DES PREDICATIONS ACTUELLES; FOI ET DOUTE
Les dogmes d'une religion ne se prouvent point; ils se commandent!
Le prêtre, c'est l'homme parlant au nom de Dieu, qui est l'absolu : il n'a donc rien à prouver. t
Ce qu'il prouve en voulant prouver, c'est d'abord qu'il y a doute, et qu'à ce qu'il dit que Dieu a dit, il faut une preuve.
Sa prédication devient dès lors une discussion ; ce n'est plus un prêtre , c'est un philosophe!
SCIENCE ET CROYANCE
S'il est vrai que les sciences exactes ou physiques ne servent qu'à" nous rendre plus visibles les ténèbres qui nous cachent l'origine et la fin de toutes choses, et à nous faire mieux voir que nous vivons entre ces deux nuits, sans savoir
d'où nous venons et où nous allons, on aurait tort de le leur reprocher. Elles ont raison de ne point risquer d'user leur flambeau contre ce double mystère, et de laisser le soin de l'éclairer, soit à la Révélation divine, soit à l'instinct raisonné de l'homme, c'est-à-dire au prêtre ou au philosophe.
Qu'est-ce, en effet, que la science ainsi comprise, sinon le savoir qui n'admet : ni le croire sans raisonner, ce que fait le prêtre; ni le raisonner sans croire ou sans être sur, ce que fait le philosophe? Ce savoir, c'est donc la certitude! d'où il suit que le savant ne doit la chercher que dans l'étude de la matière dont ce inonde visible est composé, et dans celle des lois physiques qui la régissent.
Que chacun reste donc dans la sphère qui lui est propre :
Le prêtre, dans sa certitude d'une révélation divine indiscutable; car, pour lui, vouloir prouver, prouverait qu'il faut une preuve à ce que Dieu a dit, chose inadmissible;
Le savant, dans son autre genre de certitude, celle des faits physiques, expérimentalement acquis;
Le philosophe.... Oh! quanta celui-ci, dans sa recherche de la vérité sur l'origine et la fin de l'homme, comme il prend pour guide sa raison seule, et que ses raisonnements ébranlent plus ou moins les trois grands instincts de l'humanité, Dieu, l'immortalité de l'âme, et un autre monde, il ne peut marcher dans cette sphère, celle de l'inconnu, ' que par hypothèses, avec l'espoir d'arriver au vrai par le vraisemblable; d'où il résulte qu'il n'obtient que des opinions incertaines, inquiètes, et inévitablement agitées de doute. Tels lurent Montaigne, Pascal, et, avant comme
après eux, tous les penseurs, même ceux qui »
paraissent les plus dogmatiques : le résultat final pour tous, c'est l'incertitude!
Dans cet interminable débat sur les grands instincts moraux de l'humanité, puisqu'une controverse aussi grave n'aboutit qu'au doute, c'est-àdire à rien, cela ne vient-il pas de ce que la question, posée ainsi, ne l'est pas convenablement?
Et d'abord , l'homme , parce que la vie en ce monde ne se montre qu'individuelle, n'y estil , lui-même, qu'un individu? Peut-il ne se considérer qi|'ainsi? En a-t-il le droit, quand tout au contraire, créé, plus que tous les autres
êtres, en raison de ses facultés intellectuelles, pour ne vivre qu'en société, son âme ne pourrait pas plus exister isolée de ses pareilles que son corps ne pourrait à lui seul se perpétuer?
Or, de ce premier fait incontesté , n'en résulte-t-il pas un second tout aussi évident : que ce n'est point à la raison individuelle du penseur, mais à celle de la société entière qu'il appartient, exclusivement, de résoudre la question dont il s'agit ?
Mais dès lors elle se trouve résolue par un troisième fait aussi incontestable que les deux premiers, à savoir : que, depuis le commencement connu du genre humain, aucune de ses sociétés n'a pu non-seulement prospérer et progresser, mais même exister sans que sa croyance ou plutôt sa foi innée aux trois grands instincts moraux de l'homme ait été le fondement de son lien social , la base de ses institutions , et le principe, comme la sanction en dernier ressort, des lois qu'elle s'est données!
D'où il faut conclure que ce doute, où la raison individuelle du penseur s'agite en vain, doit fléchir devant la conviction que proclame la raison collective de la société humaine; le sens
universel devant prévaloir sur le sens individuel, tous ayant plus de raison que chacun. Ce qui, soit dit en passant, explique pourquoi la société, avec ce.tte conviction et dans son ensemble, progresse plus en sens moral que la plupart des individus qui la composent.
Conviction ou certitude, pareille à celle du prêtre et du savant, puisqu'elle est tout à la fois de nature révélée et expérimentale : nos trois grands instincts moraux devant être considérés comme une révélation providentielle; et, d autre part, la constante et si bienfaisante application qu'en a faite la société, comme une preuve de leur vérité expérimentalement acquise!