‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 270 sur 312 · PIETRO LORENZETTI · texte numérisé non relu

PIETRO LORENZETTI

On sait qu'il n'existe aucun document d'archives qui nous permette de nommer l'auteur des admirables fresques du Camposanto de Pise, le Triomphe de la Mort, le Jugement Dernier, la Vie des Anachorètes. Vasari attribuait les deux premières à Andréa Orcagna (aidé de son frère Nardo dans la peinture de TEnfer), la troisième à Pietro Lorenzetti. Il est difficile de déduire exactement les raisons qu'il en eut. A-t-il confondu avec Andréa Orcagna le mystérieux Andréa da Firenze qui, après avoir décoré pour les Dominicains de Florence la chapelle dite des Espagnols dans le cloître de Santa Maria Novella, passa les dernières années de sa vie à peindre, pour les Dominicains de Pise, gardiens du Gamposanto, les grandes fresques voisines de celles qui nous occupent, la Vierge glorieuse et les histoires de saint Rainier * ? Ou, plus simplement, s'est-il souvenu, devant

1 . L*histoîre de cet Andréa da Firenze est des plus singulières, et Gaetano MiLANï:si, à la suite de Bonaim, s'est efforcé inutilement à lui restituer une personnalité, en TidcntiGant à un des nombreux peintres du nom d'Andréa que nous connaissons à cette époque, non par des œuvres, il est vrai, mais seulement par un texte. N'était rincontes.tabie document publié par BoNAiNi, qui mentionne un paiement à lui fait le 13 octobie 1378 (style pisan^ lisez 1377), alors qu'un autre document certifie qu'Orcagna était mort dès avant le 17 janvier 1376 (style florentin, lisez 1377), il y aurait plus d'une raison de le confondre avec Orcagna, dont il rappelle avec plus de sécheresse la manière. Mais une discussion sur Andréa da Firenze sortirait du cadre de cette étude ; je me contenterai d'affirmer, contre des opinions récentes, qu'il est évidemment l'auteur des trois grandes fresques de la Chapelle des Espagnols (et non point seulement de deux de ces fresques), et que la Madone glorieuse du Gamposanto ne peut avoir été peinte que par lui. V. Bonaini, Menwrie inédite^ Pise, 1846, p. 105-107 et 141 ; MiLANESi, dans Vasari, éd. Saosoni, Florence, 1878, vol. I, p. 553, note 5; Kraus, Gesçh, der chrislL Kunst, Ile»" Bd.,2« Abth., p. 146, 166-167.

UN « TRIOMPHE DE LA MORT » DE PiETRO LORENZBTTI 437

les fresques de Pise, des fresques peintes à Florence par les frères Orcagna dans la chapelle Strozzi, à Santa Maria Novella, et sur la grande paroi dé droite de Santa Croce * ? Quant à Pietro Lorenzetti, en Tabsence de toute preuve assurée qu il ait jamais travaillé à Pi^e, il nous faut admettre que Topinion de Vasari, à moins d'en faire une hypothèse forgée à plaisir, a dû reposer sur quelque tradition ancienne, ou sur la connaissance d'une peinture analogue de ce maître.

Sans insister sur les descriptions que donnèrent de nos fresques des historiens tels que le P. délia Valle, Morrona, Lanzi, Rosini, Grassi, il suffira de dire que les attributions de Vasari demeurèrent incontestées jusqu'à la publication du grand ouvrage de Crowe et Cavalcaselle. Ces érudits, admettant sans discussion Pietro Lorenzetti pour auteur de la troisième des fresques, se trouvèrent conduits à lui attribuer également les deux autres par une série de comparaisons très ingénieuses et justes ^. Ils avaient raison de donner aux trois fresques un seul et même auteur ; avaient-ils raison de reconnaître en cet auteur un Lorenzetti? Leur opinion, généralement acceptée, fut contredite par M. Thode et M. Supino, qui revendiquèrent les fresques pour Técole pisane, en la personne de Francesco Traini ^. Dans son récent et considérable ouvrage sur le Camposanto de Pise^, M. Supino a précisé et fortifié ses arguments. Ils sont assez convaincants pour que Ton puisse leur donner adhésion, tout en réservant, peut-être, cette part minime de doute que laissent les plus belles démonstrations, lorsqu'elles ne sont pas appuyées d*une preuve irréfutable.

Les ressemblances sont frappantes entre certaines têtes des

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