‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 111 sur 312 · Dom Calmet, o. c · texte numérisé non relu

Dom Calmet, o. c

4. Frothaire, lettre citée. « Dcnique illud vestrœ palernitati non sileo, quod qucdam vcstri jiiris basilica; in providentia nostra consistunt, quœ nec mansorum subjectionc fulciuntur nec sacerdotum prœscntia custodiuntur. » Sur la nécessité d'attacher des manses aux églises rurales, cf. Imbart de la Tour, Les Églises rurales sous les Mérovingiens et les Carolingiens.

5. Frothaire. Episiolœ, l. c, p. 281. Cette lettre est adressée epwco/)o Mettensiy mais sans nom propre. Pourtant il n'est pas douteux que ce prélat

Drogon, lorsque tous deux se rencontreront à l*ost ; car le ban de guerre pour THespérie (l'Espagne) vient d'être proclamé. « Vos paroles résonnent si doucement sur vos lèvres qu'elles sont à la fois une boisson salutaire et un aliment vivifiant * pour les entrailles de celui qui l'écoute. » Cette phraséologie tout onctueuse dissimule mal des différends assez profonds.

Dans 1 evéché de Liège, l'église de Metz possédait aussi une abbaye : celle de Saint-Trond. Le terrain avait été donné autrefois à saint Clou, évéque de Metz par un jeune homme, originaire de la Hasbaye et nommé Trudo ou Trond, qui était venu se former aux écoles de cette ville. Trond avait ensuite fondé sur ce bien un monastère ^ qui a longtemps dépendu de Metz. Les prélats messins instituaient l'abbé choisi au nombre des moines, ou bien gardaient eux-mêmes le titre abbatial. C*est à ce dernier parti que s'arrêta Drogon. Le 20 juillet 837, le comte Robert, par un acte daté du monastère de Zuckingen, donna à la basilique de Saint-Trond « à laquelle préside l'archevêque Drogon » ses propriétés d'Assent et vingt-quatre esclaves des deux sexes 3. Drogon n'a pas seulement augmenté les revenus de cette abbaye : il lui a donné de nombreux joyaux et y a introduit la réforme *.

Au diocèse de Strasbourg, deux abbayes relevaient de Drogon : celles de Marmoutier et de Neuwiller. Toutes deux étaient situées à peu de distance de Saverne, dans une contrée ravissante. Un biographe écrit : a Le pays est fécond par ses champs, riche par ses vignes, planté d'arbres, arrosé de sources abondantes, ombragé par les forêts avec des prairies parsemées de fleurs ^. » Marmou-

de Metz ne soit Drogon. L'expédition d'Espagne dont il est question est vraisemblablement celle de 828. Cf. notre étude sur Frothaire dans les Annales de VEst, t. IV (1890), p. 309, note.

1. Summe juconditatis in labiis tuis resonabit suavilas, quibus et salatare audientis visceribus poculum et vitale tribuatur alimentum.

2. Vita, sancti Trudonîs (viii* siècle) dans Mabillon, Acla sanctorum ordinis sancti Benedicti seculi III, p. 1022.

3. Miraeus, I, 499. Cariulaire de V abbaye de Saint-Trond dans les chroniques belges, n^' II. La charte est reproduite dans les Gesta abbatum Trudonensium, Pertz, Scriptores, X, 373.

4. Iste Drogo... per suam industriam ipsum monasterium monasticis disciplinis devotius inornavit, et pretiosis clenodiis et redditibus largioribus cumulavit. Gesta abbatum Trudonensium. l. c. Cf. p. 372 in fine,

5. Vita sancti Adelphi. Bollandistes, août, t. VI, p. 509, éd. de Venise. Pertz, Scriptores, XV, 294.

l'archevêque de METZ DROGON 135

lier avait d'abord été nommé la cella Leobardi du nom de son fondateur, et elle s'appela ensuite Mauri-monasterium, parce que Maur fut le nom d un de ses abbés ^ L'abbaye étant tombée en décadence, Drogon fut chargé de la réparer ^ : il rebâtit Téglise et y transporta les reliques de deux de ses prédécesseurs, Céleste et Auctor. On célèbre cette translation le 7 mai ^. Drogon ne prit sans doute pas le titre d'abbé de Marmoutier ; mais Tabbaye dépendit de lui au temporel et il disposa de son vaste domaine qu on appelait la marche d'Aquilée.

