TN POÈME RYTHMIQUE D*ÉTIENNE DE TOURNAI
et cela dès Tépoque carolingienne * ; la description des Sept Arts en était un autre ^.
Du rythme adopté ici par Etienne de Tournai, nous ne pourrions rien dire qui ne soit bien connu. Qu^il suffise de rappeler que sa « Vision » appartient à un type qui fut assez à la mode, au XII* siècle notamment et au xiii®, dans la poésie rythmique profane, soit élégiaque, soit satyrique : c est le type que Ton retrouve, — pour ne citer que des exemples célèbres, — dans VAltercatio Phillidis et FloraCy dans la Philomela^ dans la satyre de Schismaie duorum paparum, dans la satyre de Pierre de La Vigne contre le Clergé.
Au point de vue littéraire, ce petit poème du futur évoque de Tournai n'est pas tout à fait sans valeur. Si dans la dernière partie, dont la matière est des plus ingrates, il y a bien des lourdeurs et bien des vers prosaïques, il s'en trouve, dans la première, d'une heureuse inspiration et de vraiment gra* cieux : ceux, par exemple, où l'auteur représente Mars agitant devant le petit enfant la crinière de son casque ; ou bien le vieux Silène avançant péniblement sur sa monture ; ou encore Pluton, gagné lui aussi par la joie universelle, et devenu, ce jour là, pour ses sujets infernaux un tyran moins terrible. — Quoi qu'il en soit, il nous a paru que cette petite pièce méritait d'être publiée, tant à cause du nom de l'auteur, qu'en raison de sa nature même : le nombre des poèmes rythmiques profanes que le moyen âge nous a laissés, est en effet trop peu considérable pour qu'aucun soit négligé ^.
1 . Cf. la pièce XI des Carmina Salisburgensia^ dans Poetae latini aevi carolini^ édit. DQmmler {Monum. Germ, histor,), t. II, p. 645-646, et surtout le poème de Wandalbert, De mensium duodecim nominibuSy êigni», cuUuris, Ibid,, p. 604 et suivantes. On en retrouverait le prototype dans Ausone. — Sur les Saisons et les Mois dans les littératures anciennes et du moyen fige, on peut consulter ri ntroduction de M. L. Biadene à son édition des Carmina de Mensibuêf de Bonvesin de la Riva {SludJ di filologia romanza^ vol. IX, fasc. 24, tOOi).
2. Cf. la pièce XX des Carmina hibernici exuliê, dans Poetae latini aevi carolini..,y t. I, p. 408-410, — lapièceXLVIde ThéoduIphe,/Z)irf., p. 544-547, — et la pièce de Théodulphe publiée en appendice, Ibid.j p. 629-630. — On sait quel rôle important jouent les Sept Arts dans VAnttclaudien d'Alain de Lille, auteur tout à fait contemporain d*Étiennc de Tournai.
3. I^ liste dressée par Wattenbach, Zeilschrift fur deutsches Alterihum, année 1872, p. 473 et suiv., comprend 760 numéros ; en y ajoutant les
Nous donnons, à la suite du poème, une lettre sans nom d*au. teur et sans nom de destinataire, fournie égalemement par le manuscrit 1 57 du fonds de la reine Christine ; bien qu'elle y précède immédiatement la série depuis longtemps connue des lettres d'Etienne de Tournai, cette lettre ne figure pas dans les éditions de sa correspondance.
C'est une requête en faveur de l'abbaye de Ghistelles, primitivement au diocèse de Tournai, au diocèse de Bruges depuis 1559. On y trouvera des remarques, intéressantes pour le temps où elles furent écrites, sur l'origine du nom de sainte Godelive ou Godeleine, qui était particulièrement vénérée dans ce monastère *. L'auteur de cette lettre est un évéque de Tournai, évidemment Etienne ; le destinataire, un évêque d'une région sans doute voisine, avec lequel il était lié d'amitié, vraisemblablement Lambert de Bruges, évéque de Térouanne, l'un des correspondants bien connus de Tévêque de Tournai.
QUODDAM FIGMENTUM BONONIB
[a MAGISTRO STBPHANO AURELIANENSI, TORNACENSI EPISCOPOJ
MBTRICE COMPOSITUM ET EDITUM
In commune theatrum visionem fero, Finem cujus utilem et honestum spero ; Quia nec superfluus nec obscurus ero, A Dociles, benivolos et attentos quero.
Juno, diu sterilis magis quam eifeta, Timens de répudie, quod est thori meta,
V. Ms. 157 du fonds de la reine Christine, au Vatican (feuillet préliminaire A).
P. Ms. latin 11867 delà Bibl. nat., à Paris (fol 104 v».)