XXIV PREFACE
que trouvent les monastères à être dans la propriété du Saint-Siège. Sous Urbain II apparaît une nouvelle formule qui résume ces avantages par le mot de lihertas ou franchise, et cette innovation, introduite au moment où la crise des investitures développe la pratique de l'exemption spirituelle, prépare au cens apostolique une nouvelle fortune.
Comme en témoignent les privilèges de Bobbio, de Fulda et de Saint-Martin de Tours, raffranchissement de Tautorité de l'ordinaire, l'exemption spirituelle, dont le Liber Diurnus insère déjà la formule, pouvait être accordée aux établissements monastiques; elle Tavait été à des monastères censiers, tantôt au moment même où ils étaient offerts au Saint-Siège, tantôt, comme pour Cluny, fort longtemps après leur fondation, u Dans la grande lutte entreprise pour rappeler l'Eglise à elle-même, c'est parmi les moines que le Saint-Siège trouva ses principaux auxiliaires, tandis qu'il rencontrait trop souvent les évêques parmi ses ennemis les plus acharnés. Il fallait dès lors prévoir le cas où les forces vives de la réforme se trouveraient canoniquement captives des adversaires de ce grand mouvement, et le pape ne pouvait permettre que ceux qui travaillaient avec lui à l'œuvre de rénovation pussent se trouver dans la dépendance de prélats simoniaques et d'évêques excommuniés ». L'exemption, d'abord expressément subordonnée à la condition de l'irrégularité de l'ordinaire, lit chaque jour des progrès ; par suite des schismes provoqués par les empereurs, la nécessité s'en multiplia pour les monastères censiers du Saint-Siège, que leur qualité même désignait aux entreprises les plus violentes; peu à peu « la coutume » lit son œuvre; la superposition des deux franchises fut oubliée et l'interprétation à donner au cens se modifia à mesure que s'effaçait le souvenir des périls que devait prévenir la franchise temporelle. Vainement au xii^ siècle les papes cherchèrent-ils, sur !e conseil de saint Bernard, à eprayer toute extension abusive et à distinguer entre les privilèges dont