‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 120 sur 312 · Ansegiso. Capit. III, c · texte numérisé non relu

Ansegiso. Capit. III, c

2. Cap. de Villis : a. 36 « u))i locus fiierit ad stirpandum, stirpare

faciant » (Boretius, t. I, p. 86). — (^ap. Aquis(/r'anense (801-813) « Planlent vineas, faciant pomaria et ubicumque inveniunt utiles homines, detur illis silva ad stirpandum » (p. 172).

3. Capilularia missoruni (802) a. 11. « De illis Sazonibus qui beneGcia nostra in Francia habent. >* Id., p. 100.

LES COLONIES AGRICOLES A l'ÉPOQL'ë CAROUNGIENNE 147

fugitifs et cette émigration se poursuit sous son successeur. Ainsi de toutes parts se fait la conquête du sol. Le concile de Chalon en 811, le capitulaire de 818 signalent la création des villae nouvelles. Nous avons montré ailleurs le nombre croissant des paroisses; comme en d'autres pays et en d'autres temps, fexpansion économique est parallèle à Texpansion militaire. Jusqu'aux guerres civiles de Louis le Pieux, le progrès de la culture est un fait général et continu.

Cette mise en valeur des terres incultes se fait sous deux formes. Ici le propriétaire, roi, église, seigneur, défriche telle ou telle partie de son domaine. Il convertit en manses les portions communes ou inoccupées, abat sa forêt, laboure ses pâturages. Il créé ainsi sur sa terre une communauté nouvelle de tenanciers, hôtes, serfs, colons ; ou y appelle à titre de complanteurs les petits propriétaires libres du vicus. Mais il demeure toujours maître de son bien. Il en jouit et il en dispose : la transformation de sa terre n'est qu'un accroissement de son capital. — Là, c^est le roi qui cède à des hommes libres ou à un couvent des terres désertes et abandonnées. Il y a prise de possession par celui qui cultive et cette occupation du sol crée un droite un titre spécial à l'occupant (adprisio) ^ Nous voudrions étudier la nature de ces concessions, fort nombreuses au ix® siècle. M. Waitz les a signalées, M. Brunner en a montré en quelques mots le caractère. En France, elles ont fait l'objet d'une étude plus étendue de M. E. Cauvet. Nous croyons cependant qu'ils n'ont pas tout dit et qu'en analysant à nouveau les documents, nous pouvons y découvrir quelques faits, quelques usages intéressants pour l'histoire sociale et politique des Carolingiens.

C'est surtout dans le midi de la France, dans le Vivarais, la Septimanie, la marche d'Espagne que nous rencontrons ce mode

1. Bien entendu, IWprûio n'exclut pas la donation pure et simple de terres désertes par le roi ou même leur concession en bénéfice. Nous pouvons conclure du praeceplum de 815 qu'une partie du domaine désert a été ainsi attribuée aux comtes et aux vassi dominici. Nous n^étudions ici que le mode de concession connu sous le nom d'adprisio.

d'occupation du sol. Pendant près d'un demi-siècle, ces régions avaient été dévastées. Les invasions arabes, les expéditions franques de Charles Martel et de Pépin avaient changé les campagnes en désert ^. Lorsque Louis le Pieux organise la marche d^Espagne en 798, il la trouve dépeuplée : les villes même manquent d'habitants^ et les comtes franks achèvent de ruiner le territoire. Sur une foule de points, l'organisation régulière de la villa avait disparu. Une des premières mesures des Carolingiens devait être d'appeler des habitants et de rétablir la culture dans ces pays. Les terres abandonnées étaient devenues la propriété du fisc. Une partie de ce domaine improductif fut donné à rÉglise. C'est dans ces « déserts » que furent construits, sous Charlemagne et Louis le Pieux, la plupart des grands monastères carolingiens : Cruas, en Vivarais, Aniane, Cannes, la Grasse, Arles sur Tech, Montolieu, Saint-Poly carpe, Saint-Thibéry, Saint- Hilaire, Psalmodi, en Septimanie, Conques dans le Rouergue, les premières abbayes de la marca hispanica. A l'origine, nous trouvons une adprisio. Le plus souvent, ce sont les religieux qui obtiennent du roi les terres inoccupées du fisc. Ils y élèvent une église, des bâtiments, un four, un moidin, plantent des vignes, créent des champs et des prés ^. La colonie monastique est constituée. Parfois, comme à Cruas et à Gellone, c'est le comte qui prend Ijinitiative de la fondation ; détenteur des terres du fisc, il y appelle les moines et les établit dans le pays '. Dans le diocèse d'Urgel, nous voyons un monastère fondé par un évêque : celui-ci a défriché une villa y construit une église qui

1. Les Franks... « regionem Gothicam depopulantur ». Conl. de Frédéghaire H. F., t. II, p. 457. — Sur le dépeuplement de la Septimanie par les Arabes ; cf. Chr. de Moissac, H. F., t. il, p. 654. — Ghr. d'Adon, id., ibid.y p. 671. — Après la conquête franque, tous les Arabes à leur tour sont expulsés. Ann.MetenseSy H. F., t. V, p. 335.

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