‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 15 sur 312 · PRÉFACE XXV · texte numérisé non relu

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le cens était le signe dans chaque cas particulier : la confusion entretenue par les intéressés devint bientôt inextricable, Tesprit d'intrigue des censiers triompha de la bonne volonté des papes. Malgré cette curieuse évolution, le sens primitif de l'institution n'était pas encore effacé à Tépoque du camérier C]encius ; l'idée de propriété restait attachée aux cens dus par les établissements ecclésiastiques comme à ceux que payaient les laïcs.

L'analyse à laquelle Paul Fabre soumet ces derniers n'est pas moins instructive. Ici encore, quelques-uns des censiers du Saint-Siège sont simplement des titulaires de concessions emphytéotiques. Mais, déjà sous Silvestre II, on voit aussi le cens s'adapter à un contrat nouveau, relevant du droit public plus que du droit privé. Lorsque le premier pape français entreprit de substituer dans l'Etat pontifical la pratique de l'inféodation à celle de Temphytéose, « on voit dans l'acte même où apparaît cette innovation, que les vieilles habitudes romaines survivaient k cette importation étrangère » : parmi les obligations du nouveau vassal M le cens récognitif du domaine subsistait à côté du service féodal w. Cela ne devait pas être sans conséquences. Quelques années auparavant, sous le pape Jean XV, ainsi que Paul Fabre le montrera dans «on Etude sur In Pologne et le Saint-Siège du X^ nu XIIl^ siècle, le premier prince chrétien de la Pologne avait fait présent de son État à saint Pierre par une résolution qui est « à la fois un acte de suprême déférence envers l'Apôtre et un acte de légitime sauvegarde ». Un peu plus tard, sous Alexandre II, le comte d'Urgel offrit à saint Pierre deux châteaux « sous un cens de quatre onces d'or », A une époque où les Normands et leurs émules arrachaient aux Infidèles leurs conquêtes de Sicile et d'Espagne, où dans le monde slave et Scandinave, « les Etals naissants et les dynasties nouvelles » se multipliaient, la pratique de ces offrandes à saint Pierre devait se développer. L'influence qu'elle exerça fut grande

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et se ressentit de la forme censière qu'avait prise à Rome rinféodalion. On le vit en ce qui concernait le denier de saint Pierre. Chaque année une redevance devait être envoyée à Rome par TAngleterre. Cette redevance représentait-elle la dotation de la Schola Saœonum de Rome, ou n'avait-elle été établie que plus tard par une libéralité du roi Ethelwulf? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Alexandre II prit grand soin de la réclamer après la conquête des Normands. Grégoire VII pria de même Guillaume le Conquérant de veiller à ce qu'elle fût recouvrée, et quelques années après il lui fit demander par un légat d'y joindre le serment de fidélité qu'elle semblait devoir comporter. Guillaume refusa de prêter un hommage, auquel, disait-il, il ne s'était pas engagé. Mais, si la prétention du pape échoua, si vers le même temps la revendication qu'il fit en France du denier de saint Pierre n'eut pas plus de succès, ces épisodes montrent l'intérêt qui s'attache à suivre la notion du cens apostolique à travers les vicissitudes de son histoire ; « elle nous en dit très long sur les sentiments, les idées et les besoins des générations qui se sont succédé durant les quatre siècles au cours desquels elle s'est élaborée ».

Peu de temps après avoir composé cette belle Étude sur le Liher censuum de VEglise Romaine^ Paul Fabre vit se réaliser par son mariage avec Mademoiselle A. Fustel de Coulanges un de ses vœux les plus chers. On sait combien son bonheur dura peu. L'incurable douleur que lui causa la mort de sa femme et les soins que nécessitait l'ébranlement de sa santé interrompirent pour un temps son fécond labeur. Il eut cependant l'énergie, au lendemain même du coup qui venait de le frapper et au moment où il allait

