Style pisaal
tableaux, on enleva le mausolée de Tempereur oublié. Il fut placé contre une paroi de la chapelle de saint Ranieii, dans le bras septentrional du transept. Là, il fît pendant au tombeau neuf, dans lequel furent enfermés les restes de larchevêque Pietro Ricci, mort en 1418, et dont la première sépulture était sans doute dans le chœur de la cathédrale. En 1727, pour donner une place d'honneur à un tableau des frères Melani, représentant la mort de saint Ranieri, on dérangea une seconde fois le monument importun : le sarcophage impérial fut relégué, avec le tombeau de Tarchevêque Ricci, au-dessus de la porte de la sacristie. Enfin, en 1829, les deux tombeaux de l'empereur et de Tarchevêque furent expulsés de la cathédrale, et transportés au Camposanto, parmi les autres reliques de l'histoire pisane ^ Dès la première translation, le mausolée avait perdu son support primitif, et, dans la chapelle San Ranieri, il avait été installé sur une base neuve, où une inscription fut gravée en caractères élégants du xv* siècle. Les autres voyages que fit le monument achevèrent de le démembrer. Ce qu'on montre aujourd'hui, au Camposanto, comme le tombeau de Henri Vil n'est plus qu'un sarcophage, orné de figures d'apôtres, et sur lequel la statue de l'empereur est couchée, tête nue, dans un manteau semé d'aigles héraldiques. Pourtant les anciens historiographes des monuments de Pise font allusion à des fragments « d'architecture >» et <c d'arabesques » et à des « statues », que le mausolée de Henri Vil aurait perdus avec le temps. Peut-on songer aujourd'hui à rassembler et à reconstituer ce qui est dispersé et ce qui a disparu ? Retrouvera-t-on l'image complète du mausolée impérial?
C'est de nos jours seulement qu'un savant italien, mieux informé que personne des questions pisanes, M. Igino Benvenuto Supino, a tenté une première restauration du monument funéraire, dont on ne connaissait avant lui que le sarcophage et le
1. Pour l'histoire de ces translations, voir le livre de Trenta, La tomba di Arrigo VII imperatore, Pise, 1893, in-8°, p. 63 et suiv., et les documents publiés en appendice.
LE MAUSOLÉE DE l'eMPEREUR HENRI VII A FISE *%7
i< gisant ». Il a lui même fixé c^s conjectures dans une esquisse d*allure monumentale ^
Le sarcophage est porté par deux groupes de statues; le mort couché se trouve abrité sous un dais, d'où pendent des courtines, que deux anges tirent à eux ; deux autres anges, debout derrière le cadavre, tiennent Teau bénite et Tencensoir de labsoute. Une statuette de la Vierge, avec TEnfant sur ses genoux, est assise au sommet du pavillon. Enfin un haut baldaquin à fronton triangulaire, porté sur quatre colonnes, couronne le monument. Les deux colonnes antérieures du baldaquin sont surmontées de deux statuettes, TAnge et la Vierge de l'Annonciation.
L'édifice ainsi rebâti est semblable presque en tout point aux mausolées princiers que Tino fut appelé à élever dans les églises de Naples, pour la dynastie angevine. Mais quelle est lorigine, la valeur historique, en un mot la solidité des matériaux réunis par l'auteur de la restauration?
Du pavillon et du baldaquin, il ne reste à Pise aucune trace : M. Supino a supposé l'existence de ce double dais d'après les monuments napolitains, qui sont postérieurs au mausolée pisan et n'ont pu lui servir de modèles *. Au contraire les deux groupes de statues qui font office de cariatides sont conservés à Pise. Ils avaient été considérés par tous les historiens comme des œuvres notables de Giovanni Pisano et comme des parties essentielles d'un monument célèbre, la grande tribune octogonale qui se dressait autrefois dans la cathédrale de Pise. Les statues et les basreliefs, qui passaient pour avoir constitué les supports et le parapet de cette tribune, avaient été dispersés : on les réunit en 1880 au Museo Civico de Pise, et Ton étudia diverses combinaisons pour une restauration du monument. Dans Tétude critique que
1. Archivio storico delVArte, 2* série, l*"* année, 1895, p. 185.
2. Une sorte de baldaquin, dont les courtines sont soutenues par deux an<|res, se trouve figuré sur un dessin (|ui représente le tombeau de Henri VII, ei qui fait partie des soixante-treize illustrations du fameux Codex Balduini
TrevirensUy exécuté vers 1345. Mais ce tombeau, où la statue couchée et le sarcophage, porté sur trois lions, difTèrent notablement du monument conservé au Camposanto de Pise, ne représente qu'un mausolée idéal, celui <jue Tarchevèque Baudouin de Trêves voulait élever à son frère infortuné sur le sol allemand (Cf. G. Irmek, Die Rornfart Kaiser Heinrich's VU im BUdercydus des Codex Balduini Trevirensis, Berlin, Weidmann, 1881, in-4*'; pi. 37, p. 104-105).
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M. Supino fit de tous les morceaux rassemblés, à propos du la restauration défendue par M. Fontana, il écarta résolument de l'œuvre de Giovanni Pisano deux groupes de statues, où il crut reconnaître la main plus lourde de Tino di Camaino '. Ces deux groupes étaient évidemment destinés à se faire pendant. Ils comprennent Tun et Tautre une base flanquée de quatre statues, et. sur ce pompeux piédestal, une statue plus grande. D*une pari, le Christ debout, au-dessus des quatre Evangélistes ; de l'autre, quatre allégories de Vertus, et au-dessus d'elles une femme couronnée, allaitant deux enfants. Cette dernière statue passait, au moins depuis le xvu*^ siècle, pour une image allégorique de Pise, la ville aux campagnes nourricières. Du moment où ces deux groupes, enlevés à Giovanni Pisano et attribués à Tino di Camaino, devenaient disponibles, M. Supino imagina de les utiliser comme supports du sarcophage de Henri Vil. Les personnages mêmes que représentaient les deux grandes statues lui semblèrent appropriés à la fonction qu'il leur prêtait : Pise était la ville bien-aimée de Tempereur, et le Christ n'était-il pas le soutien de celui que les Pisans avaient salué comme Tenvové de Dieu : « Imperaior Enricus qui Christo fertur amicus... »?-
La conjecture qui a séduit M. Supino n'est pas de celles qui s'imposent avec la force de l'évidence . A supposer que la femme couronnée qui se montre au-dessus des quatre Vertus, comme leur reine, soit vraiment l'image allégorique d'une ville, et non pas elle-même une Vertu, comme la Charité ''\ le rôle que M. Supino prête à la statue du Christ est fondé sur une conception dont la hardiesse peut sembler téméraire. Qu'un Dieu vienne plier le col sous la dépouille mortelle d'un empereur, cette idée romantique est faite pour étonner chez un contemporain de Dante. Au nmins faudrait-il «ppuyer l'hypothèse d'un texte, qui jusqu'ici n'a pas été produit.