‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 36 sur 312 · G. MONOD · texte numérisé non relu

G. MONOD

OÙ Paul Orose nous parle de ces événements. Au chapitre 38 du livre VII de ses Historiarum adversus paganos libri septem^ il raconte que Stilicon, désireux de faire arriver à Tempire son fils Eucherius, précipita sur les Gaules des hordes innombrables de barbares « gentes copiis viribusque intolerabiles », parmi lesquelles il cite les Alains, les Suèves, les Vandales et les Burgundions *. Au chapitre 40, après avoir parlé de la prise de Rome, il revient à Tinvasion de 406-407 et à ses suites : « Inlerea ante biennium liomanae inruptionis excitatae per Stiliconem gentes Alanorum, ut dixi^ Sueborum, Vandalorum multaeque cum his aliae Francos proterunt, Rhenum transeunt^ Gallias invadunt, directoque impetu Pyrenaeum usque perveniunt, cuias obice ad tempus repalsae, per circumiacentes provincial refunduntur, »

L'ouvrage d'Orose a été pendant plusieurs siècles le manuel d'histoire profane où ont puisé tous les chroniqueurs, aussi ne doit-on pas s'étonner de voir le renseignement fourni par lui répété sous une forme abrégée par les chroniques de Prosper, du Comte Marcellin, de Cassiodore, de Jordanis, non sans incertitude quant à la date, Orose ayant donné la vague indication : « ante biennium Romanae inruptionis ^. » La chronique du faux SuLPiCE Sévère, après avoir rapporté en 409 l'invasion de l'Espagne par les Alains, les Vandales et les Suèves, ajoute à l'année 410 : « Ante biennium inruptionis Romanae excitatae gentes ab Sti-

1. La chronique impériale de 379-455 (publiée clans Migne, li, p. 859- 866 comme chronicon sub Tironis Prosperi noniine vuigafum) attribue aussi à Stilicon l'invasion de 407. Elle ne reproduit pas les termes d'Orose, mais elle résume son récit : « Diversarum gentium rabies Gallias dilacerare exorsa, immissu quam maxime Stiliconis, indigne ferentis filio suo regnum negatum. » Je crois avec Ch. Ilodgkin, Itaiij and her Invaders, II, 219, et I, 739, et contrairement à l'opinion de M. Bury, History of the laler Roman Empire ^ 1, 1, p. Hl et de Ranke, Wellgeschichte IV, I, 253, que Taccusation portée contre Stilicon est peu vraisemblable.

2. Prosper a placé l'invasion des Gaules par les Vandales et les Alains à sa vraie date, à la fin de 406 : « Arcadio VI et Pbobo Coss. Vandali et Alani Gallias, traiecto Rheno, pridie Kal. lanuarias ingressi. » Le passage de la chronique du comte Marcellin relatif aux mêmes événements parait bien dériver des ch. 38 et 40 d'Orose, mais il n'en a pas transcrit les termes [Ind. V7, Basso et Philippo coss.), Jordanis au ch. 22 de son Historia Golhoruni et dans son De regnorum successione a suivi le comte Marcellin.

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licone ci filio eiua Eucherico », attribuant à cet enfant un rôle qu il ne pouvait jouer.

Les auteurs d'histoires plus développées ont reproduit avec plus ou moins d'exactitude le passade d'Orose. Isidore de Sévillë, dans son HUtoria Vandaloram, à Tère 444, le copie, mais il y introduit uneerreuren croyant le corriger : « Aniebienniuminruptionis Romanae urbis exciiatac per Stiliconem génies Alanorum^ Suevorum et Wandalorum^ transiecto Rheno Gallias irruunt, Francos proterunt, directoque impetu ad Pyrenaeum usque perveniunt, » Isidore s'est imaginé qu'Orose s'était trompé en plaçant l'écrasement des Francs avant le passage du Rhin ; pour Isidore, écrivain du vu* siècle, les Francs sont une nation qui occupe principalement la rive gauche du Rhin. Aussi croit-il, bien à tort, devoir transjK)rter les mots : « Francos proieruni » après les mots « Gallias invadunt ^ »

