‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 44 sur 312 · Revue de» Questions historiqueSy t. LVII · texte numérisé non relu

Revue de» Questions historiqueSy t. LVII

2. Par exemple Civilis, Maximin, Bonitus,SiIvanus, Magnentius, son frère DeccDtius.

30 GODEFROID KLKTH

dédaigner de se laisser naturaliser, même alors qu'ils servent l'empire, et ils arborent fièrement leurs noms germaniques au milieu des armées impériales*. Nous voyons durer cette affectation d orgueil national pendant toute la période des invasions, et même assez longtemps après.

4. A partir de la conquête de la Gaule par Clovis, ce sont, pour la première fois dans Thistoire, les provinciaux de la Gaule qui affectent de prendre des noms germaniques, et qui semblent vouloir se faire naturaliser barbares. Ce phénomène, qui s'explique en grande partie par la popularité des conquérants francs, est particulier à ce peuple, nous ne le retrouvons pa$^ chez les peuples ariens de la Gaule, où l'opposition entre les deux races garde toute son acuité et continue de se caractériser par l'opposition des vocabulaires onomastiques.

Ces propositions — pour la démonstration desquelles je renvoie au travail cité plus haut — impliquent, en ce qui concerne notre liste de comtes francs, la conclusion suivante :

Tous ceux des comtes francs qui portent un nom romain sont de nationalité gallo-romaine ; aucun d'eux ne peut être considéré comme ayant une origine barbare. Ce sont des fonctionnaires royaux recrutés parmi la population indigène -.

Quant à ceux qui portent un nom germanique , il nest pas possible de déterminer leur nationalité sur la foi de ce seul indice. Les uns sont d'origine barbare sans doute^ les autres de race gallo-romaine. Déterminer la proportion des uns et des autres est affaire de recherches spéciales sur la base d'autres indications.

Les éléments me manquent, par malheur, pour pousser plus avant et pour établir avec plus de précision l'état civil de nos vingtquatre comtes à noms germaniques. Tout ce que je puis dire, c est que Becco, comte de Clermont, est très probablement un barbare,

1. Par exemple Laniogaisus, Malarich, Mellohaudes, Arbogastes, Bauol, Edobincus, Nevitta, Dagalaifus.

2. Ce point étant capital, je crois utile de reproduire ici les principales références bibliographiques de cette assertion ; ce sont, outre mon propre travail, Valois, Rer. Franc/c, VII, p. 391 ; Loebell, Gregorvon Tour», p. 76;

ïioih^ Geschichte des Beneficialwesens y p. 100.

DE LA NATIOiNALlTÉ DES COMTES FRANCS 31

et qu*il fut préposé au gouvernement de cette ville à l'époque où le roi Thierry I venait de réprimer avec la plus sauvage énergie la tentative qu on avait faite de soustraire TAuvergne à son joug. En pareilles circonstances, la prudence conseillait de confier le pays à un barbare, sur lequel on pouvait compter, et non plus à un indigène *. Leudastes, par contre, me semble plutôt un gallo-romain : c'est un serf, et son père porte le nom romain de. Ix^ocadius 2. Pour les autres, je n'essayerai pas même de conjecturer : ce serait devijier et non chercher. Admettons, pour rester dans la vraisemblance, qu'une moitié est de race germanique et l'autre gallo-romaine, et nous arrivons aux résultats numériques suivants :

Page 1