DU PROGRÈS DANS LE DIX-NEUVIEME SIECLE
En France, où l'amour de la gloire, bien ou mal placé, joua toujours un si grand rôle, c'est
un fait, que l'ancien régime, s étant soumis au règne des femmes , périt par le plaisir où il avait mis sa gloire.
Un autre fait, c'est qu'à ce règne des femmes celui des hommes ayant succédé, l'ambitieuse émulation de satisfaire leurs passions et leurs intérêts par la gloire des armes ou de la parole , et par des inventions de toute nature, dès lors prévalut.
Le peuple était devenu souverain ; on mit sa gloire à plaire à ce nouveau maître : arts et métiers, lettres et sciences, tout y concourut; de là tant de merveilleux progrès en tous genres. Mais le mal s'y trouvant à coté du bien, selon l'inévitable loi de ce monde, la question est de savoir lequel de ces deux contraires, dans ce nouvel ordre de choses, doit définitivement l'emporter.
Quelqu'un a dit, après 1789, que le genre humain était en marche. En effet, depuis cette époque, affranchi de la tutelle aristocratique du passé, et lancé démocratiquement dans l'avenir, il marche, et si rapidement, qu'il ne vit plus qu'au jour le jour, courant d'inventions en inventions, découvrant sans cesse des horizons
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D'UN OCTOGÉNAIRE. 15i>
nouveaux, où se modifient , où se changent journellement toutes les situations internationales, sociales et individuelles : course étourdissante, où le passé ne sert plus de règle au présent , ni le présent a l'avenir; et où tout, hommes et choses, vieillit, s'use, passe et disparaît de plus en plus vite !
Or déjà ceci n'est-il point un mal?
N'en est-ce pas un autre que ce besoin d'un confort et même d'un luxe ruineux, devenu presque universel ; sensuel et vaniteux entraînement de la démocratie, envieuse d'une matérielle égalité avec l'aristocratie de la richesse? D'où il vient, par exemple, que dans les arts, dans les lettres surtout, si l'on aspire à la renommée, c'est souvent bien moins par un pur amour de la gloire que pour arriver par elle aux jouissances de la fortune ; en sorte que , aussitôt après un premier triomphe, on décroît, on se vulgarise, en préférant à la qualité des succès leur quantité.
C'est ainsi que la gloire durable est oubliée, le bien-vivre préoccupant si fort, qu'on ne songe plus à se survivre!
160 SOUVENIRS ET flÉVEIMES
D'autre part, s'il est vrai que la fortune publique ou privée gagne tant à la facilité de nos voies de communication nouvelles, croit-on que la moralité individuelle, que la régularité des habitudes et le repos des familles, qu'enfin cette crainte, si salutaire aux bonnes mœurs, qu'impose à chacun l'opinion d'un long voisinage, ne perdent rien à l'attrait que donnent, pour de fréquents et lointains déplacements, ces moyens de locomotion si commodes et si rapides?
Et vous, inventions guerrières, si ingénieuses pour mieux s'entre-détruire ! vous aussi, fortunes trop soudaines, improvisées par une industrie audacieuse! vous-mêmes encore, admirables découvertes de la science, s'emparant des secrets de la création, saisissant l'éclair, domptant la foudre, et. les forçant de servir, enchaînés d'un monde à l'autre, a la transmission instantanée des moindres pensées de l'homme, estce à ses vertus, n'est-ce pas plutôt à ses vices et à ses passions que vous venez en aide?
Mais qu'en conclure? Que le genre humain, dans cette marche conquérante , devrait s'anêter! Qui peut le penser? qui Poserait dire? Hé
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quoi! ce prodigieux élan démocratique de tant de libres intelligences dans la voie de leurs intérêts matériels, jusque-là si aristocratiquemeni négligés , est-il donc sans à-propos ? ne s'est-il pas produit dans son ordre naturel ? et ne doiton pas croire que, pour conserver, pour multiplier les bienfaits de cet accroissement de la puissance physique de l'homme, un développement proportionnel de sa raison devenant indispensable, ce progrès moral, à son tour et nécessairement, en résultera?
INCONVÉNIENTS DE i/lNSTINCT DE PERFECTION