‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 62 sur 312 · I. An^eeU BolUnd., t. XVI, 1897, p. 97 et suiv · texte numérisé non relu

I. An^eeU BolUnd., t. XVI, 1897, p. 97 et suiv

52 D. GERMAIN MORIK

sentent vraiment une bonne et ancienne tradition, et n'ont pu être inventés à l'époque où furent copiés les documents qui nous les ont transmis, au viii® ou ix*' siècle *. D'ailleurs, on les voit bientôt s'effacer de plus en plus; à partir du xi'^ siècle, on ne se souvient plus guère que d'Ursula et de Pinnosa.

Quant à l'inscription cléma tienne, si elle n'a pas encore été complètement élucidée jusqu'à ce jour, ce n'est certes pas faute de commentaires et de dissertations de tout genre : elle a fait couler assez d encre, notamment dans la seconde moitié de ce siècle. Mais, comme il arrive d'ordinaire en ces sortes de discussions auxquelles la passion se mêle si aisément, chacun ne semble s être occupé de l'inscription qu'en vue d'étayer son propre système ou d'ébranler celui des autres : je ne pourrais dire s'il s'est déjà rencontré quelqu'un qui pesât mûrement et avec toute l'impartialité voulue les diverses interprétations proposées, à la seule fin de savoir laquelle avait le plus de chance d'être celle du bon sens, et par conséquent celle de l'avenir.

Ce rôle très modeste, dont presque tout le mérite consiste k être venu l'un des derniers, je voudrais essayer de le remplir ici, à la mémoire du savant, de l'ami, auquel est consacré ce recueil.

L'inscription de Clematius, incrustée dans la muraille du chœur de l'église Sainte-Ursule, à Cologne, mesure 0.70 cent, de longueur sur 0.39 cent, de hauteur. En voici le texte, qui n'offre aucune difficulté à la lecture :

DIVINIS FLAMMEIS VISIONIB . FREQVKNTER ADMONIT- ET VIRTVÏIS MAGNAË MAI lESTATlS MARTYRll CAELESTIVM VIRGIN IMMINENTIVM EX PARTIB • ORIENTIS EX8IBITVS PRO VOTO CLEMATI VS • V • C • DE PROPRIO IN LOGO SVO H ANC BASILICAM

1. Voirie travail do J. Klinkenberg, Studien zur Geschichte der Kôlner Martcrinnen dans les « Jahrbucher des Vereins von Alterthumsfreunden im Rheinlande », LXXXXIII, Bonn. 1892, p. i33 suiv.

l'inscription de clematius 53

voto gvod debebat a fvndamentis restivit si qvi8 avtem svper tantam maiiestatem hvuvs basilicae vbi sanc tae virgines pro nomine -xpi- san gvinem svvm fvdervnt corpvs alicviivs deposverit exceptis virginib» sciat se semp1ternis tartari ignir. pvniendvm

L^authenticitë de cette inscription n*a jamais été sérieusement contestée par personne. Le jugement de tous les hommes com- |>étents qui ont eu Toccasion de lexaminer à notre époque est conforme à celui qu'en a porté le D' Ritschl, professeur k TUniversité de Bonn * :

<' Pour ce qui est de l'inscription, je vous donne mon avis sur son absolue authenticité avec toute l'assurance qu'on peut avoir on ces sortes de choses. Les traits de l'écriture sont, depuis le commencement jusqu'à la fin, du style antique le plus pur et le plus sévère, même à un degré bien trop élevé pour ne penser tout d'abord qu'au v* siècle que vous lui supposez. Ces marques caractéristiques si parfaitement rendues jusque dans les détails et avec tant de suite, aucun faussaire moderne, on peut l'affirmer hardiment, n'aurait été capable de les reproduire. A coup sûr, il «» serait trahi dans la forme de certaines lettres, par exemple, de M, P. Même observation relativement à quelques particularités orthographiques très remarquables, qui reposent sur les meilleurs principes de l'antiquité, notamment à l'orthographe des

mots MAIIESTAS, HVIIVS, ALICVIIVS. »

Ritschl avouait ensuite qu'il avait peine à comprendre le sens de certains passages obscurs ou construits d'une manière vicieuse. Cette difficulté s'est manifestée de très bonne heure : c'est ainsi que les anciens livres liturgiques de Cologne contiennent déjà rinterprétation fautive a partibus Oricntis exhihitae, au lieu de ersibitus *. De nos jours, on n'est pas retombé dans des erreurs

1. Lettre au D"" Ennen, reproduite par Kessel, Si, Ursula und ihre G^ellêchafl, Traduct. franc, par G. Beetemé, p. i9.

2. « Quae divtno nulu a partibus orientis exhibitao... •> Kessel, ouvr. cité, p. 264. L'auteur du Sermo in natali, n° 7, avait déjà constaté et redressé cette confusion.

Si D. GERMAIN MORIN

du même genre; mais on a tant et si bien disserté, épilogue, raffiné, sur chaque membre de Tinscription, que les passages qui semblaient clairs par eux-mêmes ont fini par en devenir obscurs. Force nous sera donc de les parcourir presque tous successivement, en examinant la valeur des commentaires contradictoires dont ils ont été l'objet.

DIVINIS FLAMMEIS VISIONIBVS FREQVENTER ADMONITVS] Rien ,

dans ce commencement, qui puisse embarrasser, au point de vue de la construction grammaticale. Je ferai seulement remarquer la juxtaposition des deux adjectifs divinis flammeis : l'auteur de l'inscription aurait-il eu présent à Tesprit quelque mot grec composé, tel que ôscXapiTcéffi ?

ET VIRTVTIS MAGNAK MAIIESTATI8 MARTYRII CAELESTIVM VIRGINVM

imminentivm] Voilà peut-être le passage le plus embrouillé, celui dont la facture est encore à Theure présente une énigme pour tous les philologues. La plupart des modernes semblent disposés è admettre qu'il faut substituer virtutibua à virtutis; qu'il y a par conséquent une faute, imputable soit au graveur soit au compositeur lui-même. Plusieurs, entre autres le boUandiste V. De Buck ^, donneraient volontiers au mot virtutibus restitué de la sorte le sens biblique de prodiges, miracles. Klinkenberg * rejette l'un et Tautre, comme contrastant par trop avec la correction, et la tournure si classique de Tensemble. Kraus, dans son livre sur les anciennes inscriptions chrétiennes du pays Rhénan, trouve au-si qu'il n'y a pas à songer à une faute de latin. D'un autre côté, on ne peut, selon lui, expliquer toute cette série de génitifs, qu'en supposant le mot ri tombé devant rir/u/w. Klinkenberg ^ se passerait même de cela, décidé qu'il est à faire dépendre virtutis de exsibitus, par analogie avec les verbes arcessere, posiulare, etc. : il convient toutefois qu'il n'existe aucun autre exemple d une pareille construction avec le verbe exhibere. Le même savant admet qu'on pourrait voir dans magnae maiiestatis un génitif de qualité se rapportant à mariyrii. Quand au mot imminentium, on lavait considéré jusqu'à ces

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