‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 12 sur 312 · XX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XX PRÉFACE

de Paul Diacre. A celte occasion, les catalogues des provinces romaines de Tépoque classique , les documents médiévaux sur la géographie de TOccident lui étaient devenus familière, et l'intérêt qu'offrait Tétude de ces monuments l'avait frappé. Ainsi préparé, il sut analyser, comme il méritait de l'être, le Provincial ou liste des diocèses qui avait servi de cadre à Cencius pour l'insertion des cens. Il le rapprocha de celui dont s'était servi le cardinal Albinus, en distingua les divers éléments et en suivit les remaniements à travers les différents manuscrits du Liber censuum. Les résultats qu'il obtint sont considérables : ce qui se dégage de ces observations, aussi patientes qu'ingénieuses, sur les vicissitudes des provinces ecclésiastiques, sur les groupements successifs de certains évêchés, sur le rattachement à Rome de certains sièges, c'est un véritable tableau de l'action du Saint-Siège, au xi^ et au xii^ siècle, comme dispensateur de la juridiction ecclésiastique et régulateur du ministère pastoral. Pour l'Italie méridionale alors disputée entre les Normands, les Lombards et les Byzantins, pour Tltalie du Nord où se survivent les vieilles prétentions de Milan et de Uavenne, où apparaissent les xûvalités de Gênes et de Pise, pour la côte orientale de TAdriatique où les Slaves cherchent à s'organiser, pour la Pologne et pour la Hongrie, ces notes concises, lumineuses, contiennent de véritables pages d'histoire dont Mgr Duchesne a pieusement voulu se faire le continuateur. Les relations de rÉglise et de TElat y sont envisagées d'un point de vue trop souvent négligé, le rôle du Saint-Siège dans la formation de TEurope s'y affirme en traits saisissants, et Ton est étonné que le labeur de ce magistral commentaire n'ait pas détourné l'auteur de ce qu'il considérait comme l'objet propre de son œuvre scientifique.

PBÉFACK XXI

Au jugement de Paul Fabre, en effet, si Tœuvre de Cencîus méritiiit « d'être étudiée dans ses caractères extérieurs », il était encore plus important « de se rendre compte de la vraie portée du livre ». Le contraste est frappant entre ce que devait être dans le Polyptyque de (iélase Fétat des revenus pontificaux et cette liste de cens que le camérier a enregistrés côte à côte comme des « faits de même ordre sous une commune rubrique ». De ces cens, la plupart d'une valeur insignifiante, les uns sont acquittés par des monastères, les autres par des rois, par des villes, par de simples seigneurs. Que représentent-ils donc ? Quels sont les droits qu'ils servent à reconnaître, les conventions dont ils perpétuent le souvenir? Le titre juridique qui prend cette teneur a-t-il toujours eu la même «' cause » au sens technique du mot? N' a-t-il pas subi certaines transformations ? Sous quelles influences se sont-elles opérées et quels en ont été les résultats? Pour se poser ces questions il fallait être doué du sens historique le plus ferme; pour les résoudre il était besoin du travail d'érudition le plus délicat. Ce n'était pas assez de retrouver dans les collections de textes des diff'érenls pays les actes instituant les cens qui figuraient sur la liste du camérier Cencius, il fallait discuter l'authenticité de ces actes, analyser leurs dispositions, critiquer leur véritable portée et, pour cela, « les rapprocher les uns des autres », « les éclairer les uns par les autres ». Toutes ces opérations difficiles, minutieuses, furent entreprises et menées à bien avec une admirable méthode. Que tous les résultats qu'elles ont donnés soient définitifs, qu'il soit impossible de les réviser en ce qui concerne l'authenticité ou l'interprétation de certains actes, Paul Fabre ne le croyait pas ; mais, de toute

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