Au printemps de Tannée
3. Sur le dernier feuillet du ms. (139 a), parmi des nombreux griffonnages des eX'libriê effacés, etc., on peut lire encore cette note : lien rie* Francisci
Aurelian. vendidit h Henricus Vlid' deceretomagoemit. Les deux lettres
initiales de ce nom ceretomago ont été effacées. Je reste donc incertain sur la lecture du mot. Toutefois il n'y a pas moyen de penser à Rotomago, La note a été écrite évidemment au xiv« siècle. Bien peu de temps après, le ms. entrait dans la librairie de Tabbaye de Saint-Victor à Paris, dont on voit les armoiries sur le feuillet 2 b avec la double inscription en rouge du XV* siècle, qu'on trouve dans tous les mss. victorins : Ihs. M*. S, Victor. S.Augustinus, Cf. aussi f. 2 a. 139 a.
4. Dans les feuillets arrachés au ms. parisien (voy. la note suiv.) on lisait autrefois non seulement des extraits des Odes d'Horace, dont le bas moyen âge a presque ignoré Texistence, mais aussi, fait bien plus remarquable, des Elégies de Properce, dont le recueil a été jusqu'à la fin du
d'hui, dans Tétai le plus piteux ; car trois au moins parmi les cahiers qui le formaient, ont disparu à une époque fort reculée du reste, en emportant avec eux une notable portion des flores metrici cueillis par Fauteur dans les jardins de la littérature ancienne et médiévale ^ Le malheur toutefois, à tout prendre, n'est pas irréparable, la plus grande partie des ouvrages utilisés par le compilateur nous étant bien connue. D'ailleurs la table du manuscrit, dressée lorsque celui-ci était encore entier, suffit à elle seule à nous renseigner sur les parties du recueil qui n'existent plus ^.
Nous trouvons donc ici les grands poètes de Tâge d'or frater-
XIV* siècle presque introuvable (cf. De Nolhac, Pétrarque et Vhumanisme^ Paris, 1892, p. 145), tandis que les pièces de Tibulle avaient été Tobjel d'extraits divers et assez étendus. On peut donc avancer la conjecture que le noyau du Florilège parisien remonte très haut : peut-être à TAge carolingien.
1. Le ms. avait dansTorigine 176 feuillets, distribués en cahiers de cinq à sept feuillets chacun, numérotés progressivement. 11 est donc bien facile de constater qu'après le feuillet 27 a, dix feuillets formant le troisième cahier sont tombés, et après le feuillet 99 b ancien (HO b) ont disparu les cahiers dixième et onzième (c'est-à-dire 27 feuillets). De cette façon le ms. n'a plus que 139 feuillets, 37 ayant disparu.
2. Quoique M. Hauréau dans l'ouvrage déjà cité ait donné une analyse assez précise du contenu de notre ms., il ne sera peut-être pas désagréable aux lecteurs de trouver ici Tancienne table dressée par le compilateur même, telle qu'on la trouve au premier feuillet. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des auteurs dont les extraits manquent, à cause de la mutilation du ms. :
Flores Catonis primum — Auiani ueteris — Auiani noui — Maximiani — Claudiani — Stacii — Pamphili — Esopi — Thobie — Afarcialis — *Priidentii — *Tibulli — ^Horestis — *Boethii Eutethici (sic) — * Anlhiclaudiani — *Architreni — *Homeri — *Sedulii — *Propertii — *Artis metrice — Yliada$ frigii daretis — Gethe — Comédie de Aida — Bernardi Siluestrisloci descripptio — Mathei Vindocinensis loci descriptio — Georgicorum Galteri — Mathei deamore proterao — Mathei de Fortuna-[Hildeberii] — Mathei temporum descriptio — Mathei comme ndatio pape — Commendatio militis — Commendatio sapientis — Vituperium stulti — Commendatio matrone — Comtnendatio pulcre mulieris — Ouidii Epistolarum — Ouidii dearte — Ouidii deremediis — Ouidii sine titulo — r Ouidii de fastis — Ouidii magni — Ouidii de tristibus — Ouidii deponto — Ouidii de medicamine faciei — *Oudii de nuce — 'Ouidii de uetula — *Ouidii de pulice et sompnio — *Ouidi in ybin — * Virgilius in buccolicis — * Virgilius in georgicis — * Virgilius eneydos — *Oratii in poelria — *Oratius in libro sermonum — ^Epistolarum Oratii — *Odarum Oratii — *JuuenaUs — *Persii — Lucani — Alexandri \Gualterus] — De puero non preferendo puelle — Versus Troie — Cathonis secundi — Contemptus mundi — Extractiones proverbiorum.
