‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 187 sur 312 · UN POÈME RYTHMIQUE D*ÉTIENNE DE TOURNAI · texte numérisé non relu

UN POÈME RYTHMIQUE D*ÉTIENNE DE TOURNAI

vient le titre particulier du poème, titre ainsi libellé :

Quùddam figmentum Bononie ab eo metrice compositum et editum.

Dans Tun et dans Tautre de ces deux manuscrits, le texte du poème a été, par endroits, assez sensiblement altéré. Le manuscrit de Rome présente, outre un certain nombre de leçons franchement mauvaises, plusieurs lacunes, soit d*un ou de plusieurs mots dans un vers (v. 6, 80, 92, 170), soit de vers entiers (v. 110 et 138-139). Ces lacunes ne se rencontrent heureusement pas dans le manuscrit de Paris, qui n*en offre pas moins, principalement dans les noms propres [Macthus pour Bacchus^ Sillieus pour SilenuSj Planctus pour Piaulas), des leçons extrêmement fautives. Mais en combinant ces deux copies, et en les corrigeant Tune par Tautre, nous espérons être arrivé à dresser du petit poème d'Etienne de Tournai un texte à peu près sûr.

Le sujet n'en est pas nettement défini. La « Vision » que Fauteur imagine (v. 1 et 184), n'est pour lui que l'occasion de traiter à sa manière quelques-uns des lieux communs auxquels on se plaisait tant alors.

Un fils est né à Jupiter et à Junon (v. 5-8) ; le ciel, la a Cour céleste » est dans la joie (v. 9-10); et aussitôt, convoquées par un héraut, toutes les divinités de l'ancienne mythologie classique d*accourir avec leur offrande pour le nouveau-né (v. 11-14). Tel est le point de départ des développements qui suivront.

Tout d'abord, passe devant nos yeux un cortège qui n'est pas sans grâce, celui des dieux et des déesses de TOlympe ; les présents qu'ils apportent au jeune enfant remplacent ici les attributs traditionnels (v. 15-64). Les demi-dieux ou demi-déesses, Grâces, Satyres, divinités rustiques, ferment cette première partie du cortège (v. 65-72).

Puis, voici une divinité moins classique : c'est l'Année (v. 73), suivie des Saisons (v. 74-76) et des Mois (v. 77-80); si l'auteur les fait ainsi intervenir, ce n*est, comme on le pense, que pour en prendre occasion de décrire, après tant d'autres, les occupations des douze Mois de l'année (v. 81-96).

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C'est ensuite un nouveau défilé, d'un caractère plus sévère : la Sagesse paraît (v. 97), escortée de TÉloquence (v. 98-400) et des Sept Arts. De là un nouveau développement, tout didactique, qui se prête moins aisément aux descriptions faciles et élégantes, et au cours duquel le jeune dieu du début semble quelque peu oublié.

L'auteur s'est imposé la tâche assez vaine de décrire tour à tour, dans ses vers, le Trivium (v. 400), avec la Grammaire (v. 104-142), — étroitement unie à la Poésie (v. 443-424), —la Logique et la Dialectique (v. 42S-432), et la Rhétorique (v. 433- 444); puis le Quadrivium (v. 445), avec l'Arithmétique (v. 446- 452), la Musique (v. 453-456), la Géométrie (v. 457-460) et l'Astronomie (v. 464-468); enfin TÉthique (v. 469-472) et la Physique (v. 473-476).

Dans les deux dernières strophes, dont le texte semble tronqué (v, 477-484), l'auteur se ressouvient enfin de la Cour céleste, et explique sommairement pourquoi le Droit, — qu'il étudiait alors à Bologne, — n'a rien à y faire ; finalement, — et c'est ici seulement que derrière l'écrivain peut se laisser deviner un chrétien, •^— il souhaite qu'à ce jeune fils de Jupiter, instruit dans toutes les disciplines, soit révélée la parole sacrée.

Le caractère tout profane de cette pièce n'a rien qui doive surprendre. On sait combien la poésie latine du xu* siècle, qui fut, en un sens, un siècle d'humanisme, est imbue et pénétrée de souvenirs classiques ; ce souci d'imiter les anciens se trahit presque à chaque vers de V Archithrenius de Jean d'Auteville, de VAniiclaudien d'Alain de Lille, du Polycraticus de Jean de Salisbury, sans parler de VAlexandride de Gauthier de Châtil- Ion. Qu'Etienne de Tournai partageât le goût de ses contemporains pour la littérature classique, ses lettves et ses sermons permettaient déjà de n'en guère douter ; les citations ou réminiscences d'Ovide et d'Horace n'y sont pas rares.

Il serait difficile de déterminer avec précision les sources auxquelles Etienne de Tournai a puisé. Les sujets qu'il a développés dans son petit poème appartiennent à ce fonds commun de thèmes très généraux, sur lesquels, au moyen âge, maîtres et écoliers exerçaient leur habileté, leur connaissance du métier : les occupations des douze Mois de l'année étaient un de ces thèmes,

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