‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 239 sur 312 · Arch. s/or. delVArto, 18î*5, p · texte numérisé non relu

Arch. s/or. delVArto, 18î*5, p

2. Cf. rinscription qu'on lisait autrefois sous la statuette agenouillée do rem[)ereui', œuvre de Giovanni Pisano, dans le tympan de la porte de la cathédrale (|ui fait face au (Campanile [Ihid., p. 48).

3. Il est certain que Giovanni Pisano représenta la ville de Pise à genoux en face de l'empereur, et devant la Vierge, sous la figure d'une femme qui tenait deux enfants suspendus à son cou : vihginis ancilla sim pisa

QUIETA SITU ILLA [IlAd.],

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Mais il est inutile d'insister sur les difficultés <( morales » que rencontre la conjecture aisément admise par M. Supino : les difficultés matérielles sont assez graves pour couper court à la discussion.

Tout d'abord les deux groupes de statues installés sous le sarcophage de Henri VII, à Timilation des mausolées napolitains, sont disproportionnés au sarcophage qu'ils doivent porter. Dans les tombeaux angevins qui ont été exécutés à Naples sous la direction de Tino di Camaino, les piliers, avec figures adossées, qui servent de supports aux sarcophages, n'ont jamais plus de 1 mètre 40 de hauteur, en comprenant les lions sur lesquels ils reposent et les chapiteaux qui les surmontent. A Pise, le Christ et la femme couronnée atteignent, sur leurs piédestaux flanqués de statues, une hauteur de 2 mètres 40. L'énorme exagération de ces caryatides, par rapport au dessein général du monument imaginé par M. Supino, éclatera aux yeux de quiconque voudra comparer le croquis de restauration, présenté par le savant italien, avec des photographies des mausolées napolitains.

Par l'iconographie les quatre allégories de Vertus qui accompagnent, à Pise, la statue de femme couronnée différent totalement des diverses figures de Vertus que Tino a représentées dans les églises de Naples. Les Vertus du mausolée de Marie de Hongrie, dans Téglise de Santa Maria di Donna Regina, sont des anges à la face juvénile et mâle; celles du tombeau de Charles, duc de Calabre, dans l'église de Santa Chiara, sont de robustes femmes, qui portent des ailes puissantes; celles du tombeau de Marie de Valois, dans la même église, sont des femmes plus jeunes et plus sveltes, sans ailes. Où sont, dans tout ce groupe d'œuvres authentiques du sculpteur Tino, les trois vieilles ridées et la Vénus toute nue, qui représentent à Pise les quatre Vertus?

Le style même des statues, où M. Supino a cru reconnaître la manière de Tino, peut fournir l'argument le plus fort contre l'attribution proposée. Le Christ, avec les Evangélistes, la femme couronnée, avec les quatre Vertus, ont des faces dures et anguleuses, des traits irréguliers et carrés ; le cou est allongé et tendu en avant. Au contraire, dans toutes les œuvres de Tino, qu'il s'agisse des apôtres du sarcophage de Henri VII, ou

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des Vertus et des anges des mausolées napolitains, les corps sont pesants et courts, les têtes rondes, le cou perdu dans les épaules. Ainsi les supports, qui, dans l'esquisse de M. Supino, soutenaient le sarcophage, doivent être écartés. Le pavillon et le baldaquin disparaissent d'eux-mêmes comme les produits inconsistants d un simple raisonnement par analogie. Autour du sarcophage et de la statue, il ne reste que quatre statuettes, retrouvées par M. Supino au Camposanto de Pise : TAnge et la Vierge de l'Annonciation, qui semblent avoir pris place dès la fin du XV® siècle sur la nouvelle base préparée pour le sarcophage de l'archevêque Riccio. Ces quatre statuettes sont incontestablement un ouvrage de l'artiste qui a sculpté les figures d'apôtres sur le sarcophage de Henri Vil. Mais il est impossible de fixer la place qu'elles ont pu occuper par rapport à la statue gisante, et qu'elles devraient reprendre dans une restauration.