UK POÈME LNCONNU DE GAUTIER DE GHATILLON 269
Disant non seulement avec les écrivains de la décadence, mais avec les nombreux versificateurs du moyen âge. Les voilà tous, pêle-mêle, les actores, comme on avait Thabitude de les appeler. Grands et petits, célèbres et obscurs, peu importe ! le moyen âge les chérissait tous ; même il avait quelquefois des préférences marquées pour les plus humbles, car il trouvait dans les vers éclopés et sonnant faux des clercs d^Orléans ou de Tours, ses idées à lui, et puisait dans leurs ouvrages modestes et pieux des enseignements, des conseils, des mores, que les maîtres de l'antiquité païenne étaient bien incapables, à coup sûr, de lui fournir. Les voilà donc tous, aux côtés de Virgile, dlHorace, d'Ovide, de Properce, de Tibulle, de Lucain^ de Juvénal, de Perse, de Martial, de Claudien, le « sage » Caton ouvrant la marche, Avien, Maximien, Sédule, Boèce, les auteurs anonymes de ces mauvaises pièces tant goûtées par nos aïeux, VIlias latine, VAesopuSy la HorestiaSy les Versus Troiae, le Contemplas mundi. Naturellement, la pléiade française du xii^ et du xin*' siècle y brille de tout son éclat : voici Hildebert de Lavardin, Alain de Lille, Bernard Silvestre, Vital de Blois, le poète de Pamphylus ; voici surtout, à la place d'honneur, Mathieu de Vendôme, avec ses poèmes si curieusement travaillés, ses épitres fantasques, ses invectives boursouflées et grossières, toutes émaillées de coq-à- Tâne et de calembours. Comment aurait-on pu oublier, lorsqu'on moissonnait si largement dans le champ de Tart contemporain, Gautier de Lille ? L'écolâtre de Châtillon avait sa place toute marquée dans notre recueil : il y parait même deux fois pour une, car après avoir donné des extraits assez considérables de V Alexandréidcy le compilateur en ajoute d'autres tirés des Géor" giques.
Le titre Georgicorum Galteri de Casiellione (suppléez Flores) s*étale en tête de trois feuillets 41 b-43 b du manuscrit parisien, qui comprennent cent seize vers, après lesquels commencent des extraits d'une pièce de Mathieu de Vendôme :De amore proiervo. Ces fragments de l'ouvrage perdu du chanoine d'Amiens seraient donc, en somme, assez considérables, si on pouvait croire, avec M. Hauréau, que tous découlent d'une même source. Malheureusement rien n'est plus douteux. Parmi les hexamètres qui paraissent bien frappés au coin du poète qui a chanté les
exploits d'Alexandre le Grand, nous voyons se faufiler des vers rythmiques, des léonins même, à Tallure sautillante, tout à fait dans le goût de Bernard de Morlas et des chétifs rimailleurs qui ont éparpillé par le monde une si étonnante quantité de versas magistrales. Or il n y a apparence aucune de vérité dans la conjecture que Gautier, poète impeccable s'il en fut, ait introduit dans un de ses poèmes des bigarrures aussi regrettables ^. Il faut conclure que dans l'ancien exemplaire du Florilège, dont on a tiré le manuscrit parisien, des lecteurs, désireux d'enrichir à tout prix le recueil de c< fleurs » nouvelles, avaient ajouté dans les marges des feuillets correspondants à ceux qui contiennent dans le manuscrit, tel que nous le voyons, les excerpta des Géorgiques, nombre de vers sentencieux, extraits de sources fort différentes, qu'un copiste plus zélé que sensé a ensuite introduits dans le texte même. De cette façon, au milieu des hexamètres de l'écrivain fameux se sont glissés les vers mal tournés d'écolâtres inconnus ^.
Démêler cette fusée, cela n'est pas une petite affaire. On a bien vite fait, à la vérité, d'écarter les vers rythmiques (une trentaine au plus ^) ; mais qui pourrait prendre à la tâche, lorsqu'on aborde les vers métriques, de séparer ce qui appartient à Gautier de ce qui n'a jamais été écrit par lui? Voudra-t-on appliquer des principes artistiques? C'est plus facile à dire qu'à faire; car au fond, il n'y a pas de ressemblances frappantes entre les vers des Géorgiquesei ceux de 1' Alexandréide ^. Contentons-nous donc d'étudier
i. Il est très extraordinaire que M. Hauréau, Not. et Exlr., t. IV, p. 306, voulant donner un échantillon des u meilleurs » parmi les vers attribués à Gautier par notre recueil, ait choisi des léonins (22-23, 60), qui sont, bien sûr, des versus proverbiales :
Spina parit florem, flama petra dura nitorem, Mel calamo rapitur, iaspisque luto reperitur. Si manus est parca, cur marchas continet archa?
Qu^en dirait-il, grands Dieux, ce pauvre Gautier, s'il pouvait le connaître, du choix de M. Hauréau?
2. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur toutes les additions dont sont chargée à présent les marges du recueil, pour comprendre combien cette supposition se rapproche de la vérité.