Gœttinger Athandlungen, p. 52^ ▼. ci-dessous
344 H. GKAUERT
mortem nanctissimi patrie domini Nicholai pape terciii Sans doute, comme nous allons le voir, Tépitre dédicatoire n'émane pas de Jourdain d'Osnabriick ; elle accompagne seidement récrit de Magister JordanuSy lors de sa transmission à im haut person> nage que Ton appelle pater sancte.
Mais cette épitre dédicatoire a été sans aucun doute écrite dès rachèvement du traité proprement dit de Jourdain. D*un pape postérieur, il n^est fait mention ni dans le traité ni dans Tépitre. Dans le traité lui-même il est fait allusion à des événements que l'on a pu constater peu après la mort de Nicolas III. Il s'y trouve également des développements dune haute importance correspondant à des tendances politiques qui s'étaient fait jour sous le pontificat de Nicolas III. A cet ordre d'idées appartient avant tout le grand plan qui nous a été conservé par Ptolémée de Lucques dans son Historia Ecclesiastica et qui consistait à diviser le •domaine de l'Empire romain-allemand, tel qu^il existait à la fin du xui® siècle, en quatre royaumes indépendants, les royaumes d'Allemagne, de Bourgogne, de Lombardie et de Toscane, à rompre le lien organique qui avait jusqu'alors existé entre d'Allemagne, l'Italie et l'Empire et, pour cela, à rendre la .royauté allemande héréditaire dans la maison de Rodolphe de 'Habsbourg. Arnold Busson a le premier, dans une importante dissertation, répandu une lumineuse clarté sur ce grand plan ^ Récemment, il est vrai, un jeune historien allemand, Auguste Giese, élève de Théodore Lindner à Halle, et les articles qui viennent d'être consacrés au pontificat de Nicolas III dans la Civiltà Cattolica ont essayé de contester la valeur des renseigne -ments de Ptolémée de Lucques ^. Mais je trouve dans le traité
1. A. Busson, DIr Idée deê deutschen Erbreichs und die erslen Habsbufger dans Sitzungsberichte der Kais, Akademie zu Wien, 1878 et A. Busson. Zu Nicolaua III Plan einer Theilung des Kaiêerreicheê, dans Miitheilungen des Instituts fur œsterreich, Geschichtsforschung^ t. VII, pp. i56 et sq.
* 2. MuRATORi, Scriptores rer. Italie, XI, p. 1183. Aug. Gibse, Rudolf I von Ilabsburg und die rômische Kaiserkroney Halle a. S. 1893. Fedele Savio» CA'icco/ab /// (Orsini) " dans la Civiltà Cattolica, série XVI, vol. I, 1895, .pp. 286 et sq. et 546 et sq. C'est à bon droit que Oswald Reouch ft*est prononcé contre les doutes ainsi émis dans la nouvelle édition des EegesU de BoEHMBR, Regesta Imperiiy VI, .Innsbruck 1898, pp. 290 et ftq. V, aussi
JOURDAIN d'osnabruol «345
de Jourdain d'Osnabraok une confirmation de ces renseignements ^.
Il suffit en effet de se représenter qu*il a pu s'agir non pas encore d'un plan complètement mûri, mais seulement de combinaisons politiques, qui n'obtinrent pas avant la mort du pape Nicolas III sa pleine approbation, mais qui pouvait néanmoins réapparaître sous un nouveau pape.
Jourdain compare, comme je lai indiqué plus haut ^, la papauté au fondement de l'édifice sous la forme duquel il se représente l'Église, la science au toit de l'édifice, l'Empire à la paroi, ou, pour compléter comme nous le devons dans le sens de Jourdain, aux parois. D'après Jourdain il suffit d'un fondement et d'un toit à l'édifice ; mais, pour les parois, il en faut quatre, c'est une nécessité. Ainsi, poursuit-il, il a été aussi attribué à l'Empire, par la disposition du Saint-Esprit, quatre <c loca principalia », en quelque sorte quatre parois, à savoir : Âix-la^Cbapelle, Arles, Milan et Rome, c'est-à-dire les capitales des quatre royaumes dans lesquels sous Nicolas III on songeait à diviser l'Empire : l'Allemagne, la Bourgogne, la Lombardie et la Toscane romaine. Jourdain ajoute ces paroles significatives : Studeant ergo illiy quorum inierest^ ut hec domus intégra maneat et infacta^ ne^ quod abait, parietibus dissoluiis^ fur ille Antichristus vel sui precursores intrent aliunde quam per ostium et gregem ovium interficiant cum pastore ^.
Jourdain d'Osnabriick est donc réellement inquiet ; il craint que le démembrement du territoire de l'Empire en ses quatre parties constitutives ne soit tenté de quelque côté et considère un pareil essai comme préparant la voie à l'Antéchrist.
A. Dbmski, Papal Nieolaui III und da» Kœnigreich Arelat dans « Akten « des V inUrnationalen Kongresses Katholischer Gelehrten in Mûnchen, tt p. 303 et sq. »
1. Je me réjouis de pouvoir établir que Franz Wilbelm a ici, d'une manière complètement indépendante de moi, reconnu comme il convient rimportance de notre traité dans les Mitiheilungen des Instituts fur œêterr., Gesehichtsforschung XIX, pp. 633-636 ; par contre je ne saurais être de son avis lorsqu'il place le traité avant la fin du pontificat de Nicolas III.
2. Abhandlungen der Gesellschaft der Wissenschaften zu Gœttingen. T. XIV, p. 71 ; V. ci-dessus, p. 332.