M. G, Script, Lang.^ p. 256, 457 ; Iheoph. cont., V
12 L. OUCH£SNE
ceux de Bova et d'Oppido aux environs de Reggio. Ces deux derniers, qu'ils soient de fondation byzantine, comme je le crois, ou d'origine normande, comme d'autres le pensent ^ demeurèrent toujours dans Tobédience de Reggio. Quant aux deux auti'es et, en général, aux évéchés du nord de la Calabre, leur situation provinciale dut varier suivant les vicissitudes de la frontière entre Byzantins et Lombards. La bulle du pape Jean XV -, qui délimite la province de Salerne, récemment créée, nous donne Tétat des choses en 994. A Salerne ressortissaient alors trois évêchés calabrais, Bisignano, Malvito et Cosenza. Le premier et le troisième figurent aussi sur les listes byzantines. Quant à Malvito, qui apparaît pour la première fois dans cette pièce, il est probable que cet évêché était de fondation lombarde, car Reggio ne le compta jamais parmi ses sufTragants.
L'histoire ecclésiastique de ce pays, au x* siècle et jusqu'à la conquête normande, est des plus obscures. Le nord de la province de Reggio a dû changer plusieurs fois de maîtres et les relations ecclésiastiques s'en ressentirent. En 1056, nous trouvons à Cosenza un « archevêque » Pierre. Sa mort est enregistrée à cette date dans la chronique de Lupus Protospatha. Cet auteur at-il fait erreur en qualifiant d'archevêque un prélat dont le siège ne devint métropolitain que plus tard ? La métropole existait-elle déjà avant Tannée 1056? On dit que Roberf Guiscard aurait pu en déterminer la fondation. Mais ceci est grandement invraisemblable. Au moment où mourut !'« archevêque » Pierre, c'est à peine si Robert, qui menait depuis cinq ou six ans la vie d'un chef de brigands à Scribla et à S. -Marco, s'était rendu maître de Cosenza. Il n'avait guère été en situation de fonder des métropoles. De tous les chefs normands d'alors c'est celui qui était le plus dépourvu d'assiette et de respectabilité. On ne s'imagine pas les papes Léon IX et Victor II traitant avec lui de provinces ecclésiastiques. Du reste, un document de 1058 •* postérieur de deux ans à la mort de l'archevêque Pierre, nous montre le pape Etienne IX confirmant encore une
1. C'est l'avis de M. Minasi, Le chiese <Ji Calabria^ p. 315, et de M, Gay, /. c, p. 258.
LES ÉVÊCIIÉ8 Dt: CALABRI:: « 13
fois le métropolitain de Salerne dans ses droits sur ses suiTrafiants, parmi lesquels figure Tévêque de Cosenza.
Ainsi Tarchevêché de Cosenza n'était pas connu ou reconnu à Home en 1058. Si donc Lupus Protospatha s'est exprimé correctement — et rien ne nous autorise à penser le contraire — il faut admettre que ce titre d'archevêque a une orijçine et une signification byzantines. L'évêque de Cosenza aura été, de par le |)atriarcat de Constantinople, exempté de la juridiction métropolitaine de Reggio et déclaré autocéphale. La même situation semble bien avoir été faite aux évêques de Conza et d'Acerenza.
L*état des choses fut sensiblement modifié par la conquête normande, tant au point de vue du nombre des sièges, que pour leur groupement en provinces ecclésiastiques. Les provinciaux de l'Eglise romaine nous renseignent sur ces changements. Les plus anciens sont ceux d'Albinus et de Cencius, à la fin du xii^ siècle. Toutefois il faut tenir compte d'un document de la première moitié de ce même siècle, inséré par Cencius dans son Liber censuum^ la table des évêchés relevant du Saint-Siège, \omina epiêcopatuum pertineniium ad sanctam sedem *. Ce n'est pas un provincial proprement dit ; les évêchés n'y sont pas répartis en provinces ecclésiastiques. Ceux qui relèvent d'une métropole sont exclus ; on n'y a admis que les métropoles et les sièges exempts, relevant immédiatement du pape. Malheureusement ces deux catégories ne sont pas distinguées Tune de l'autre, de sorte qu'on ne voit pas toujours si un siège est simplement exempt ou s'il est métropolitain. Pour la Calabre nous trouvons les sièges de Cassano, Bisignano, Rossano, Santa- Severina, Cosenza, Malventus {sic), Nicastro, Très Tabernae^ Squillace, Reggio, Mileto. De ces onze sièges, deux, ceux de Reggio et de S.-Severina, étaient depuis longtemps des métropoles. C'est peut-être aussi le cas de Cosenza et de Rossano. Cosenza et Martirano, qui furent autrefois et jusqu'en 1058, des suffragants de Salerne, ne figurent plus comme tels dans la bulle d'Urbain II, du 20 juillet 1098 2, où sont définis les privilèges de Salerne. Martirano, n'étant pas nommé dans notre docu-
i. Muratori, Antiq.y t. V, p. 899. Ce document sera très prochaioement publié dans la continuation du Liber censuum. t. J. 5707.