XII PRÉFACE
filer des publications de ses collègues sur les registres du Vatican pour étudier l'administration de l'État pontifical au XIII® siècle ; puis, sur le conseil de Fustel de Coulanges, il résolut de remonter plus haut et de commencer, par les lettres de saint Grégoire, Tétude des temporalités du Saint-Siège. L'inspiration était heureuse. Sur le sol romain • où la transition entre l'antiquité et le moyen âge apparaît insensible, où le présent éclaire encore si souvent le passé, Paul Fabre prit un intérêt passionné à scruter les registres du grand pape du vii^ siècle, à les éclairer par les textes de droit, par les découvertes dç l'épigraphie, par les débris trop rares des Archives du haut moyen âge. Il ne lui suffit pas de définir avec précision ce qu'étaient les patrimoines de l'Église Romaine, de distinguer avec une méthode rigoureuse les éléments dont ils se sont successiment composés, de décrire les régimes d'exploitation auxquels ils étaient soumis et la condition des colons qui les habitaient. De ces recherches, dont l'étude des institutions et du droit semblait devoir seule profiter, il s'éleva à des horizons plus larges et les vicissitudes de ces patrimoines lui fournirent des vues d'historien sur les origines de l'État pontifical.
Jusqu'à l'époque carolingienne les patrimoines sont restés ce qu'ils avaient été dès le début : de simples domaines privés, soumis aux charges communes, relevant de l'autorité publique; et cependant on a raison d'y rattacher la souveraineté temporelle des papes. Dès le temps de saint Grégoire, quand ils sont encore dispersés dans toutes les provinces de l'Empire, ils servent déjà à secourir la détresse de la population romaine. Plus tard, à mesure que l'invasion lombarde s'étend sur les provinces d'Italie, ils gagnent en cohésion et en indépendance ce qu'ils perdent en extension, ils tendent à former des territoires continus où le pape possède « des droits de propriété presque équivalents, aux yeux des populations, à des droits de souve-
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raineté »>. Viennent les troubles soulevés par la querelle iconoclaste, la confiscation par Léon Tlsaurien des patrimoines de Sicile déterminera une évolution que commandent d^impérieuses nécessités. A ce moment les Lombards resserrent le cercle d'investissement dont ils entourent le Duché Romain ; à Tinlérieur de ce Duché, les représentants de Vhxercifus Homanus, c'est-à-dire les membres du patriciat locaL titulaires des charges de l'administration byzantine et concessionnaires d'emphytéoses établies sur les patrimoines ecclésiastiques, cherchent à accaparer la dignité pontificale, comme devaient plus tard le faire les ThéophylactCjlesGrescentii, les comtes de Tusculum. Pourfaire face à ces périls, qui le menaçaient dans sa double qualité de défenseur de la nationalité romaine et de dépositaire de Tautorité apostolique, le Saint-Siège, qui se voit réduit aux seuls patrimoines de Tltalie centrale, inaugure une nouvelle forme d'exploitation de ses domaines en établissant dans la banlieue romaine une série de donius cultœ. Ces colonies agricoles, dépendant étroitement de l'Eglise Romaine, réparent les brèches que la pratique de Femphytéose a faites à la fortune et à l'influence du clergé dans le Duché Romain. Elles assurent au Saint-Siège la dotation des services publics auxquels il doit pourvoir, le recrutement des forces qui doivent lui maintenir la prédominance sur le patriciat local ; elles forment le fondement durable de la souveraineté qui s'établit à Rome, sous les auspices des Francs, pour la protection des patrimoines contre les progrès des Lombards, pour la défense du prestige pontifical contre les atteintes de l'aristocratie laïque. Ainsi, tandis que certains historiens cherchaient au pouvoir temporel du Saint-Siège une origine toute religieuse dans la défense de l'orthodoxie contre l'hérésie iconoclaste, que d'autres attribuaient sa fondation à la seule conquête des Francs, complices d'une trahison envers la souveraineté byzantine, Paul Fabre y nionti*ait un épisode de l'évolution féodale de l'Occident,