LA FIN DE LA SEIGNEURIE DE TUSCULUM
auraient pu s*accommoder pourvu que leur droit supérieur de contrôle fût sauvegardé, ne tardèrent pas à devenir un danger. Sous rinfluence d'Amauld de Brescia, les nouveaux sénateurs révèrent d'interdire aux clercs toute souveraineté temporelle et invoquèrent Tancienne Lex regia pour revendiquer le droit de disposer de la couronne impériale. Le seul moyen de les convaincre de leurs illusions était de faire appel à TEmpereur. La Cour Romaine s y résigna ; mais, en même temps qu*elle négociait avec Conrad III et Frédéric Barberousse, elle s'efforça de tirer parti des événements pour l'organisation féodale du Latium. Au milieu de la situation troublée que créaient les projets de la Commune romaine ^, aussi menaçants pour la puissance des barons romains que pour lautorité du Saint-Siège, une guerre privée était sur le point d'éclater entre Othon Colonna et Ptolémée de Tusculum au sujet de Montefortino ^. Othon Colonna prétendait rentrer en possession de ce château, dont le père de Ptolémée s'était emparé au mépris d'un échange conclu avec Pierre Colonna, et, pour se procurer les ressources nécessaires, il avait engagé à Othon Frangipani la part qui lui revenait dans Tusculum ^, Eugène III intervint dans la querelle. En échange de 110 livres de pavesans, de 140 livres de lucquois et du- « castrum Trebani » ^, Othon Colonna céda à l'Eglise Romaine « la moitié de la cité et de la forteresse de Tusculum avec sa souveraineté et son droit de guidage ^, toutes les actions qu'il avait du chef de ses parents sur cette ville et sur ses dépendances, Monteporzio, avec ses
1. Sur ces projets, voir une lettre d'Eugène III à Wibald de Stablo, Segni, 20 août 1152. Jappé, Mon. Corbeiensia dans BibL Rer, Germ., t. I, p. 537.
2. Tous les détails qui suivent sont extraits de Tacte conclu entre Othôn Colonna et le cardinal de Saint-Clément, mandataire d*Eugène III, le 10 décembre 1151. Muratori Ta publié d'après le Liber Censuum dans ses Antiquitates, t. III, p. 777.
3. C*est ce qui résulte d*un acte conclu entre Othon Frangipani et le cardinal de Saint-Clément le 29 décembre 1152, inséré comme le précédent dans le Liber Censuum et publié aussi par Muratori. Ibid., p. 779.
4. L'acte de confirmation d'Eugène III, daté de Segni, 5 octobre 1141, se trouverait dans Cappelleti, Le Chiese d'Halia, Venise, 1844, t. VI, p. 378. Nous n'avons pas pu le consulter. *
5. Cette mention du droit de guidage des seigneurs de Tusculum explique Tachamement que mirent les Romains à conquérir cette ville.
dépendances sauf Calonna et Zagarolo, et tous les droits qu'il avait sur le château de Montefortino ». Grâce à cette convention, dont Eugène III assura le plein effet en remboursant la somme prêtée par Othon Frangipani à Othon Colonna, la paix se maintint dans le Latium, et la souveraineté pontificale s^implanta dans la seigneurie de Tusculum, dont la contigûité cessait avec les domaines des Colonna.
