HONNEUR ET INDÉPENDANCE
Vois-tu ces animaux que guide l'odorat?
Ce sens en l'un d'entre eux est-il plus délicat, Tous, d'un commun accord, le placent à leur tête; Tous courent sur ses pas, s'arrêtent s'il s'arrête! Mais vienne la curée , il est mis à l'écart, Et le dernier venu lui dispute sa part!
Meute d'hommes, c'est toi! Tant que le péril dure Ta foule au plus habile obéit sans murmure : Il parle , ordonne , et tous s'empressent sous ses lois; Mais le péril passé, l'on méconnaît sa voix;
Son autorité gêne, on lui devient hostile;
Et s'il n'est le plus fort , malheur au plus habile!
On le choisit pour chef, mais pour gouverner, non Ses sujets l'ont fait Roi pour régner en son nom. Pauvre Roi! C'est alors qu'orateurs , journalistes , S'arrachent ton pouvoir, et que, si tu résistes, Comme un despote affreux, dénoncé, déchiré, Tu vois, au nom d'un peuple à dessein égaré, Transformer au forum et dans chaque gazette , Ta Cour en cour d'assises et ton Trône en sellette ; La Presse , la Tribune , dire : L'État , c'est moi ! Et que de tes sujets , le plus sujet c'est toi ! Oh ! qu'on est libre alors ! O système admirable Où décidant de tout, et de rien responsable, Chacun , matin et soir, publiant , déclamant Tous peuvent gouverner, hors le Gouvernement! Lequel enfin , lassé d'une engeance aussi fière, S'échappe un beau matin de cette pétaudière !
Mais quand le plus habile est aussi le plus fort , Oh! comme alors, saisis d'un tout autre transport , Ces Tribuns , qui de tous semblaient servir la cause , Accourent sous le joug que le vainqueur impose ! C'est qu'il tient ce Pouvoir que ces fiers libéraux ,
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Pour se le partager, déchiraient en lambeaux. La proie est dans sa main ; c'est la même curée Que se dispute en lui cette meute altérée. Et s'il en est encor dont l'appétit hautain Prétende, au nom de tous, ressaisir le festin Qu'un seul vient d'arracher à leur orgueil avide, De leurs cris impuissants , se perdant dans le vide, Chacun se rit; chacun, contre leur vain effort, Pressé d'un zèle ardent, excite le plus fort :
« Sire, brisez leur joug! Au prix qu'on vous la donne ,
« Quel être dégradé voudrait de leur Couronne?
« Où sont leurs trois Pouvoirs s' équilibrant entre eux?
« Sur ce sol plébéien nous n'en voyons que deux,
« Le Trône et la Tribune ; et la chose publique
« Ne peut être à la fois Empire et République !
« Qu'ont-ils fait? Aflamés, ou de bruit ou d'emplois ,
« Leurs journaux , leur faconde ont tout perdu deux fois!
« Leur Chambre est de scandale une impudente école ;
« Leur Tribune , un comptoir où se vend leur parole ;
« Leur Presse, une officine , et du plus noir poison
« Dont on puisse d'un peuple égarer la raison ;
« Leurs Comices, des corps qu'afin de mieux corrompre ,
« En mille fractions ils ont le soin de rompre !
« Frappez donc ces Tribuns , muselez ces journaux ,
n Depuis un demi-siècle auteurs de tant de maux !
« Oui, Sire, il faut un maître à notre populace;
« Aux Bourgeois, un appui dont ils prisent l'audace ;
« Vous êtes cet appui ! Que vous demandent-ils?
« De défendre leurs biens, leurs lois , leurs droits civils ,
« Contre ces autres droits qu'on nomme politiques,
« Dont les ont dégoûtés tant d'abus anarcliiques! »
Ils ont dit, et leur chef, sur un discours pareil , A de ces Conseillers composé son Conseil. Dès lors, aux cris, aux coups , au désordre, à l'injure, Succède enfin la paix , fruit de la dictature ! On ne voit plus l'émeute agiter son flambeau , Ni chaque jour s'user un Gibinet nouveau. Que de hauts faits alors ! Sous ce chef qu'on renomme, L'Empire tout entier marche comme un seul homme ! Plus d'obstacles : chacun au bon ordre soumis, A son métier retourne , à sa place est remis. Qu'ils sont beaux les débuts des Pouvoirs qui surgissent! Les biens, que sans espoir on rêvait, s'accomplissent; Tout renaît; et bientôt , d'un élan glorieux , Nos Aigles ont repris leur vol audacieux, L'histoire son burin ; et déjà l'on remarque Qu'en France tout grand siècle est né d'un grand monarquei
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On vante en celui-ci son grave et doux accès , Et son habileté que prouve le succès.
