‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 230 sur 312 · Romani sunt in partes (?) Italia · texte numérisé non relu

Romani sunt in partes (?) Italia

une: bible française copiée en Italie 357

TApôtre. En lêle de TEpître aux Romains est figurée la scène du chemin de Damas. La miniature qui forme l'initiale P, au commencement de rÉpître à Philémon (ou « a Phylomene, » comme dit le manuscrit), est accompagnée du nom « Pauls, » en lettres d'or.

Les Epitres de saint Paul sont suivies de l'Apocalypse, précédée d une miniature qui représente le Christ entre les sept chandeliers, et à côté saint Jean dans son île.

(Fol. 186 V®). Ghi fenissent les Epistres ad (sic) Hebrieus. Chi commence TApocalipse de saint Johen apostre.

Apocalipse de Jhesucrist, que Diex li dona faire aparté a ses serjans les choses que il estuet estre faites tost, et les senefia envoiant par son angre a son serjant Johan, (') qui dona tesmoi[n]g a la parole de Dieu et tesmoing de Jhesucrist, toutes les choses que il vit.., (') Je Johan vostre frère et parchonniers en tribulation et ou règne et en pacience en Jhesu, ai esté en une islle qui est apelce Pathmos, pour la parole de Dieu et pour le tesmoing de Jhcsu. (***) Je fui en esprit diemence,et oïaprés moi .i. grant vois aussi comme de .i. busine, (**) disant : ce que tu vois, escrif en .i. livre et l'envoie à .vij. églises, a Ephesum, etc.

La traduction s'arrête à la (indu chapitre VI®. Après l'Apocalypse, on lit les Epitres catholiques, lesquelles ne sont accompagnées d'aucune traduction.

La première question qui se pose à nous est celle-ci : Cette version incomplète du Nouveau Testament a-t-elle été faite en Italie ou en Picardie ? Le picard, très incomplètement corrigé, en forme le fond. Pour autant que je l'ai étudiée, il ne s'y trouve pas d'italianismes. Le fait que la traduction est incomplète ne suflit nullement à rendre probable que nous ayons ici une «lîuvre réellement inachevée et, dans ce cas, d'origine italienne comme le manuscrit. Empressons-nous d'ajouter que la vérité est probablement du côté opposé, ainsi que nous pensons le montrer tout à l'heure.

Assurément, le fait d'un manuscrit copié en Italie par des Picards n'aurait rien qui pût nous étonner. Nous en avons ailleurs un curieux exemple. Il se trouvait à la cour des Malatesta, à Rimini, dans les années 1321 à 1323, un petit groupe d'écri-

vains et de copistes picards, qui nous ont laissé une œuvre fort remarquable. On conserve au Vatican un très beau manuscrit, contenant un commentaire sur le Nouveau Testament, qui est signé de GeofTroi de Picquigny comme traducteur et compilateur, et de Pierre de Cambrai comme copiste ; cet ouvrage est mêlé de formes picardes et d expressions italiennes ^ Mais il ne s'agit pas ici, sans doute, d un ouvrage de ce genre et nous allons dire pourquoi.

Grouper les textes est, dans Thistoire des versions bibliques, le premier devoir de la critique. Sans ce travail, qui doit précéder tous les autres, et pour lequel il faut surmonter les obstacles que créent les différences de dialecte et d'époque et les changements de toute espèce apportés par les reviseurs, chaque manuscrit formerait une unité et la science se perdrait dans Tétude du détail. Or il existe une traduction française de la Bible dont le caractère a été pour nous jusqu'à présent un mystère ; elle est représentée par trois manuscrits, tous trois anglo-normands de langage -, et ce langage, il faut Tavouer, est fort mauvais. J avais cru pouvoir donnera cette œuvre le nom de « Bible anglo-normande », et je lui avais attribué TAngleterre pour patrie. M. Paul Meyer s'est aussitôt élevé contre l'origine anglo-normande que je donnais à la version dont il s'agit. « Je la croirais, dit-il, plutôt d'origine française, et je l'attribuerais plus volontiers au xui® siècle qu'au XIV' siècle •*. » Aujourd'hui, je suis porté à donner raison à M. Meyer *, et il me semble pouvoir ajouter que l'original, français ou picard, de la Bible anglo-normande a été assez rapproché de notre Nouveau Testament vénitien. Si les différences des deux

1. J'ai publié la préface de ce curieux ouvrage {La Bible françaiêe au moyen Age, p. 266) et M. Ernest Langlois a apporté à ma transcriptioo d'excellentes corrections. (Notices des manuscrits français et provençaux de Borne, 1889, in-i», p. 294— tiré des Notices et extraits, l. XXXIIÎ, â* partie).

2. Mss. B. N. fr. 1 (milieu du XIV' siècle), M. B. i. c. 3 (xv« siècle\ celui-ci ne comprenant que la première moitié de l'Ancien Testament, et B. N. fr. 9562 (Actes des Apôtres, 2« moitié du xv« siècle). — Voyez la Bible française au moyen âge, p. 230 et suiv.

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