Bêde le Vénérable, au viii'^ siècle, dans son Historia ecclcsiaslica Anglorum (I, n), copie Orose sans en altérer le texte ni le sens : « Ante biennium Romanae inruplionis,,. cum génies Alanoruniy Suevorum, Vandalorum, mullaeque cum his aliae, prolrilis Francis, Iransilo Rheno, lolas per Gallias saevirenL., » Mais Pai'l Diacre dans son Historia Romana, à la iin de son 1. xiii, en transcrivant le passage d'Orose, commet la même faute qu'Isidore et met les envahisseurs aux prises avec les Francs en Gaule même : « Ante biennium Romanae irruptionis génies copiis l'iribusque intolerabiles, hoc est Alanorum^ Suevorum, Vandalorum, Burgundionum, multasque cum his alias génies, ultro in srma suscitavit (Stilico), et mox Rhcnum fluvium Iranseunl, Francosque fugare Gallia volunt, directoque impelu Pyrenaeum usque perveniunt.

\. Isidore a introduit dans la dernière partie de la phrase d*Orose une modiGcatioD qui contient peut-être une erreur. Orose en efTet semble dire que ce qui a arrêté les barbares aux Pyrénées, c*est Tobstacle naturel qu'elles opposaient aux envahisseurs. Il parle au paragraphe suivant de la résistance opposée par Didymus et Verinianus aux Judices envoyés en Espagne par le tyran Constantin. Isidore dit : cuius nbice per Didymum et yerinisnunt.., occupalo ah Hispania tribui annis repulsij per circum- Ueentes Galliae provincias vagahantur. Il est vrai que l'interprétation d'Isidore peut être vraie, puisqu'Oroso dit plus loin que Didymus et Verinianus tutari privât o praesidio Pyrenaei Alpes moliebanlur et que TEspagne fut ouverte aux barbares quand ils eurent été tués par Cunsfans

Isidore dit Constantiua), fils de Constantin.

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Fréculf de LisiEUX, au ch. VI de sa Chronique Universelle, composée pour rinstruclion de Charles le Chauve , copie fidèlement la phrase d^Orose, mais en supprimant les mots « Francos proterunt », sans doute par égard pour Tamour-propre de la famille royale qui règne sur les Francs.

Nous arrivons maintenant à un groupe de chroniqueurs qui ont altéré le texte d'Orose d'une manière beaucoup plus grave.

Grégoire de Tours dans le ch. 9 du livre II de VHistoria Francorum nous fournit des extraits de l'histoire de Renatus Profuturus Frigeridus, relatifs à la guerre des Francs avec les Vandales en 406, et aux expéditions des Francs en Gaule comme auxiliaires de Constantin, puis de Jovin en 411. Il termine ses extraits par une phrase sur Castinus, comte des domestiques, qui fut envoyé en Gaule probablement par Honorius, à une date incertaine, mais certainement postérieure à 4H, pour combattre les Francs * : « Castinus, domesticorum cornes^ expeditionein Francos susccpta, ad Gallias mittitur ». Arrêtant là ses extraits de Frigeridus, Grégoire de Tours ajoute : « Horosius in vii*^ operis sui libro commémorât: Stilico, congregatis gentibus, Francos proteref., Rhenum transit, Gallias pervagatur et ad Pyrineus usque perlabitur. » Comme Grégoire ne s'intéresse qu'à la mention, faite par Orose, des Francs, il omet les noms des nations barbares soulevées par Stilicon, et il fait de celui-ci le chef même des hordes qui envahissent la Gaule.

L'abréviateur des six premiers livres de Grégoire de Tours à qui on doit VHistoria Epitomata contenue dans la compilation du vil® siècle dite de Frédégâire, compose une phrase unique avec les deux phrases' de Grégoire relatives k Castinus et à Stilicon et écrit : Castinus, domesticorum comes, expedicionem accepit contra Francos, cosque proterit, Renum transit, Gallias

1. Frigeridus place ce fait après rélévation d'Asterius au patriciat. Nous savons qu'Asterius était gouverneur de TEspagne en 420 et que Castinus était maître de la milice en 422 (Hodgkin, Italy and her Invaders, I, 893 et II, 224). Castinus, lors de Tcxpédition contre les Francs, n'est que comte des domestiques. Weismann, dans son ouvrage De Francorum primordtis que je ne connais que par une citation de Richter, Annales des fraenkischen lieiches, I, p. p. 18, place cette campagne en 421. Elle a sans doute été provoquée par l'invasion des Franks, entre 413 et 420, où Trêves fut plusieurs fois pillée. Si Asterius n'a reçu qu'en 420 le titre de patrice, la date de 421 peut être considérée comme probable.

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