Le succès! des flatteurs, hélas! le plus perfide; Que l'orgueil suit toujours ; qui , de sa voix d'Armide , Lui dit : « Que ce bonheur, à son peuple apporté, « Jamais d'un trop grand prix ne peut être acheté! « Qu'à son génie on doit la fortune publique , « Qu'elle est à lui ; que d'elle étant la source unique, « 11 peut , pour ses plaisirs , y puiser largement, '< Et des siens en gorger l'avide dévouement ! « Qu'en ses projets il doit dédaigner tous murmures; « Que pour les accomplir, s'il faut des mains impures, « Son choix n'hésile point ; qu'il sait par son début , a Que tout moyen est bon dès qu'on atteint le but ; « Que lui seid en est juge, étant seul responsable , « Et qu'à ses volontés tout obstacle est coupable ! « Qu'oserait-on blâmer? Qu'ont voulu ses sujets? « Le repos sous ses lois , le bon ordre , la paix ; « N'en jouissent-ils pas? La paix , c'est le silence ; « Le repos, son pouvoir; l'ordre, l'obéissance!
Ainsi parle l'orgueil. Qui le contredirait, Près d'un chef élevé sur un si haut sommet?
Issu d'un coup d'État, tout , sous sa dictature ,
Est sa création ; chacun , sa créature !
Quelle téte tiendrait sur ce faîte isolé?
Là , de tous les regards il se voit contemplé ;
S'il marche , tout se meut ; languit-il , tout s'arrête ;
Tout l'Empire est souffrant s'il a mai à la tête !
Un geste , un mot de lui , ses moindres mouvements ,
Pour l'univers entier sont des événements;
Ils portent nos destins, ils ont mille interprètes,
Ils sont enregistrés dans toutes les gazettes !
Ah ! de tant de puissance à toute heure enivré ,
Peuples , quel homme enfin ne serait égaré?
Vous-mêmes , à ce sort si différent du vôtre ,
Vous ne le croyez plus un mortel comme un autre!
Mais qu'entends-je? Déjà le prestige est usé ! Peuple, de ton espoir, qui t'a désahusé? D'où vient que , de ton sein le chassant comme un rêve, Une sourde rumeur de toutes parts s'élève? « Quel luxe ! que d'impôts ! quel règne dissolu ! « Est-ce donc pour cela que nous l'avons élu? n S'il nous rend le repos , quelle reconnaissance « Lui doit-on , quand lui-même ainsi s'en récompense? « Quoi ! spoliateur même ! Il porte un si grand nom l « Comment n'a-t-il pas craint d'en gâter le renom?
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« Et quels choix ! quels entours ! quelle insulte plus forte !
« Qu'on soit perdu de mœurs ou d'honneur, il n'importe,
« On est de tout emploi le plus digne à ses yeux
« Dès qu'à ses volontés on obéit le mieux !
« De là plus de recours contre de tels complices,
« Et nos droits violés-jusque dans nos comices!
« De là ces vils trafics avec des favoris
« Qu'on laisse nous piller comme en pays conquis,
« Puis, que l'on voit, marqués du fouet de la satire,
« Devant le monde entier représenter l'Empire!
« Hé quoi! d'un si grand nom perdre ainsi le pouvoir!
« En gâter l'ascendant, notre dernier espoir!
« Ah! que son cœur soit bon, sa force calme e! douce;
« Qu'il n'ait rien d'un tyran, rien en lui qui repousse;
« Qu'on ait vu ses rivaux contre lui s'acharner,
«Et lui, dans ce péril, vaincre et leur pardonner;
« Que même à son pays il ait rendu sa gloire,
« Quelque cher qu'ail été le prix de la victoire;
« Qu'enfin, sa Dictature ait même eu quelque attrait,
« Nous le reconnaissons ; mais qui supporterait ,
« De tant d'impurs agents, de tant de créatures,
« L'insupportable poids de mille Dictatures?
« V Empire, cesl la paix! mais la paix sans mépris,
« Mais non le calme plat d'un repos à tout prix?
