‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 138 sur 312 · Aurait-ce été par Placidus Braun? Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

Aurait-ce été par Placidus Braun? Cf. plus haut, p

traces de colle et les empreintes de Técriture ne se trouvent en cette partie que sur une surface peu étendue. A s en tenir là, les attestations du notaire David Schwarz de Tan 1630, et de Téditeur des Mon, Boica de Tan 1814, seraient absolument conformes à la vérité : à un seul point de vue, ce dernier s'est trompé, ou — je crains presque que ce ne soit le cas — a trompé ses lecteurs : les chartes ne datent pas du xn® siècle, elles émanent d une main plus récente. D'ailleurs, celui qui les a écrites n'a pas même essayé d'imiter le type de l'écriture du xu® siècle ; c'est à la fin du XVI* siècle, au plus tôt, qu'on pourrait faire remonter Técriture dont il s'est servi ; cependant, si Ton admet qu'il s'est efforcé d'éveiller rimpression d'une certaine antiquité, elle peut très bien aussi appartenir au commencement du xvn* siècle.

Dès lors, la question tout entière s'éclaire d'un nouveau jour. La tradition littérale de nos chartes ne remonte pas au moyen âge, et nos soupçons ne peuvent être qu'immédiatement avivés par cette circonstance, qu'en 1630 on a mis sous les yeux du notaire vidimateur seulement les documents incorporés au manuscrit d'Origène, et non les originaux ou des copies anciennes d'où ils auraient été transcrits. Dira-t-on que ces originaux ou copies ont disparu complètement et sans laisser de trace dans le temps relativement court qui a pu s'écouler entre l'incorporation au manuscrit et l'année 1630? Ou n'a-t-on incorporé les chartes au manuscrit que pour les faire vidimer et se créer ainsi un titre légal, dont il devait être fait usage devant la Chambre de justice dont David Schwarz était le notaire ?

Les motifs ne manquèrent pas pour une pareille falsification. Le couvent avait vu dans le xvi* siècle des temps bien durs ; le mouvement de la Réforme avait battu ses murs et par moment menacé la vie monastique des plus graves dangers. Lorsque ces nuages furent dissipés après l'issue, fâcheuse pour le protestantisme, de la ligue de Smalkalden, l'immédiateté fut contestée au couvent *. Depuis l'an 1577, un procès était pendant devant la Chambre de justice de l'Empire intenté par l'évêque d'Augsbourg au couvent et au fiscal de l'Empire qui le protégeait. L'évêque

I. Pour ce qui suit voir Moser, Staatêrecht des fûrslL Hochêti/fts Augg-^ purg, p. 35 et sa. ; le même, Teulsches Siaûtsrechl, t. XXXVII, p. 57 et ss.

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prétendait que le couvent était soumis à sa juridiction et contestait qu'il appartint immédiatement à TEmpire. Dans les premières conclusions déposées par le couvent, Tabbé n'avait pas pu produire, en faveur de son immédiateté, de titres légaux plus anciens que des chartes, de Tempereur Louis de Bavière et de l'empereur Sigismond, dont l'interprétation était douteuse et contestée par la partie adverse ^ Quelle heureuse fortune de voir apparaître ces diplômes de Henri II et de Conrad II, qui reconnaissaient à l'abbaye, dans des termes excluant toute ambigiiité, « la jouis- « sance de toutes les franchises dont étaient gratifiées les autres « abbayes impériales de l'Empire ! » Mais quelle imprévoyance aussi de laisser ces précieux documents, à peine les copies en avaient-elles été incorporées au vieux manuscrit d'Origène, se perdre pour ne jamais se retrouver !

Ou bien peut-être ces chartes n'ont-elles jamais existé, et les copies du manuscrit d'Origène en sont-elles en même temps les originaux? A-t-on voulu, à l'aide de deux diplômes pour Niedermiinster et Saint-Emmeran de Ratisbonne, deux établissements dont l'immédiateté était incontestée, assurer à son propre couvent la même situation?

Il a été plus facile sous divers rapports aux falsificateurs de documents des époques récentes qu'à ceux du moyen âge d'exercer leur dangereuse industrie. Ceux-ci, lorsqu'ils cherchaient des modèles poiu* leurs impostures, n'avaient à leur disposition, en fait de documents, que le trésor souvent peu fourni de leurs propres archives, et par suite ils étaient plus d'une fois contraints de choisir dans une époque plus ancienne ou plus récente leurs modèles et ne pouvaient dès lors éviter des anachronisme»

i. Ce fait est déjà mis en lumière par les extraits que Moser. SlaaUrecht des Hochst. Augspurg, loc. cit., a donnés de ces conclusions. Il m'est de plus confirmé par une obligeante communication des Archives Royales de Munich. Dès Tan 1557, Tabbé Jacob avait fait établir par le chancelier Georges Widenmann une copie de tous les documents par lesquels il entendait prouver que son couvent dépendait immédiatement de TEmpire. Ces pièces qui remplissent un cahier in-folio de 99 pages, furent transmises à ï'évêque d'Augsbourg avec de courtes conclusions de Tabbé et se trouvent présentement aux Archives de Munich. Le fait que les chartes de 1025 et 1029 n'y sont pas mentionnées, suffirait presque à lui seul pour prouver qu*en 1557 on ne savait encore rien de ces chartes au couvent.

qui rendent facile a la critique moderne la découverte de la fraude. Au contraire les faussaires des derniers siècles ont eu à leur disposition dans les ouvrages imprimés des sources abondantes. Ils n^avaient qu'à choisir suivant leurs besoins parmi les actes émanés des empereurs et des papes du nom desquels ils voulaient se servir pour leurs faux. Un autre danger les menaçait, dont à la vérité ils n'ont pas eu conscience et auquel il est rare qu'ils, aient complètement échappé. Lorsque Timaginatif bourgmestre de Cremmen, Grûwel, le distingué archiviste de Strasbourg, Grandidier, dont nous avons eu récemment à nous occuper, falsifiaient des chartes impériales, celui-là pour créer à une famille amie un titre de noblesse, celui-ci pour obéir à sa malheureuse vanité de savant, il est arrivé à lun comme à l'autre de transporter dans les documents par eux fabriqués les fautes d'impression ou de lecture des diplômes imprimés qu'ils avaient sous les yeux et qu'ils utilisaient comme modèles, assurant ainsi la démonstration de la faute par eux commise. Cette même fatalité nous permettrait-elle de confirmer notre soupçon au sujet.de la falsification d'Augsbourg? Des deux documents authentiques que nous avons comparés plus haut avec notre faux diplôme de Henri II, le diplôme pour Niedermûnster est imprimé dans la première édition de Hind, Metropolis Salisburgensisy p. 2Sl, qui a paru en 1582. Quant au diplôme pour Saint- Emmeran, on n'en trouve dans le même ouvrage, p. 229, qu'une citation, et il n'a été imprimé en entier pour la première fois, que dans la nouvelle édition de la Metropolis Salisburgensis donnée par Gewold à Munich, t. II, p. 374, en 1620; dans cette édition, le diplôme pour Niedcrmiinster est aussi réédité ^ Comme le faux dont nous nous occupons existait déjà en 1 630, c'est seulement cette édition de Munich de la Metropolis (dont la troisième édition de Ratisbonne ne parut qu^cn 1719), qui peut être la source de notre faux et c'est avec elle qu'il y a lieu de le comparer. Les divergences les plus importantes dont nous ayons à tenir compte, entre l'édition Hund-Gewold et le texte original des deux diplômes pour Niedermûnster et Saint- Emmeran sont les suivantes :

l. T. II, p. 590.

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