système de Fourier nie tout et ne fait d'opposition à rien; soit qu'il affirme, soit qu'il contredise, il s'accommode de toutes les théories. Il admet également le gouvernement monarchique et le démocratique; le système représentatif et le dictatorial; le travail et le capital ; l'égalité et l'inégalité ; la raison et la foi. Fourier nie, à la vérité, le dogme de la chute et la nécessité de la misère, combattant en cela les théologiens et les économistes; mais il affirme Tintérêt du capital et l'inégalité de nature, revenant ainsi, par un autre chemin, à l'économisme et au catholicisme.

Quant à la filiation de ses idées et à la légalité de ses applications, Fourier s'est surtout attaché à constater la bâtardise des premières, et n'a nullement déguisé l'immoralité des autres. D'un côté, il procède, dit-il, par grand écarts en dehors des idées existantes et au rebours de la civilisation. Il ne s'appuie pas sur la vieille société, il en fait le siège. Il ne continue point la civilisation, il l'exclut. D'autre part, il montre, comme conséquences ultérieures de l'organisation phalanstérienne , des idées et des mœurs qui, au lieu de reproduire, à un degré plus élevé de perfection, les idées et les mœurs actuelles, en sont lo complet renversement.

Du reste, et comme moyen d'action révolutionnaire, Fourier se borne à demander un crédit de six raillions pour bâtir le premier phalanstère. Comme il procède en théorie par grand écart y il veut débuter, en pratique, par essai! Rien d'univereel, de politique, d'intégral, de vraiment révolutionnaire, au point de vue de la réalisation, n'est proposé par ce réformateur.

Combien préférable, sous ce rapport, est le système de Louis Blanc, Vorganisation du travail par l'État. ^

Ici le catholicisme, le doctrinarisme, l*économisme sont nettement niés, l'exploitation capitaliste radicalement abolie, le mode de réalisation, sinon justifié, au moins clairement défini. — L'État rappelle à lui d'abord les grandes industries; puis, au moyen de l'association, les plus petites. Le commerce vient après, ensuite l'agriculture. La terre, les capitaux, le travail rentrent à l'État, devenu seul producteur, seul répartiteur, seul voiturier. Le pouvoir agit continuellement, pour la production, la circulation et la distribution des richesses, du centre sur les extrémités, des extrémités sur le centre. Le peuple qui

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produit tout» comme en un seul atelieri consomme tout, comme dans un seul ménage...

Je ne m'étendrai pas davantage sur cette théorie qui, sauf des différences de peu d'importance, est au fond celle de tous les communistes. Ce qui saisit Tesprit dans ce système, et que la science conservera, est la centmlisation des fonctions agricoles, industrielles et commerciales, analogue à celle de FÉtat. Là est toute la valeur du système de Louià Blanc.

Pour le surplus, il faut le reconnaître, la conception du célèbre écrivain ne se peut soutenir. D'une part, Topposition de son système avec celui qu'il aurait pour but de remplacer est plus apparente que réelle; quant aux moyens d'application, ils sont ultra-révolutionnaires, c'est^-dire illégitimes, illégaux, en un mot, impraticables.

Ainsi, au point de vue politique, loin qu'il soit en opposition avec les habitudes établies de gouvernement, le système de Louis Blanc ne fait que continuer le doctrinarisme, qu'il cxa* gère en l'appliquant aux fonctions jusqu'alors demeurées libres. De quoi s'agit-il, en effet! De créer la science sociale et de renverser la vieille économie politique , dernier boulevard du despotisme et de l'inégalité» Louis Blanc, sans toucher à l'économie politique, lui donne pour souveraine, c'est-à-dire pour sanction, la politique. L'arbitraire servant de correctif à l'arbitraire, voilà, en dernière analyse, à quoi se réduit la valeur scientifique du communisme 1

J'ajoute qu'au point de vue révolutionnaire, ce système n'est ni légitime ni légal. Il n'est pas légitime, puisqu'il n'émane pas du principe de propriété ; qu'il ne confirme pas la propriété ; qu'il n'en est pas la transformation logique et naturelle. Il en est, au contraire, la suppression la plus violente, la plus arbitraire, suppression décrétée par le pouvoir et exécutée par la force. — Enfin, ce système n'est jmis légal, car il ne résulte d'aucune des conditions qui, seules, pourraient le faii-e recevoir des citoyens, le consentement unanime, impossible à obtenir en fait d'abolition de la propriété ^ ou la nécessité cconomique, laquelle est précisément la chose à démontrer...

