‹ Mélanges, par le général Cte de SégurChapitre 128 sur 133 · A CICÉRON · texte numérisé non relu

A CICÉRON

OTIVM CU M DIGSITATB. (Mareui TulMus Cicero.)

Oui, Marcus, des vieux ans le repos respecté Jamais d'un trop grand prix ne peut être acheté. Mais quelle ambition, de sa gloire repue, Croit jamais du repos que l'heure soit venue? Vois combien peu d'auteurs, d'orateurs, de héros Acceptent les loisirs de ce noble repos , Et de leurs noms, inscrits au Temple de Mémoire, Se contentent , chez eux , de ruminer la gloire ! Eh! qui sait mieux que toi, que dès qu'on a goûté Au breuvage enchanteur de la célébrité, On veut puiser sans cesse à sa source enivrante? L'âge ne tarit pas cette soif , il l'augmente; Et jaloux , au présent, de lui-même au passé , Jusqu'à son dernier jour veut s'être surpassé! Vains élans! au-dessous de lui-même il retombe, Et n'aura de repos que celui de la tombe.

Cependant, ô Marcus! un vieillard, ton égal (i), Échappe, de nos jours, à ce destin fatal; Sa foi l'a préservé des vanités du doute ; L'Évangile est sa loi , la seule qu'il redoute ; C'est l'homme du devoir, partout l'homme de bien , Qu'il soit premier ministre ou simple citoyen. Nul aulre, autant que lui, c'est sa gloire première, Dans la nuit du passé n'a porté la lumière; Mais, plus qu'historien, à l'Histoire à venir Bientôt il sut dicter Un plus grand souvenir : Elle dira comment sa puissante éloquence Longtemps de nos partis contint la violence; Comment de nos Clodius , de nos Catilina , L'audace devant lui fléchit et recula.

S'il n'eut point d'un Verrès à flétrir l'avarice, Mieux que toi, son exemple a combattu ce vice : Quand , huit ans au Pouvoir s'étant pu maintenir, Pauvre on Yy vit entrer, pauvre on l'en vit sortir, Mais riche d'une gloire au-dessus de la tienne, Gloire que rend à Dieu l'austère Foi Chrétienne Que tu ne connus pas , et dont le ferme appui Lui donne ce repos que Ton respecte en lui!

(0 M. GuizoL

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