‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 285 sur 312 · Martène et Durand, AmpUssima collectin, t. VII, c · texte numérisé non relu

Martène et Durand, AmpUssima collectin, t. VII, c

4. « Lucrabitur regem et xii pares Francie... Et hoc intelligitur si rex Francie et alii continuent modum quem inceperunt. » (Ms. cité, fol. t25 r°.)

5. Voici les paroles que Marie Robine met, le 12 octobre 1399, dans la bouche de Dieu : « Nos autem mandavimus régi Francie quod ipse reparet débite status Ecclesie militantis, et ipse nichil vult facere pro nobis. Nos deponemus eum de sedibus suis per médium subjectorum suorum, et erunt aliqui eorum qui morientur in magnis fluminibus sanguinis, et nostri erunt veri martires. » Ibid., fol. 126 r«.)

6. « Dicetur : Hic fuit Parisius. >> {Ibid,, fol. 127 v« ; cf. fol. 15 r«.)

7. « Hec igilur omnia et alias revelaciones quas Maria tradidit, ipsa posuit correctioni S. matris Ecclesie et omnium quorum interest. Et in articulo mortis sue eas tenuit et asseruit fore veras et a Deo sibi revelatas. Et in illa ûde migravit ad Dominum die dominica, hora misse, infm octabas B. Martini, anno Domini 1399. » (Ibid.^ fol. 128 r^.)

J ai tenu à faire connaitre avec quelque détail une existence mêlée à de grands événements et une œuvre ignorée jusqu'ici, où, à côté du merveilleux, l'histoire peut glaner, ainsi que dans la plupart des prophéties de Tépoque, d'utiles indications. Le confesseur de Marie Robine est sans doute Tauteur de la rédaction du Livre de ses révélations; présent à plusieurs de ses extases, il écrivait sous sa dictée ou sous son inspiration. C'est ainsi que procédait probablement le confesseur d'une autre illuminée du même temps, Constance de Rabastens K Les « visions n de Marie Robine ont l'avantage d'être toutes datées d'une façon précise : au nombre de douze, elles s'échelonnent entre le 22 février 1398 et le 1®' novembre 1399. D'une sincérité évidente, elles révèlent un état d'esprit qui doit être celui d'une grande partie de la classe populaire, en France, à cette époque : elles respirent, à la fois, un tendre intérêt pour le malheureux roi Charles VI, une vive rancune à l'égard du clergé, rendu principalement responsable du schisme, un ardent désir de réforme et d'union. Leur place est marquée à côté des prophéties de Hildegarde, de sainte Brigitte, d'Ërmine, de Télesphore et de tant d'autres, dont l'influence a été considérable, et dont on sait maintenant tirer de précieuses indications tant sur les mœurs que sur les idées de la dernière partie du moyen âge ^.

Nous nous sommes laissés entraîner bien loin de Jeanne d'Arc. Il est temps d'y revenir. Une fois en présence du Livre des révélations de Marie Robine conservé dans le manuscrit de Tours, j'y ai recherché avec curiosité, et j'ai eu le regret de n'y point trouver le passage où la voyante prédisait, suivant le témoignage de Jean Barbin, la venue d'une vierge guerrière qui délivrerait le royaume. Rien, dans les douze visions de 1398 et de 1399, qui, de près ou de loin, puisse s'interpréter comme l'annonce de la mission de la Pucelle.

1. A. Pages et N. Valois, La prophétesse de Rabastens et le Grand Schisme^ dans les Annales du Midi, 1896, p. 243.

2. Parmi les travaux récents publiés dans cet ordre d*idées, v. surtout Kampers, Kaiserpropheiien und Kaisersagen im Mittelalier (Munich, 1895) et J. Rohr, Die Prophétie im letzien Jahrhundert vor der Reformation als Geschichlsquelle und Geschichtsfakior, dans Hisiorisches Jahrbuch, t. XIX (1898), p. 29 et 447.

Il est bien question d'armes, à diverses reprises, dans les visions de Marie Robine. Le 26 avril 1398 notamment, la recluse aperçoit une roue de feu à laquelle sont fixées trois mille quatre cent cinquante épées et d*innombrables flèches. Mais la pensée ne lui vient pas un seul instant que ces armes lui soient destinées à elle-même, encore moins à une future libératrice du royaume. Ce sont des armes vengeresses suspendues sur la tête du genre humain coupable, et dont l'intervention de la Vierge Marie conjure seule, pour le moment, les effets foudroyants K

Aussi Jean Bréhal, l'inquisiteur qui poursuivit avec tant de zèle la réhabilitation de Jeanne d'Arc, se garda-t-il d'évoquer le souvenir de Marie Robine. Dans un mémoire qu'il composa vers 1455, il cite comme se rapportant à Jeanne de prétendues prophéties de Bède et de Merlin ; il énumère même plusieurs saintes femmes précédemment favorisées de révélations célestes : mais il passe entièrement sous silence les visions de la recluse d'Avignon *.

Faut-il donc rejeter dans le domaine de la légende le fait rapporté par Jean Barbin en 1456, ou admettre que Jean Erault, en 1429, s'est mépris sur le sens des prophéties de Marie Robine? C'est l'une de ces deux hypothèses, à vrai dire, qui offre le plus de probabilité.

Et pourtant il n'est pas tout à fait impossible que Jean Érault ait tenu le langage qu'on lui prête, et qu'en le tenant, il ait cité avec exactitude une prophétie de Marie Robine. Remarquons que le fait, auquel il se réfère, de la venue de la voyante à Paris et de sa démarche auprès du roi, est attesté non seulement par Martin d'Alpartil, mais par le Livre des révélations. Si la mémoire de Jean Érault s'est montrée fidèle sur ce point, peutêtre l'a-t-elle servi également bien quant au reste. A lire attentivement le Livre des révélations^ on s'aperçoit, d'ailleurs, qu'il ne contient pas toutes les visions de Marie Robine ^. Il y manque

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