FIN PROBABLE DE LA CIVILISATION MODERNE
La Royauté, en France, afin de dompter la
Noblesse, s'est aidée de la Bourgeoisie, qui,
pour se débarrasser entièrement des Nobles, puis des Rois aussi, s'est aidée du Peuple; lequel, à son tour, à présent, s'aide des rivalités des Bourgeois entre eux et avec leurs chefs, dans le but de les remplacer au Pouvoir et surtout dans leurs biens, que son envieuse pauvreté convoite.
Naturelle, mais bien dangereuse envie, surexcitée chaque jour, de plus en plus, par le luxe toujours croissant que la vanité bourgeoise étale, en même temps que s'augmente la masse redoutable des prolétaires par la multitude de ceux que ce luxe précipite journellement dans l'indigence!
Luxe scandaleux et ruineux! contagieuse corruption, gagnant de haut en bas Je corps social tout entier, qu'il dégrade successivement ! Mal qui dévore aujourd'hui la Bourgeoisie, après avoir tant contribué à la chute de la Noblesse, entraînée dans toutes les lâches mollesses de ce vice par les Rois eux-mêmes, qu'avec elle il a perdus!
D'où l'on peut conclure que finalement, et malgré des alternatives d'ordre dans ce dé-
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sordre par des dictatures, la masse populaire triomphera; et qu'alors, substituant la corruption de son luxe grossier et brutal a la corruption raffinée des classes supérieures, elle ramènera la barbarie et terminera ainsi la civilisation moderne.
En effet, tout ayant eu et tout devant avoir fin en ce monde, jusqu'à lui-même, la fin de cette seconde civilisation est un fait à prévoir qui ne peut être mis en question; mais, quant à la façon dont ce fait arrivera, celle-ci, au train dont va ce luxe de perdition, n est-elle pas, de toutes, la plus probable?
C'est une étrange idée au chef d'un Empire mutilé, depuis plus d'un demi-siècle, par ses voisins qui l'y tiennent enfermé comme dans une maison de réclusion et de correction , d'avoir invité ses geôliers à venir y admirer et sa prison parce qu'il en a décoré l'intérieur, et les
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fers dont ils l'ont charge, parce qu'il en a doré ki chaîne!
Vanité pour vanité, n'eùt-il pas mieux valu commencer par briser cette chaîne, s'élancer hors de cette prison, et chasser ces geôliers jusque par delà sa frontière naturelle et légitime enfin reconquise, pour ne leur envoyer que de là ses invitations? Combien alors elles eussent été dignes et glorieuses! Tandis qu'au contraire, avant cet affranchissement , cet appel de ses oppresseurs semble dire qu'il accepte la situation qu'ils lui ont faite et s'y trouve bien ; ne s'apercevant même pas que leur présence dans sa prison ajoute à la honte de la captivité, celle de Yexposiiion du captif devant ses maîtres : surcroît d'humiliation que du moins ceux-ci ne lui avaient pas imposé, et que luimême aujourd'hui s'inflige !
Croyons pourtant qu'au fond il sent comme nous cette amertume, sachant bien sans doute que la devise du grand nom qu'il porte est toujours Honneur et Patrie! et qu'il ne peut exister de Dynastie vraiment impériale sans véritable Empire.
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PARIS EN l868 !
Une oeuvre 'admirable s'achève : une grande capitale, d'une population égale à celle de plusieurs royaumes, se reconstruit; toutes les inventions de la science y concourent au bien-être universel. Dans ce chef-d'œuvre du génie humain, l'art , forçant nature , a comblé les vallées, abaissé les monts, changé le cours des rivières, et, en réédifiant cette capitale, où convergent toutes nos voies ferrées, il a su créer, au-dessus comme au-dessous d'elle, d'autres voies qui servent non -seulement à porter dans chaque demeure l'eau, la chaleur et la lumière, mais encore à transmettre instantanément, de l'un à l'autre, toutes les pensées de ses habitants.
Création tout artificielle, où l'art, emprisonnant dans mille conduits diverses forces qu'il dérobe à la nature, les contraint à circuler au service de tous nos besoins matériels et même moraax.