« Mais non que celte paix dépende d'un caprice!
m Mais moins encor, qu'au gré d'une erreur ou d'un vice,
a Un seul homme ait le droit de se sacrifier
« Le destin de chacun ou de l'État entier!
« Un grand peuple ne peut accepter un tel rôle,
« Et nous ne voulons plus d'un pouvoir sans contrôle! »
Cri d'un trop juste orgueil un instant abattu ! Mais Peuple, ce contrôle, où le trouveras- tu? Sera-ce dans ton sein, où l'égalité régne; Où la démocratie a planté son enseigne; Où rangs, classes, croyance, elle a tout renversé? Et, pour niveler tout, a tout pulvérisé? Et que veut-elle enfin, lasse de tout détruire, Qu'avec cette poussière on puisse reconstruire? Quel obstacle au Pouvoir en pourrait-on former? On te craint plus que lui , qu'on n'ose désarmer, Pauvre Société, qu'a réduite en poussière La folle égalité, dont on te voit si fière! Foule d'individus sans ordre, sans lien, Poussière dangereuse , où ne se fonde rien ! Elle repose, au moins, la poudre de la tombe! Mais la tienne, à tous vents, comme une immense trombe, S'élève, tourbillonne, et, dans son cours fatal,
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Ne réprime on punit que par un plus grand niai!
Despotisme ,' Anarchie , être ainsi vos victimes] Quoi! n'avoir plus de choix qu'entre ces deux abîmes! Tomber de l'un dans l'autre; et depuis tant de jours, Ce cercle vicieux, le parcourir toujours!
Entre un Pouvoir sans frein et» le gouffre anarchique, Peuple, n'est-il donc point de sage République? Trône, entre l'anarchie et l'absolu pouvoir, N'est-il point de milieux où l'on puisse l'asseoir?
Hélas! depuis le jour où, frappé d'analhème , Autorité de Roi, de père, de Dieu même, Tout périt, que d'efforts, Peuple décapité , Pour refaire une élite à ta Société!
Quand à ce corps tronqué tu veux rendre une tête, l^i tempête détruit ce qu'a fait la tempête, Et rien ne lui survit, rien, depuis soixante ans, Que daignent consacrer et le Ciel et le temps I
Raison, voilà ton règne! Ah! quoi qu'elle imagine, Seule jamais sa voix sur l'homme ne domine! Que font ses vains discours, ses fragiles arrêts,
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Aux vents des passions, au choc des intérêts?...
Les Intérêts!... Quel nom viens-je de faire entendre?... Que leur pouvoir est grand ! . . . Mais pourquoi s'en défendre? Quand l'homme est si Masé, si sceptique aujourd'hui, Est-il une autre prise à la Raison sur lui?... Ces intérêts, qu'ils soient de ce monde ou de l'autre, N 'est-ce donc point par eux que le Sage ou 1* Apôtre Ont obtenu de nous tant d'efforts généreux? Raison, tu n'as sur nous de prise que par eux! Lorsque même en ton nom ces intérêts raisonnent, Ta force n'est, hélas! que celle qu'ils te donnent! Sans eux, vers quels progrès nous ferais-tu marcher? C'est par eux, de nos jours, qu'on ta vu triompher.
Quand du Peuple , jadis, tu soulevas la masse, Tu voulus qu'au banquet le plus grand nombre eût place ; Que le mérite seul y réglât le destin ; Que la loi régnât seule; et que chacun enfin, Ayant part au labeur, eût part à la récolte. Tel fut jadis le but de ta grande Révolte! Si d'autres passions ont alors prévalu Il n'importe, ce but fut avant tout voulu. Il fut atteint! Depuis, qui ne convient qu'en somme,
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On vit la dignité se relever dans l'homme ,
Ses droits mieux reconnus, et même dans clracun
Le sens commun, si rare, être un peu plus commun?
Mais alors au banquet une foule innombrable Accourait, se pressait. Il manquait une table Où tant de conviés eussent place aisément , Et de tant d'appétits se trouvât l'aliment. Le crédit l'apporta ; son attrait , qu'on critique , Fit de l'or de chacun la fortune publique. Dès lors mille intérêts , jusque-là désunis, Dans un même intérêt marchèrent réunis!