Les troubles que déchaînèrent à Rome le supplice d'Arnauld de Brescia et le couronnement de Frédéric Barberousse n'interrompirent pas l'œuvre commencée ^ En présence de la révolte des Romains, qui le chassait de Rome en même temps que la cour pontificale, Frédéric Barberousse craignait de voir le pape se rapprocher du roi de Sicile, et, d*autre part, tous ceux que menaçaient les convoitises de la Commune étaient plus anxieux que jamais. Avec un admirable sang-froid, Adrien IV sut mettre à profit ces inquiétudes. Il ne se contenta pas de faire transporter à rÉglise Romaine le serment d'allégeance que Tivoli avait prétendu prêter à l'Empereur au mépris des droits du Saint-Siège ; il amena Frédéric Barberousse sur le territoire de Tusculum et reçut, pendant le séjour qu'y fît l'Empereur 2, le serment de fidélité de Jonathan de Tusculum ^. En même temps, le nouveau vassal du Saint-Siège obtenait, à titre viager, la moitié de la ville de Tusculum que nous avons vu céder à l'Église par Othon Colonna, et remettait au pape les forteresses de Montefortino et de Fajola, que des délégués pontificaux devaient encore garder deux ans après le rétablissement de la paix entre le pape et les Romains. C'étaient là d'importants succès pour la politique pontificale, mais qui furent bientôt compromis par la nouvelle lutte entre le Sacerdoce et l'Empire.
1. Pour tout le récit qui suit nous nous appuyons sur les biographies d'Adrien IV et d'Alexandre III par le cardinal Boson. Duchbsne, t. II, p. 388 ss. On sait quelle est la valeur de cette source pour l'histoire des États de rÉglise.
2. Le 7 juillet 1155, in territorio Tusculano, Frédéric Barberousse expédia un acte en faveur du dauphin Guigue. Stumpf-Brentano, Die Reichskanzler vornehmlich des X, XI und XII Jahrhunderts^ t. III [Acta. Imperii ad hue inedita)y p. 164, n^ 128.
3. L'acte que nous analysons, daté du 9 juillet 1155, est inséré dans le Liber Censuum d'où Theiner l'a publié, Codex diplomaiicut dominii temp(h ralis S, Sedis, L I, p. 16.
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A la mort ' d'Adrien IV, un cardinal romain, Octavien Male^ dictus, fils de Jean Maledictus ^ qui s'était signalé par son dévouement à Tempereur Henri V, consentit à se faire Tinstrument d*un schisme. Alexandre III fut contraint de passer en personne au delà des Alpes pour faire reconnaître son obédience ; mais, dès qu'il le put, il revint à Rome et s'efforça d'y faire naître un mouvement d'union et de réconciliation analogue à celui dont la ligue lombarde donnait alors Texemple. Ce fut en vain. Au lieu d agir sans arrière-pensée contre les fauteurs du nouvel antipape Pascal IV^ les Romains ne songeaient qu'à mettre leur concours aux enchères et à profiter des circonstances pour réaliser leurs vues d'agrandissement. Us chassèrent les schismatiques d'Albano, puis, au printemps de 1167, contre le gré du pape qui ne prévoyait que trop les suites de cette entrepri.se, ils attaquèrent Tusculum. Jonathan, le bénéficiaire du traité conclu avec Adrien IV, n'en était plus seigneur ; il avait été remplacé par Raino, son frère cadet, qui avait séjourné comme otage à la cour d'Allemagne ^. A la suite des premières attaques des Romains, Raino persuada à son cousin Othon Colonna de venir à son secours et d'invoquer pour leur commune défense la protection de l'Empereur 3. Précisément l'archevêque intrus de Cologne, le chancelier Renaud de Dassel, venait d'arriver dans les environs de Rome; il comprit de suite l'importance de cet appel et s'empressa de le transmettre au camp impérial d'Ancône. La majorité des conseillers de Frédéric Barberousse (ut d'avis de ne pas y répondre, mais Christian de Busch, l'archevêque intrus de Mayence, passa outre ; il amena à son collègue une bande de Brabançons et tous deux, à la tête de leurs petites troupes, battirent les Romains devant Monteporzio. L'effet produit par cette victoire répondit aux espérances des schismatiques ^. Vainement la cour pontificale essaya-t-elle d'abord de se maintenir à Rome, en se mettant à la turris car--
1. Pandolphb dans Duchbsnb, p. 303. C'est à tort que dans la note 43 Johanùes Maledictus est identifié avec Jean Frangipani.