‹ Mélanges, par le général Cte de SégurChapitre 129 sur 133 · DISCOURS EN VERS · texte numérisé non relu

DISCOURS EN VERS

Tout être qui naît, meurt; nous le savons trop bien! Mais son commencement, nul de nous n'en sait rien ! Le premier grain de blé qui parut sur la terre , Comme le premier homme, est pour nous un mystère! Tout principe se cache au sein de l'Éternel; Son germe est hors du temps, où tout devient mortel; Et captif dans ce temps, quoi que l'homme imagine, Il ignore de tout la première origine!

En sait-il mieux la fin? Non ; mais l'homme comprend Que lui, dernier venu , s'il est au premier rang, C'est qu'un progrès moral est la loi de ce monde ; Et que, de plus en plus de la matière immonde Si l'âme en lui s'épure , il se pourrait qu'enfin 11 entrevît un jour, son principe et sa fin !

Mais quoi! sans successeur comme il est sans ancêtres, L'homme est-il au sommet de 1 échelle des êtres? Nul autre être à venir n'aura-t-il , pour appui , Quelque échelon de plus entre le Ciel et lui? I^e sien , qu'il croit si haut , en est si loin encore ! Voit-il de là le Vrai , dont l'instinct le dévore?

Mais , hélas ! en dépit de quelle obscurité ! . . .

S'en plaint-il? On lui dit que sur la vérité

Dieu veut, du doute en lui , maintenir l'équilibre ; Que s'il en savait plus , il en serait moins libre; Et lorsque , dans le doute à la fin, accepté , Son esprit , las d'erreurs , s'arrête rebuté , On l'en accuse! On veut que surtout il redoute , Comme une impiété , sa fatigue et ce doute !

Oui , s'il l'étend sur Dieu ! si , rebelle à ses lois , Dans l'instinct qui nous parle il méconnaît sa voix : L'instinct d'un Dieu vivant , l'instinct d'une autre vie , Et celui de l'amour des siens , de la Patrie, Du Bien , du Beau , du Vrai; d'un bonheur dont le cours Naît de l'accord heureux de ces divers amours , Lorsqu'en nous la raison en règle l'harmonie.

Celle foi , du chrétien est la philosophie

Mais croire , est-ce être sur? Et le plus ferme espoir Peut-il se dire, enfin , que croire c'est savoir?

Mystère de la mort , quand sur ton noir abime , D'un monde à l'autre, en nous, plane un instinct sublime, Cet instinct nous 'dit-il ce que sont devenus Compagne , amis , parents , avant nous disparus ? Hélas! non : il n'ajoute à l'espoir qu'il fait naître Qu'un peut-être de plus à tant d'autres peut-être l

Ainsi Dieu l'a voulu ! Mais ce sublime instinct , Dans le fond de notre âme en est-il moins empreint? Quel fait est moins douteux ? Quelle terrestre élude . De son savoir acquis a plus de certitude? Contre ce grand espoir qu'on se révolte ou non , Il est l'homme ! et sans lui l'homme perdrait son nom ! C'est à lui seul qu'il doit ses divines croyances! Ne lui comparons pas nos terrestres sciences ! Àh ! de l'astre du jour l'éclat matériel Vaut-il cette lueur qui vient d'un autre Ciel?

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