Mais comme toutes les créations de l'homme, celle-ci est sans vie qui lui soit propre : elle n'a d'existence que par le travail incessant de ces milliers de bras et d'intelligences qui l'entretiennent.
Existence toute factice, dépendant de l'ensemble de tant de divers efforts que peut désorganiser et détruire le moindre désordre.
C'est ainsi cjue plus sont admirables ces prodigieuses créations d'outre-nature de l'art humain, plus en devient chanceuse la durée. Et pourtant, quel cataclysme pour l'immense population de cette capitale, si, dans l'un de nos trop fréquents désordres sociaux , désormais d'autant plus à redouter, ces transports de toute nature à la vapeur, tous ces courants aériens et souterrains de gaz, d'eau et d'électricité, étaient tout à coup interrompus! Quel effroyable, quel subit bouleversement! Combien de ruines soudaines! Que d'irréparables destructions!
Mais qu'importe à l'aveugle esprit de nos partis, toujours les mêmes; à nos passions démocratiques, toujours si envieuses; et surtout à nos ambitions à tout prix, qui les surexcitent sans
cesse contre tout pouvoir, sans nul souci du maintien de Tordre.3 Qu'importe enfin à ce pouvoir lui-même, qui, dès qu'il se croit sur de sa force, ne manque jamais, même à tout risque, d'en abuser?
Résignons-nous donc , au milieu de tant de jouissances que nous prodiguent les chefs-d'œuvre de notre civilisation, à n'en vivre qu'au jour le jour, puisque Dieu permet qu'en ce monde l'homme n'ait pas de plus grand ennemi que l'homme lui-même!
PARIS ES l8f><).
Voici, au prix de deux milliards et de seize ans de travaux , la capitale de la France devenue entièrement disproportionnée avec le corps dont elle est la tête. Superbe tête! mais sur un corps tellement mutilé de tout un côté, que ses plus mortels ennemis sont à six jours ou a six heures
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de marche d'elle. En sorte qu'il vaut dépensé tant d'argent à commencer par où* l'on aurait dû finir, on ne sait plus quand et comment on pourra finir par où l'on aurait dû commencer.
C'est un des résultats remarquables de la Révolution de 1789, qu'en faisant prévaloir les affaires sur la galanterie, elle a détrôné les femmes plus encore peut-être que les Rois, dans la société française ; ce qui a séparé et concentré dans*chacun des deux sexes les vanités naturelles et particulières à l'un et a l'autre : en sorte que, chez les hommes, celle de se croire tous capables de gouverner rend tout gouvernement presque impossible; et que, chez les femmes, la vanité de se surpasser entre elles par le luxe des atours a rendu la ruine de bien des familles presque inévitable.
Le remède, pour les hommes, à cet état de choses, peut se trouver, à force de malheurs, dans leurs intérêts enfin mieux compris. Mais quant aux femmes , et dans ce qu'on appelle le monde, de quelle autre vanité voudrait-on que
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amour-propre s 'occupât ?De politique? Elles s'y entendent peu. D'affaires d!intérêts? Moins encore. De littérature? Il en est à peu près de même, depuis que celle des journaux a éclipsé toutes les autres, et surtout la littérature d'agrément. La coquetterie , enfin, redeviendrait-elle, comme jadis, leur occupation favorite? Mais, outre que le remède serait pire que le mal , qu'il augmenterait peut-être; comme, d'autre ,part , les hommes ne s'y prêteraient guère, il y faudrait tant d'avances, que cette autre vanité changerait bientôt de nom.
Que faire donc contre cette vanité des toilettes, sinon, comme pour nos vanités politiques, d'en attendre le remède de l'excès des maux qu'elle doit produire?
Espérons qu'alors les femmes du monde présent, d'ailleurs et généralement bien plus instruites, plus pieuses, plus charitables, et meilleures femmes et mères que celles du monde passe , se révolteront enfin contre «e luxe d'atours ruineux et si scandaleux, qu'il n'est propre qu'à des femmes d'un tout autre monde; et qu'elles mettront leur gloire à se distinguer
de celles-ci extérieurement, comme elles en sont si distinguées intérieurement!