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demander à Rome un peu de repos, de remplir l'engagement qu'il avait pris de faire connaître la Bibliothèque Valicane dans Tauivre collective intitulée Le Vatican^ les papes et In civilisation. Dans les chapitres où il résumait les belles recherches que venaient d'achever J.-B. de Uossi, Carini, le P. Ehrlé et celles qu'il avait faites lui-même, en collaboration avec M. Miintz, il montra comment la Bibliothèque Apostolique avait été au cours des siècles « un des organes essentiels de Taction du Saint-Siège », quels services elle avait rendus à la fixation du dogme dans les premiers conciles, «à la propagation du culte chrétien chez les barbares, à la renaissance de Tantiquilé classique, à la défense de TKglise contre la Réforme. Il le fit avec ce souci du détail précis dont il savait si bien animer ses vues générales. « Ily mit aussi, comme Ta ditM. Goyau, Tineffaçable fraîcheur de ses émotions de savant et parla de la Bibliothèque Vaticane avec le langage dont on commémore les endroits amis. » Ce touchant sentiment se dissimule sous la rigueur énidite dans l'article sur La Bibliothèque de Sixte /V, qui ajoute une page définitive àThistoire de ce grand dépôt; il y perce cependant encore dans le soin qu'il met à décrire Tasile réservé par le pape à sa « libreria », et, en voyant la piété qifil apporte à cette reconstitution, on songe aux ardentes causeries où il évoquait dans quelques-uns de ses monuments cette Rome des papes devenue la consolatrice de sa douleur après avoir été l'initiatrice de son œuvre scientifique. Peu à peu, sous l'influence bienfaisante de ce nouveau séjour au Palais Farnèse, aux côtés de Mgr Duchesne, les forces lui revinrent. En 1897, il put rentrer en France et accepter de rafiTectueuse bienveillance de MM. Perrot et Monod la suppléance de la maîtrise de conférences pour rhistoire du moyen âge à l'Ecole Normale. Ce que fut Paul Fabre dans cette chaire, tous ceux qui l'ont alors connu n'ont pas besoin du témoignage de ses auditeurs pour se le représenter. Quand on lit ses livres, on est frappé de l'accent

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nouveau qu'y prennent les qualités de style de son maître, Fustel de Coulanges. Chez lui la netteté du contour, la propriété toute étymologique des termes, la sobriété expressive apparaissent avec moins de force sans doute, mais nuancées de ce naturel, de cette grâce délicate, de cette vie pénétrante et douce qu'on retrouvait dans son regard et dans toute sa personne. Ces dons se révélaient encore mieux dans l'excitation de l'enseignement oral ; ils avaient déjà frappé les étudiants qu'il avait eus pour auditeurs à la Faculté de Douai et de Lille, à l'Ecole Normale ils apparurent avec un nouvel éclat. Le cours qu'il consacra à l'histoire de France de Clovis à Louis le Pieux se fit remarquer par la façon dont il sut dégager les questions essentielles pour la connais-, sance de cette période. Mais l'originalité de son enseignement s'affirma surtout par les quelques leçons* qu'il fit, dès la première année, sur le développement du pouvoir pontifical et par le cours qu'il donnait sur le même sujet quand la mort le frappa. Dans ce domaine de l'histoire, le trésor de connaissances, d'observations, de réflexions que Paul Fabre avait acquis par lui-même s'était encore enrichi par sa familiarité avec l'auteur de VEtude sur le Liber Pontificalis et des Autonomies ecclésiastiques. L'histoire de la société ecclésiastique lui apparaissait sans effort et par le mouvement naturel de sa pensée, dans Tenchaînement des multiples causes qui avaient agi sur elle, dans les vicissitudes qu'avaient subies ses institutions, dans les rapports qui l'unissaient aux transformations politiques et sociales du milieu où elle subsistait. Au témoignage de ceux qui ont recueilli ses leçons sur la querelle des Investitures, c'était avec une admirable souplesse qu'il savait faire succéder à un pathétique portrait de Grégoire VII une analyse serrée de la théorie du cardinal Humbert sur l'investiture, restituera la scène de Canossa son véritable caractère et exposer les controverses suscitées par leslettres àHermann de Metz, marquer la place des conciles de Clermont et de ïroyes dans l'histoire

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