‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 282 sur 312 · Pièces justificatives f I · texte numérisé non relu

Pièces justificatives f I

La recluse ne tarda pas à être doublée d'une voyante. La preuve en était fournie déjà par Jean du Bois, auteur fort peu connu d un mémoire adressé à Charles VII, en H45', que Jules Quicherat a eu le mérite de signaler le premier ^. Mais cette circonstance est encDre mieux établie par le livre même dont Jean du Bois n'avait fait que citer des extraits, je veux parler du Livre des révélations et visions de Marie Bobine, dont un exemplaire subsiste dans le ms. 520 de la Bibliothèque de Tours \ On y découvre qu une première fois la voyante se crut chaînée par Dieu de transmettre à Charles VI des ordres relatifs aux schisme. Puis la voix céleste se fît entendre, une seconde fois, à Marie Robine, le 22 février 1398 : « Va, lui dit-elle, trouver le (( roi. Dis-lui... qu'il procure l'union de l'Eglise par les moyens c( que j'ai déjà indiqués, et qu'il se garde de faire ou de laisser « faire soustraction d'obédience à Benoît XIII ». C'était, en effet, le moment où, lasse des tergiversations du pape d'Avignon, la cour de France songeait sérieusement à se retirer de son obédience. « Cet expédient, poursuivit la voix, a pour principes « l'orgueil, l'envie et l'avarice... Dis aussi au roi qu'il opère la « réforme dans l'Église : les prélats d'aujourd'hui appliquent à « rebours les préceptes de l'Évangile... Dis lui de fonder dans « chaque diocèse trois maisons ou collèges, un pour les indice gents et les vieillards, un pour les pauvres étudiants, le troi- « sième en vue de la défense des Églises contre les ennemis de « la foi... » Si Charles VI manquait de suivre ces recommandations, son salut éternel n'était pas compromis ; mais, aban-

i. Bibl. nat,, ms. français 5734, fol. 41-64. — La date delà rédaction est précisée dans un passage qui se trouve au fol. 55 v^.

2. u A cejerespons selon ceu que dit Marie Robine, dicte la Gasqued* Avignon, en une vision que Dieu luy demonstra, comme elle recite en iceUe vision, comment Dieu mandoitau roy de France par la dicte Marie que il ne fist, ne permist estre fait substraction audit pape... Pour ce leur fandroii remonstrer ce que recite Marie Robine, la quelle dit que Dieu luy demonstra comment il reprenoit le pape Benedic de ce qu*il ne se estoit voulu consentir à faire cession de sa papalité... Item, dist Marie Robine qu*elle demanda quelle retribucion seroit faicte audit roy de France, s'il falsoit cestereparacion de TEglise, comme dit est : luy fut respondu... » (Ms. cité, fol. 48 r«, 50 r«, 60 r<».)

3. Ms. du xv^' siècle, provenant de Tabbaye de Marmoutier. Fol. 115 r*: « Sequuntur quedam visiones ac revelationes facte Marie Rubine, alias dicta Vasconensi, super facto Ecclesie et pape ac régis Francie. »

donné de Dieu, livré aux impulsions de sa propre fantaisie, il devait abréger le cours de sa vie mortelle, au lieu qu'en se conformant à ces prescriptions, il était sûr de réussir d'une façon merveilleuse dans ses entreprises et d obtenir pleine victoire, non seulement sur tous les chrétiens, mais sur une grande partie des Sarrazins.

Cette « révélation » parait avoir vivement impressionné la recluse. Elle adressa au roi de France une lettre contenant le récit de toute sa vision. Puis, au bout de quelques mois, durant lesquels sa réputation de voyante n'avait fait que s'alTermir, ses extases ayant eu pour témoins parfois de grands personnages, tels que Marie de Bretagne, reine de Sicile ^, elle sortit de sa retraite et osa entreprendre le voyage de Paris; c'était pour mieux remplir la mission dont elle se croyait désormais investie.

Nous la retrouvons, effectivement, le 2 juin, à Paris, cherchant à se faire entendre des membres du concile national qui, depuis cinq jours, discutaient la question de la soustraction d'obédience. Bravement elle se présenta au Palais de la Cité, disant avoir des ordres d'En haut. Elle eut beau faire : on refusa de Técouter. Invitée à rentrer chez elle et à y demeurer jusqu*à ce qu'on la fit appeler, elle obéit; mais, le soir même, la voix céleste lui prescrivit de nouveau de mettre la crainte de Dieu audessus de la crainte des hommes : <( Va, lui dit-elle, va-t-en (c vers ces prélats chaque fois qu'ils se rassembleront. Courage « et hâte-toi ! Tu trouveras grâce devant moi. »

J'ignore si Marie Robine renouvela sa tentative et fut plus heureuse une autre fois. En tout cas, il n'en est fait mention dans aucun des comptes rendus ou relations du concile de Paris, et l'intervention de la voyante n'empêcha pas la royauté de décréter, à l'issue de cette assemblée, la soustraction d'obédience.

Marie Robine cependant, à Paris comme à Avignon, continuait d'éprouver des extases, le 6 juin, par exemple, jour de la Fête-Dieu, pendant qu'elle entendait la messe dans son oratoire, puis le 9 et le 10 novembre. Ce dernier jour, la voix divine qu'elle croyait entendre lui enjoignit de transmettre ses ordres,

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