OIT JUGEMENT DERNIER
Instincts moraux du genre humain, Religion naturelle de l'homme, lueurs célestes
dont notre raison doit s'éclairer dans la ténébreuse carrière abandonnée à son libre-arbitre, quand donc nos libres-penseurs, qui vous traitent de rêveries ou de mensonges, cesseront-ils de nous forcer à renouveler les protestations de notre foi à la* vérité de cette révélation première et providentielle?
Hier encore, l'un d'eux, moins absolu que ses pareils, sincère dans sa recherche de la vérité, et conséquemment ébranlé dans son scepticisme, s'écriait : « Qu'une âme telle que « celles de Platon ou de Pythagore, de Ci- « céron ou de Tacite, de Newton, de Hum- « boldt ou.de Laplace, doive et puisse survivre « au corps qu'elle anime, on pourrait Pad- « mettre; mais que tant de milliards dames « brutes, ou seulement insignifiantes, qui se « succèdent en ce monde depuis son commence cernent, et que tant d'autres, qui n'y ont <c apparu qu'un jour, une heure ou quelques « secondes, doivent et puissent jouir de ce « même privilège d'immortalité, c'est là ce qui « ne peut s'accepter aussi aisément. »
k J'accepte, moi, cette demi-concession, lui « répondit son interlocuteur, philosophe spiri-
liC SOUVENIRS ET RÊVERIES
« tualiste; elle suffit à notre rationnelle et coince plète entente sur tout le reste, puisque, d'a- « bord , admettre qu'il peut être de la nature « d'une seule âme humaine d'être immortelle, « c'est inévitablement concéder qu'il en est de « même pour toutes les autres , toutes étant de « même nature, quel que soit leur degré d'intel- « ligence et de moralité.
a D'accord sur ce premier fait, nous le sommes
« d'avance avec vous, libre-penseur, sur cette
« seconde vérité que nulle âme ne peut être
« libre-penseuse sans libre-arbitre , et , par consé-
« quent, troisième vérité, sans être responsable
« de ses pensées, de ses actes et de ses paroles.
a Or, voyez combien sont fécondes les vérités,
a et avec quel ordre, avec quelle puissance de
« déduction elles s'enfantent, s'enchaînent, et
« s'imposent successivement! C'est ainsi que
« de ces trois premières il résulte nécessaire-
« ment cette quatrième, à savoir, que cette âme
« immortelle, libre, et responsable de l'usage
« qu'elle fait de son libre-arbitre , ne peut en
« recevoir le châtiment ou la récompense sans
« un juge et un jugement : juge , qui ne peut
« être que son créateur; jugement, qui ne peut
D'UN OCTOGENAIRE. 1S7
a être rendu qu'en lin de comptes, c'est-à- « dire après la vie de cette âme en ce monde , « et conséquemment dans un autre monde! »
Conclusion toute de raison humaine, puisque c'est ainsi que la veut un libre-penseur ; mais , remarquons-le bien , tout entière d'accord avec nos grands instincts, qui seuls ont pu l'inspirer; religion naturelle du genre humain, contre laquelle l'orgueil d'une vaine révolte n'est qu'une preuve de plus de sa vérité : car, sans cette révélation première et innée en lui, l'homme n'ayant pas plus que les animaux l'idée de Dieu, de l'immortalité de l'âme, et d'un autre monde, le libre-penseur n'aurait pas à s'efforcer, comme il le fait, de les contester.