Je ne pousserai pas plus loin cette vérification. Ce que je viens de dire des systèmes de Saint-Simon , Fouricr et Louis Blanc était indispensable pour faire aboutir l'analyse. Pour le surplus, le lecteur doit être maintenant assez édifié pour qu'il la reconnaisse aussitôt qu'on la lui présentera.

L'école de Saint-Simon, en protestant la première au nom du prolétariat, a donc posé la ngcessité d'une nouvelle révolution.

L'école de Fourier, en faisant appel à la science, a déterminé par là même le caractère objectif de cette révolution.

Louis Blanc, en proposant d'organiser le travail^ a déterminé son caractère économique.

Tout en s' égarant dans les espaces imaginaires, l'utopie obéissait encore à une dialectique secrète, qui l'approchait de plus en plus de la solution; car tout est progrès, tout est métliode dans les produits les plus fantastiques de l'entendement humain, aussi bien que dans les révolutions les plus imprévues des sociétés.

Pour dégager l'idée révolutionnaire et recueillir le fruit des travaux de mes devanciers, je n'ai donc qu'à achever la série commencée par Saint-Simon, et continuée par Fourier et Louis Blanc.

J'observe d'abord que la formule de Louis Blanc, organisation du travail, a été changée en cette autre plus simple, droit au travail,

Décomposons cette idée.

Le droit au travail suppose nécessairement le droit de se servir des instruments du travail, sans lesquels le travailleur ne travaillerait pas. Voilà un premier point.

Ce n'est pas tout : il faut au travailleur, outre les instruments de son art, une matière première, car on ne travaille pas dans le vide, pas plus qu'on n'écrit sur le vent. Le droit au travail implique donc encore le droit à la matière du travail.

Mais que servirait de travailler, si le travailleur n'était propriétaire de son produit ^ de la totalité de son produit; si, comme aujourd'hui, il devait laisser une partie de ce produit, à titre de bénéfice, loyer ou intérêt, entre les mains du capitaliste, de l'entrepreneur ou du propriétaire! Ce serait retomber dans les conditions d'où il demande à sortir, et tourner dans le cercle. Le travailleur doit donc être propriétaire de son produit, de tout son produit.

Il reste une quatrième condition sans laquelle le droit au travail ne serait toujours qu'une fiction, un leurre : c'est que le travailleur puisse échanger son produit, puisque, sans l'échange, le produit est comme s'il n'était pas.

Avant donc que le travailleur puisse jouir du produit de son travail, il reçoit de la société, qui lui en donne garantie, qui lui en fait l'avance, c'est-à-dire, pour employer le mot technique, qui l'en crédite, quatre choses : l'instrument du travail, la matière de la production, la propriété du produit, l'échange.

Ce qui donne la formule suivante :

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Droit à rinstrament \

Droit au travail « ^ ^'°î* ^ '^^ "\**!^'*' ( « Droit au ch^dit

Droit aa produit i

Droit à rechange /

Mais si tout citoyen a droit au travail ^ la réciproque est vraie, tout citoyen doit le travail.

Donc, par toutes les raisons données plus haut, et en vertu de la réciprocité résultant de l'identité du droit et du devoir, la formule suivante est aussi vraie que la première :

Doit ringtmment de travail Qui doit le travail es l Doit la matière } s=s DoiT Lis CRÉDIT

Doit le produit Doit rechange

Donc la formule de Louis Blanc, qui est aussi celle de Fou • rier et de Saint-Simon, formule donnée d'ailleurs par la négation révolutionnaire de Février, se transforme logiquement en cette autre : Réciprocité du crédit.

Si l'humanité, depuis six mille ans, n'a pas fait fausse route, si la logique révolutionnaire n'a pas menti, si les aspirations du socialisme ne nous trompent pas, nous conclurons en disant qu'à l'anarchie individualiste de la vieille société doit succéder dans l'avenir, non pas la communauté du travail, mais un système de garanties mutuelles fondé sur là mutualité des services et la réciprocité du crédit.

La réciprocité du crédit, telle est, en un mot, l'idée de la Révolution. Nous avons d'abord à faire le contrôle de cette idée; nous en chercherons ensuite, comme dit l'École, la construction. Or, construire l'idée, c'est construire la société. Après tant de négations, après tant de ruines, il sera peut-être intéressant de voir la critique socialiste, si dévastatrice, si dissolvante, élever un monde sur la pointe d'une idée.

d8 MÉLANGES. ^ ARTIOLBS DE JOURNAtX

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