‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 11 sur 312 · PRÉFACE XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XVII

mesure qu'ils s'établiraient. De même, dans le recueil de pièces qui complétait le Liber censuum^ il avait distribué les documents de teneur analogue sur diirérents cahiers, dont les dernières feuilles laissées blanches devaient recevoir la copie des actes qu'on jugerait utile d'y ajouter. C'étaient ces additions successives qui expliquaient l'apparent désordre des manuscrits de la Vaticane et de la Hiccardienne, et cette découverte permettait du même coup de suivre à travers ces cahiers le développement des temporalités du Saint-Siège.

En même temps que Paul Fabre déterminait ainsi le mode de composition du recueil, il en indiquait les sources principales. Comme il le disait dans une noie où apparail la justesse de son sens historique : « le Liber censuum n'est pas la première compilation de ce genre faite à la cour de Rome. Dès le temps du pape (iélase I (492-496), TKglise Romaine avait son Polyptyque. // semble toutefois que In revendication des droits du Saint-Siège faite par (irégoire VII au Xh siècle ait multiplié les œuvres de ce genre : avec le cardinal Deusdedit les chartes et privilèges qui établissent le pouvoir temporel du Saint-Siège prennent place dans les collections de canons à côté des décrets de conciles et des lettres des papes qui établissent sa suprématie spirituelle: et on voit successivement paraître dans le cours du \ii*^ siècle le Liber Politicus du chanoine Benoît et la collection de canons du cardinal Albinus, (iesta pauperis scholaris Albini, dont les deux derniers livres sont entièrement consacrés aux possessions et revenus de l'Kglise Romaine. Ce sont là les prédécesseurs immédiats de Cencius : il leur a beaucoup emprunté ». De ces prédécesseurs le chanoine Benoît, contemporain de Grégoire VIL était celui dont la part contributive au recueil de Cencius restait la plus difficile à déterminer. Le dixième livre des Gesta du cardinal Albinus, qu'on reirouve presque tout entier dans le Liber censuum, s'annonce bien comme

XVlll PHÉFACE

contenant des extraits du Polyptyque composé par le prêtre Benoit, mais où finissent ces extraits? Quels sont les documents qu'ils nous ont conservés? Quel rôle a joué le chanoine Benoît dans la transmission des textes insérés par Albinus qu'on retrouve dans d'autres sources? Les manuscrits qu'on possédait du chanoine Benoît étaient si fragmentaires qu'il avait été jusqu'alors impossible de fixer ces différents points. Le problème paraissait donc insoluble, lorsque Paul Fabre découvrit à la bibliothèque de Cambrai un manuscrit un peu plus complet qui lui permit de l'élucider. A côté d'autres documents, tels que cette chanson de la mi-carême en grec si curieuse pour l'histoire de Rome au x® siècle, ce manuscrit contenait enfin quelquesunes des pièces insérées dans les Gesfa d' Albinus et, comme la disposition qu'elles avaient reçue dans la compilation de Benoît se retrouvait exactement dans celle d' Albinus, on pouvait en conclure que l'une dépendait de l'autre et que le Polyptyque de Benoît était bien le premier

embryon des Gesta Albini comme du Liber censuuni, II

devenait en même temps possible d'établir par quelle voie était entré, dans l'œuvre de Gencius, le précieux chapitre contenant le dépouillement des Archives pontificales au temps de Grégoire VII, qui se trouve aussi dans la collection de Deusdedit. G'est le chanoine Benoît qui l'en a extrait et qui l'a inséré dans son œuvre à côté d'autres documents qu'on est un peu étonné d'y rencontrer, tels que ïOrcIo Roman us ^ les Mirabilia Urbis^ la description géographique de l'Italie tirée d'Hugues de Fleury. Grâce à cette heureuse découveHe, Paul Fabre, qui avait aussi résolu le problème soulevé par l'insertion des Vies des papes dans les manuscrits du Liber censuum^ pouvait confirmer et compléter les conclusions du mémoire qu'Enrico Stevenson avait consacré à la collection de Deusdedit au lendemain de l'article des Mélanges, et dès lors tous les éléments nécessaires à la critique des sources du Liber

PRÉPACE XIX

censuum se trouvaient réunis. Cependant il ne s'en servit pas immédiatement : avant d'en tirer un des chapitres les plus intéressants de son Eiucle sur le Liber censuum^ il voulut mettre à la disposition du public IVcuvre même qu'il se proposait d^étudier et, dès 1889, il publia le premier fascicule de son édition du Liber censuum de V Eglise Romaine.

Dans le commentaire qui accompagnait la liste des cens parue en partie dans ce premier fascicule, il fallait avanttout (lonnerdes indications précises sur les établissements des différents pays dont les noms y figuraient etdes éclaircissements sur les monnaies dans lesquelles ces cens étaient acquittés. Pour remplir cette tache Paul Fabre ne se contenta pas des ouvrages imprimés. Avec une sagacité dont témoignent ses \ofessur les Archives du clvUenu Saint-Ange, il entreprit dos recherches dans les Archives pontilicales. Les comptes ({u'il recueillit sur La perception du cens apostolique dans I Italie centrale en i'!29i et sur La perception du cens apostolique en France en i''29i'J^2{Ki, la table de concordance entre les monnaies anciennes et nouvelles à Tusage de la Chambre apostolique, dressée par Jean de Cabrespine, nonce d'Innocent VI en Hongrie et en Pologne, d'autres (li»cuments encore lui fournirent les matériaux dont il avait besoin, et les notes qu'il en tira apportent une contribution de tout premier ordre à la numismatique et à la statistique ecclésiastique du moyen âge. A notre avis cependant, ce (pii fait le vériUible prix de ce commentaire doit être cherché ailleurs. La première année do son séjour à Rome, Paul Fabre avait publié une Etude sur le Patrimoine de r Eglise dans les Alpes (lot tiennes^ où se trouve résolue une controverse entre Wiritz et ^L Mommsen sur les sources

Page 1