‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 283 sur 312 · Le 26 et le 27 avril · texte numérisé non relu

Le 26 et le 27 avril

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par écrit, aux maîtres en théologie de TUniversité de Paris : « S'il y en a parmi eux d'idolâtres, qu'ils brisent leurs idoles ; {( ils acquerront ainsi la force de renverser les idoles des autres. (( Dis leur, ajoutait la voix, qu'ils cessent de se glorifier : leurs « œuvres sont peu méritoires * . »

La présence de la voyante à Paris ne passa pas inaperçue. C'est ce que nous apprend un chroniqueur attaché à la cour de Benoit XIII, dont TcBuvre, singulièrement instructive, n'était jusqu'ici connue que par les emprunts que lui avait fait l'historien Zurita. D'après Martin d'Alpartil, dont le R. P. Ehrle a bien voulu me communiquer le récit complet, par lui retrouvé et transcrit en Espagne, Marie Robine réussit tout au moins à convaincre la reine qu'elle jouissait auprès du pape d'un crédit considérable : Isabeau de Bavière résolut donc de se servir d'elle, probablement pour tâcher de fléchir l'obstination de Benoît XIII. Elle la renvoya escortée, entre autres compagnons, d'un clerc et d'un théologien, appelés sans doute à faire entendre au pape d'utiles exhortations.

C'est vers le mois de mars 1 399 que Marie Robine reparut à Avignon. Elle y retrouva Benoît XIII assiégé ou du moins bloqué, dans son Palais, par les troupes du sacré collège. Vainement elle sollicita la permission de communiquer avec lui dans l'intérêt de l'union. Les cardinaux, qui faisaient bonne garde autour du rocher des Doms, virent d'un mauvais œil une protégée du pape qui ne sut peut-être pas justifier du mandat qu'elle avait reçu de la reine. Jean de la Grange, cardinal d'Amiens, alla jusqu'à faire arrêter le clerc et le théologien qui accompagnaient Marie Robine. Il les relâcha peu de jours après, mais pour leur faire reprendre en hâte le chemin de Paris.

Marie Robine se borna donc à poursuivre dans son oratoire du cimetière de Saint-Michel sa vie de pénitente. Elle y fut favorisée de nouvelles visions, par exemple, les 6, 12, 13 et 18 mai, le 12 octobre et le 1" novembre 1399. Un jour, il lui arriva de se croire transportée dans la demeure de saint Jean TEvangé-

1. Tous ces détails sont empruntés au Livre des révélations de Marie Robine, dont on trouvera plusieurs extraits parmi nos Pièces justificatives.

liste, dont elle admettait la survivance, suivant une croyance assez répandue dans Tantiquité et au moyen âge ^ Le saint apprit d elle, avec stupéfaction, la prolongation du schisme et ne trouva moyen de l'expliquer que par quelque manque de foi dont se serait rendue coupable TEglise d'Occident. Il promit de prier pour Tunion et tint parole aussitôt ; il implora, à cet eiTet, la miséricorde divine àTissue d'une messe dite par le Christ luimême en présence de saint Pierre, de saint Paul, de saint Laurent et de saint Nicolas : curieuse scène dont la description, dans le livre de Marie Robine, ne manque pas d'une certaine poésie étrange ^.

Dans ces derniers temps de sa vie, la recluse d'Avignon parait plus que jamais pénétrée de tristesse et d'indignation à la vue des fautes du clergé. C'est l'impression qu'elle rapporte surtout de sa « visite » du jour de la Pentecôte à la vallée de Josaphat. Elle y a vu comparaître devant le Christ tous les curés du monde, chacun suivi de son troupeau, les prieurs, les abbés, les évéques, les archevêques, le pape et douze cardinaux. Leurs habillements étaient somptueux, mais leurs paroles mensongères. Un patriarche hypocrite y parlait au nom de tous, et Ion ne peut s'empêcher de penser au patriarche d'Alexandrie, Simon de Cramaud, porte-parole habituel du clergé de France à cette époque. Une immense clameur s'était élevée soudain vers le tribunal de Dieu, cri de vengeance de tous les hommes morts par la faute des prélats. Le châtiment aurait été immédiat sans l'intervention de la Vierge, qui, faisant valoir l'approche de Tannée jubilaire, — elle allait commencer, en effet, le 25 décembre, — avait obtenu de son Fils un sursis de vingt mois et de qua~ ran te jours ^,

Il n'est pas jusqu'aux papes d'Avignon dont la conduite n'ait causé à Marie Robine une pénible désillusion. Clément VII, ce

i. « Dicît ei Jésus : « Sic eum volo manerc donec vcniam, quid ad te? tu me sequere. Exiit ergo sermo iste in ter fratres quia discipulus ille non nioritur. » (/oa/in., XXI, 22, 23.) Cf. Isidore de Séville, De ortu et obitu Patrum, 43, et un article d'A. Sabatier, dans VEncyclopédie des sciences religieuses (t. Vil, p. 476).

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