‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 74 sur 312 · L^ASSKMBLÉE DE MER8EN · texte numérisé non relu

L^ASSKMBLÉE DE MER8EN

tée dans les ouvrages généraux de Waitz et de Fustel de Coulanges *. Mais Texamen complet, Tétude spéciale de l'Assemblée de Mersen et de ses décisions m'ont paru nécessaires, comme le seul moyen de dissiper un préjugé séculaire, nuisible à Tintelligence des véritables origines du régime féodal*.

Au mois de février 847, peut-être le 28 3, les fils de Louis le Débonnaire, Lothaire, Louis le Germanique et Charles le Chauve, se rencontraient à Mersen, près de Maestricht, pour la seconde foisdepuis qu'à Verdun, en8l3, ils s'étaient réconciliés etmutuellement engagés à ne plus recommencer leurs querelles. Deux ans auparavant, ils s'étaient déjà rencontrés auprès de Thionville, à Juxz (844)*. Et quand ils se quittèrent à Mersen, ils se donnèrent encore rendez-vous à Paris en juin 847 ^. •

Quel était l'objet et la portée de ces rencontres? Leur fréquence est d'autant plus remarquable que le partage de Verdun venait à peine de s'accomplir. Depuis que par le partage et Féga-

1. « On ne peut rien prouver, dit WaiU (2« édit., 1885, IV» vol., p. 278), d'un encouragement spécial h former des relations de vassalité. Un capitulaire de Charles le Chauve, celui de Mersen, qu'on a entendu ainsi, ne contient rien de semblable, mais le droit de faire ce qui avait été autorisé antérieurement ». — NToir Fustel de Coulanges : Les Tranê for mations de la Royauté carolingienne^ p. 599, 61 i ; p. 640, 653.

2. Je dois signaler Texamen de ce capitulaire et les rectifications excellentes que le P. Lapôtre a déjà faites dans son livre sur le Pape Jean VIII

Paris, Picard, 1895, p. 285 à 289).

3. I-es manuscrits disent : Anno Incarnationis DCCCXLVII per mensem Febroarium (Borelius, II, i, p. 68.) — On a parfois donné comme date de la réunion, du 2 au 6 mars 847, à cause d'une lettre de Loup de Ferrières, où Ton trouve : « Non ignoratis reges nostros apud Trajectum hebdomada tecunda Quadragesinue célébra turos coUoquium (Epist. 59. Édition Desdevises, p. 134). Ces deux textes peuvent se concilier. Le mercredi des Cendres fut celte année-là le 23 février. Il est fort possible que Loup appelle la première semaine du Carême du mercredi 23 au dimanche 27. La seconde aurait alors commencé le lundi 28 février. Cette interprétation nous donnerait même la date du jour de rAssemblée.

V. Ann, Berlin, (édit. de la Société de Tllist. de France, p. 59, et Boretius Capilulaires, H, 112).

5. Capit. de Mersen, Adnuntiatio Ludovici ; Adnuntiatio Karoli I \Boretius, p. 70-71).

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lité proclamée des trois frères Tempire carolingien avait perdu toute unité de gouvernement et de direction, la nécessité de le défendre contre les ennemis du dehors, Normands, Sarrasins et Bretons, contre Tanarchie et le danger des querelles intérieures au dedans, suggéra l'idée de remplacer la puissance centrale, qui faisait défaut, par l'effort combiné des souverains réunis en congrès avec leurs fidèles, par Taccord des frères qui s'étaient partagé les sujets et les terres de Louis le Débonnaire. L'idée s'était peut-être manifestée à Verdun déjà. Elle s'exprima en tous cas à Thionville, en 84i, et très fortement à Mersen, en 847. Liés par le sang, les rois et l'empereur Lothaire avaient des devoirs les uns envers les autres, que Tannaliste Prudence de Troies, définit en quelques mots : « fraternitatis caritatisque jura ^ ». Ils s'engagèrent donc à Mersen à s'unir comme des frères y étaient obligés : « sicut fratres per rectum esse debent - ». Ces formules d'accord, ces pactes de famille ont conduit Faugeron, le premier historien, qui ait remarqué l'existence et les conditions de ce régime ainsi substitué à l'unité impériale, à lui donner le titre de fraternité '^

Il m'a paru que cette entente des rois avait d'autre fondement que leur parenté, une portée plus large que leurs devoirs et leurs rapports de famille. Ce n'était point à eux seulement que leurs querelles faisaient tort, ni de leur part seulement que la discorde était impie et funeste. Leur union était la garantie de la paix, et devait être l'exemple efficace de la concorde générale dont l'Empire et rp]glise avaient besoin. Le terme de Concorde que j'ai proposé pour caractériser ce régime de congrès, d'union et d'entente, a été généralement adopté, aussi bien que ma thèse sur les sources religieuses et morales dont il dérive *.

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