Noble ou non, c'est un fait : qu'une puissante a more e Donne à cet intérêt et le nombre et la force ; Qu'il s'impose au Pouvoir; qu'à ses calculs divers L'ordre et la liberté sont également chers ; Qu'il est le mieux compris de toute intelligence ; Que chaque jour s'accroît sa nouvelle puissance ; Qu'enfin il est le seul qui n'obéisse pas Au despotisme aveugle, ou d'en haut ou d'en bas!
Eh bien , puisque c'est là que la force réside , Abaisse-toi, Raison, à le prendre pour guide! Fais de cet intérêt ton plus solide appui ; La force qui te manque, accepte-la de lui!
Qu'il soit ce conire-poids, dont le contrôle libre Entre des droits rivaux conserve l'équilibre; Et l'intérêt d'un seul, d'où naissent tant d'abus, Sur l'intérêt de tous ne l'emportera plus!
L'intérêt!.... l'intérêt!.... Triste positivisme! N'est-il un frein plus noble à ineltre au despotisme? Quoi! les mâles vertus, les instincts généreux Ne suffisent-ils point contre ce joug honteux? Hélas! non. Autour d'eux, quand tout s'abaisse et tremble, Leurs voix manquent d'échos, et de force, et d'ensemble! Mais c'est alors contre eux que le maître irrité , Par de nouveaux excès insultant leur fierté , Révolte contre lui les peuples qu'il opprime , Et que de leur courroux sa colère est victime!... Combat de passions! déplorable succès, Où l'excès n'est vaincu que par un autre excès; Où la force triomphe , où le patriotisme N'abat que le Despote, et non le Despotisme!
Instincts libres et fiers des hautes régions , Où ne s'élèvent point nos tristes passions, Parlez! Qu'à votre voix leur lutte s'ennoblisse l Mais ne prétendez pas en régler le caprice.
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Seul, à leur folle ardeur un autre frein est bon : Laissez ce soin terrestre à la froide Raison ; Et puisque l'intérêt mieux que vous la seconde, Sous le nom de Crédit qu'elle règne en ce monde! Quelle y soit ce qu'elle est, l'intérêt bien compris! Que pour y dominer nos folles du logis , Reclassant un grand peuple, elle en forme l'élite En large olygarcbie ouverte à tout mérite !
De nos divers états le lîen fut brisé ; En corporations qu'il soit recomposé ; Que chacune ait ses chefs ; qu'en tête de chacune Le mérite les place , aidé de la fortune; Hommes de lettres, d'arts, hommes de tous métiers, Sous vos drapeaux divers dès lors associés, Qu'en vos chefs reconnus votre choix vous rassemble ! Là, doit être la Force et la Raison ensemble; Et que chaque intérêt, ainsi représenté, Recompose une tête à la Société !
Quelle autre, désormais, pourrait mieux la conduire? Au Pouvoir, quel qu'il soit, quelle autre pourrait dire « Régnez, mais au nom seul des intérêts de tous;
« Respectez-les en moi qui les surveille en vous! « Régnez par eux, pour eux, voilà votre seul rôle;
« Et vous ne pourrez plus en briser le contrôle ! »
Dieu le veuille! et de plus, qu'à ta mobilité, Folle Démocratie, un frein soit apporté! Que l'intérêt commun soit ce frein , s'il peut l'èlre , Et que sur tous enfin il règne seul en maître !
L'intérêt s'ennoblit quand il est collectif! Qui plaindrait le Pouvoir d'en être alors captif? Un Peuple, trop connu par son humeur hautaine, Ne l'a-t-il pas assis sur un ballot de laine? Ce trône, où l'intérêt règne et compte les vœux, Rend-il ces vœux moins fiers, moins purs, moins généreux? Et pourquoi? C'est qu'en nous quand la prudence veille, Ce que l'honneur prescrit, l'intérêt le conseille; Bien compris par ce peuple, il éclaire ses yeux, 11 y maintient la foi, le respect des aïeux. Voilà comment chez lui cet intérêt domine, L'intérêt collectif, devant qui tout s'incline! C'est l'intérêt privé, l'intérêt de chacun, Concourant, s'immolantà l'intérêt commun!
Et vous prétendriez l'accuser d'égoïsme?
Cet égoïsme-là, c'est le patriotisme!
Il donne le pouvoir à qui l'a mieux compris; La gloire de ses chefs se mesure à ce prix.