Le monastère de Neuwiller avait été créé par un évéque de Metz Sigebaud fu vni* siècle^ placé sous le vocable de Saint-Pierre et soumis au temporel de Metz ^. Un chorévéque Lantfried^, qui exerçait son ministère en cette région, déplorait qu'elle ne possédât aucune pieuse relique et il suppliait Drogon de lui permettre d y transférer le corps de son prédécesseur, Adelphe, comme on avait emmené à Marmoutier d'autres reliques vénérables. L'archevêque y consentit : n'était-ce pas là un moyen d'asseoir plus solidement son autorité sur cette maison? En même temps qu'Adelphe, les prélats messins se fixaient en cette belle région. Pour la forme seulement, Drogon ordonna un jeûne de trois jours, afin que le ciel manifestât sa volonté. La translation eut

lieu en l'année 846, sous le règne de Lothaire ^, et naturellement

1. Grandidier, Alsatia sacra, éd. Ingold. Nouvelles œuvres inédites, III, p. 203.

2. On prétend à tort que la belle église romane qu'on admire encore à Marmoutier remonte à Drogon. Cf. abbé Sigrist, Histoire de Vabbaye de Marmoutier, dans la Revue catholique d'Alsace, 1882.

3. Sur CCS deux prélats, voir Bollandistes, août, II, p. 536 et octobre, VI, 480. La date de la translation, Histoire de Metz, I, 432. On raconte qu'on avait voulu mettre en tète du cortège les reliques de saint Auctor; mais on ne put les soulever, avant qu'on eût placé saint Céleste le premier. Gesta episcoporum Mettensium (xii* siècle) dans Pertz, Scriptores, X, 535. Chronicon sancti démentis, Scriptores, XXIV, 493.

4. Locus ille bonis sancti Stephani inscribitur. Vita Adelphi, l. c. Cf. Dag. Fischer, Abteiund Stadt Neuweiler. Saverne, 1876; Walter, Les régestes de Vabbaye de Seuwiller dans le Bulletin de la Société des monuments historiques d* Alsace, 1897.

5. Lantfried est mentionné une fois en qualité de chorévéque, une autre fois en qualité d'évêque dans deux chartes des Traditiones Wizenburgenses, éd. Zeuss, p. 191 et 258.

6. La Translatio donne la date de 846 et le règne de Louis le Pieux. Mais nous supposons qu'un copiste aura mal interprété l'initiale L. de Lothaire.

le cortè^^e fut marqué par les miracles ordinaires : démons chasses, aveugles recouvrant la vue, sourds entendant, ennemis mortels se sentant émus et se réconciliant. L'un de ces miracles pourtant contient une image fort poétique. Lorsqu'on passa le défilé des Vosges, les sapins s'inclinèrent vers la châsse, comme pour la saluer ^

Au diocèse de Besançon, enfin, Drogon se fit conférer par son neveu l'empereur Lothaire la grande abbaye de Luxeuil, la création de saint Colomban. Cette abbaye était l'une des plus riches, peut-être la plus riche du royaume central ; et l'évêque de Metz, qui devint ici abbé en titre, en augmenta encore la prospérité. Grâce à sa bonne administration, le nombre de ses manses s'éleva au chiffre énorme de quinze mille *. L'abbaye de Luxeuil resta, comme par le passé, un foyer de vie littéraire, et un religieux du nom d'Angelome obtint, par ses écrits, une certaine réputation. A la demande de nombreux moines et de plusieurs personnes de mérite, il entreprit d'écrire un commentaire sur le livre des Rois, puisque personne n'avait encore, en son pays, mené à bonne fin une pareille tâche ^. Il avait abordé déjà son sujet, lorsque Drogon eut connaissance de son dessein. L'abbé « le plus noble et le plus saint des hommes ^ » lui donna Tordre de continuer l'œuvre ; et voilà pourquoi Angelome eut le courage d'aller jusqu'au bout, poussé par les ordres et soutenu par les encouragements du pontife, qui était le propre fils de Charlemagne '^. Nous devons ainsi à notre prélat une œuvre assez singulière où l'on essaie de rechercher le sens caché sous les phrases du livre des Rois, où l'on nous explique par des allégories

VUa et translalio Adelphi, L c. Cf. Pertz, Scriptores^ XV, 294. A ce moment, Ratramme était abbé du monastère. Peut-être est-ce Fauteur du fameux traité sur rEucharistie.

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