Le savant qui a distingué ces quatre statuettes a passé sans s'arrêter devant cinq statues, groupées dans une autre galerie du même Camposanto, et bien faites pour frapper un historien de Henri VII et de son mausolée. En effet Tune de ces statues, qui est de grandeur naturelle, représente l'empereur Henri VII en personne, assis, la couronne en tète, et un ample manteau sur les épaules ; les deux mains, aujourd'hui coupées au poignet, tenaient sans doute le sceptre et le globe. On reconnaît aussitôt dans la statue assise le personnage couché sur le sarcophage voisin, le visage carré, les joues osseuses, les yeux profondément enfoncés *. Quatre personnages plus petits, — trois laïcs et un moine, — sont groupés deux à deux, à droite et à gauche de l'empereur, et tournent la tête vers lui.

1. Les érudits pisans se souvenaient encore, au début du xix« siècle, que la statue assise du Camposanto représentait le même personnage que la statue couchée du sarcophage sculpté par Tino di Camaino. Cette « statue assise de l'école de Nicola, qui passe pour le portrait de l'empereur Henri VII » est notée parmi les sculptures historiques du Camposanto par MoRRONA (Pisa antica e moderna, 1821, n° 149 du catalogue des sculptures) et par Rosini {Descrizione délie pitlure del Carnpo santo, 3« éd., 1829, p. 217;.

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Ces quatre statues, de travail plus grossier que la statue impériale, sont étroitement apparentées aujc apôtres du sarcophage. Avec leurs tètes épaisses, leurs visages ronds, leurs meatous lourds, leurs cous enfoncés dans les épaules, elles sont, comme les deun effigies de l'empereur assis et couché, l'œuvre de Tino, ou tout au moins des praticiens qui ont aidé à Pise le maître

siennois, pendant les six mois qu'a duré l'exécution du mausolée. Du moment où ce groupe de statues est sorti de l'oubli, il ne saurait plus être négligé, dans un essai de restauration du tombeau de Henri VII. Ces cinq statues de ronde bosse, où se retrouvent les traits distinctifs des ligures authentiques de Tino di Camaino, ont évidemment appartenu à un monument commémoratif de l'empereur. Or tous les monuments élevés en Italie, avant le milieu du xV siècle, pour perpétuer la gloire d un homme, sont des tombeaux. Il faut attendre le grand arc de marbre élevé par Alphonse d'Aragon, entre deux tours de Castel Nuovo, et les statues équestres des condottieri

de Padoue et de Venise, pour trouver, à l'entrée d'un château ou sur une place publique, un monument triomphal qui ne recouvre pas un cercueil.

Il est certain que les cinq statues du Camposanto ont fait partie du mausolée de Henri VU. Mais comment disposer le personnage assis et les personnages debout par rapport au sarcophage et à la statue couchée ? Avant de proposer une restauration nouvelle, il faut se rendre un compte exact du rôle que jouent les statues de ronde bosse, à genoux, assises ou debout, dans la composition des tombeaux toscans du xiv^ siècle.

Arnolfo di Cambio, dans son monument du cardinal de Brave, à San Domenico d'Orvieto, a créé un premier type de monument funéraire, où, au-dessus du lit de parade entouré de courtines, le mort est représenté une seconde fois, à genoux devant la Vierge Marie, assise et tenant TEnfant. Cest la disposition qui fut adoptée d'ordinaire en Toscane, el que Tino di Camaino repro- 'duisit dans la plupart des mausolées qu'il éleva à Naples.

Il existe en Toscane quelques monuments funéraires où le mort est représenté, non point à genoux, mais assis, à la place d'honneur qu'occupe, sur la plupart des tombeaux du xiv* siècle, une image de la Vierge. Tel est le mausolée de Tévêque de Florence, Antonio Orso(f 1321) *, que Tino di Camaino lui-même exécuta pour le parti guelfe, six ans après avoir achevé le monument du souverain bien-aimé des gibelins. Le mausolée de Févêque a été déplacé en 185i : il est aujourd'hui appliqué très haut, contre la paroi latérale de la cathédrale, du « côté de l'Epître ». La statue assise de l'évêque est directement posée sur le sarcophage orné de bas-reliefs bizarres, où des anges aux grandes ailes se mêlent à des squelettes, en une sorte de ronde macabre. La tête est inclinée sur Tépaule et les mains croisées comme si l'artiste s'était contenté de redresser et d'asseoir le cadavre dans ses ornements pontificaux. Cette unique statue, posée sur le couvercle nu du sarcophage, constitue une décoration bien grêle, et l'on peut se demander, comme pour le mausolée de Henri Vil, si sarcophage et statue ne sont pas les restes d'un monument plus riche en sculptures.

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