‹ Mélanges, par le général Cte de SégurChapitre 78 sur 133 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

BOURSAULT

Pourtant la censure est indispensable. Les Romains en avaient fait une magistrature. Sans la critique, sans les leçons qu'elle donne, saiton jusqu'où pourrait s'égarer le talent; et sans la crainte qu'elle inspire, ce que deviendraient les mœurs? Partout, et pour tout, il faut un contrôle.

BOILEAU

Et des contrôleurs! Mais c'est là que gît la difficulté. Mission dangereuse, et souvent bien ingrate, pour ne parler que des lettres et des mœurs; car on lit pour se distraire, rarement pour s'instruire; et la satire ne fait qu'ajouter la haine aux vices de ceux qu'elle attaque, en se faisant des ennemis sans rien corriger!

BOURSAULT

Des ennemis, qu'à leurs dépens vous force/ à rire

BOILEAU

Oui, mais en riant ils me montrent les

dents.

BOURSAULT

Eh! que vous importe?

BOILEAU

Hé, hé, c est selon. Sans compter que, parmi ces mécontents, il m arrive parfois' de me rencontrer moi-même.

BOURSAULT

Comment! vous repenti riez-vous de quelques jugements trop sévères?

BOILEAU

Mais oui J'avoue que quelquefois.... ce métier de médire....

BOURSAULT

Bon ! Qui est-ce qui ne médit pas en littérature! Qu'est-ce, je vous prie, qu'un auteur comique, un fabuliste, un historien même, sinon des auteurs satiriques? Voyez Tacite, le plus renommé de tous, et pourquoi? si ce n'est parce qu'il est le plus mordant.

BOILEAU

C'est me donner bien des complices !

BOURSAULT

Air:

Il est difficile d'écrire

Sans être plus ou moins mordant ;

L'éloge est même une satire!...

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