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Cette gloire est la vraie, elle est la gloire utile! Et ne la croyez pas, avant tout, mercantile! Non, non, des grands États l'intérêt le plus grand Est dans leur dignité, dans l'orgueil de leur rang, Dans le respect qu'entre eux l'un à l'autre ils s'imposent, Dans le nombre des bras, des cœurs dont ils disposent; Et si quelque revers vient à courber leur front , Dans l'ardeur d'en venger, d'en effacer l'affront ! j
Un affront! O douleur! 6 mon pays! 6 France! Où vas-tu prodiguer ton sang et ta vaillance, Quand, dans ton propre sein, ton Empire, outragé, Depuis dix lustres pleins n'est point encor vengé; Quand à tes oppresseurs tu n'oses, prisonnière , Du Rhin et de l'Escaut ressaisir la barrière; Quand tes vainqueurs d'un jour se vantent qu'à jamais Ton peuple, qui vingt ans les a vus ses sujets, Subira, mutilé sur ce lit de Procuste, L'insupportable affront de leur arrêt injuste?
Ah! quand s'écriera-t-il, ton Génie indigné : « De quel droit à ce joug m'avez- vous condamné? « Eh! que m'importe à moi votre inique système? « Je n'accepte de lois que celles de Dieu même !
« C'est lui qui sur ce globe a tracé de sa main
« Cet Empire des Francs que l'on mutile en vain !
« Les bornes qui d'en liant lui furent destinées
< Sont les deux Mers, le Rhin, l'Alpe et les Pyrénées!
« L entendez- vous? Le Rhin ! ce Rhin qu'en vos fureurs
« Tous vos Barons et Ducs, huit Rois, deux Empereurs,
« M'ont ravi par la ruse , et non par la victoire !
« Si je ployai, ce fut sous le poids de ma gloire !
« Elle s'emporta trop au delà de ce Rhin,
« Dont vous, à votre tour, méconnaissez le frein !
« Mais l'Empire opprimé, dont je suis le Génie,
« Arrachera sa rive a votre Germanie !
« Il naquit sur ces bords que vous lui contestez;
« C'est son propre berceau que vous lui disputez ,
« Le berceau de Clovis, celui de Charlemagne !
« Eh! qu'étiez-vous alors, vous et votre Allemagne,
« Quand il était déjà l'héritier des Césars?
« Vous étiez des païens , dans vos forêts épars ,
« De sauvages tribus; et c'est à notre France
« Que vous devez vos arts, vos lois, votre croyance !
« Elle vous a vengés du féroce Attila !
« Du cimeterre arabe elle vous préserva !
a Et vous, à la faveur de ses guerres civiles,
« Vous avez envahi ses forts, ses champs, ses villes I
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« Que vous doit-elle, à vous qui lui devez vos Rois, « Ces rois qui m'ont trahi , dont l'insolente voix « Vient à leur joug honteux de joindre la menace? « Qu'ont-ils dit?... La Comté!... la Lorraine!... l'Alsace! « Ah ! plus de vains discours! A d'indignes liens « Ils ajoutent l'insulte! Aux armes, citoyens ! « Jadis tout vous manqua jusqu'au fer, quand leurs haines « S'unirent contre vous pour vous charger de chaînes , « Vous piller, vous grever de tributs odieux! a Et quand ce fer, quand l'or renaissent en ces lieux , « Quand le sang des héros bouillonne dans vos veines , « Vous les prodigueriez en entreprises vaines , « Ou, captifs sous le joug d'une servile paix , • « En discordes sans fin , dont les honteux excès '< Font, depuis cinquante ans , pour des libertés folles, « D'un siècle d'action un siècle de paroles! « Ah ! plutôt , du Danube au Czar livrant le bord ,
« Marchez au Rhin; c'est là qu'il faut courir d'abord!
« Qu'un million de bras chassent de son enceinte
« Ce Roi qu'excite moins son orgueil que sa crainte !
« Jusque-là, quelle triste et vaine fiction!
«< Vous, Empire?... Empereur?... Vous, grande nation?...
« La France est mutilée, et vous osez vous dire
« La grande nation! l'Empereur! un Empire!...
Ces titres , qu'effaça le plus grand des revers,
Que sont-ils sans le Rhin , sans l'Escaut, sans Anvers ?
Tant que vous n aurez point reconquis ces rivages,
Et lavé dans leurs flots de s[ sanglants outrages ,
N'usurpez pas des noms dont la pompe trahit
Le joug humiliant que la France subit!
Brisez-le donc, ce joug! Méritez qu'on vous nomme
La Grande Nation, comme au temps du Grand Homme !