‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 82 sur 312 · Adnuntiatio Kludowici, art. 5 et · texte numérisé non relu

Adnuntiatio Kludowici, art. 5 et

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df réparer les torts faits à rfiglise et au peuple, dans les querelles pasées, c'était un devoir de prince chrétien, auquel Louis le Germanique ne se dérobait pas plus que son frère Lothaire. Mais comme prince, il avait aussi alors d'autres préoccupations, des projets politiques commandés par les circonstances, que Lothaire, ni les évéques, ne semblent pas avoir partagés, puisqu'ils n*en parlent pas. Il y a là, entre les diverses parties du texte de Mersen une différence essentielle.

Elle se marque plus encore dans l'adresse de Charles le Chauve. Lui non plus n'oubliera pas l'K^i^lise, ni la paix qu*elle réclame. 11 les recommande l'une et l'autre à ses sujets : « Nous voulons qu'en tout lieu où il se trouvera, chacun demeure en paix : par toutes les misères et les rapines jusqu'à ce jour nous avons gravement offensé Dieu, et nous sentons aussi le besoin que nous crée ces offenses, d'implorer sa miséricorde. » Mais cet ordre et ce remords ne sont exprimés pour ainsi dire qu'en passant, ne font pas l'objet d'un article unique et spécial. L'article i*^ est une convocation à la prochaine assemblée de Paris, où Ton doit prendre des mesures définitives : ce que recommande Charles le Chauve n'a, pour le moment, qu'im caractère provisoire : « abhinc inante ». (Vest un moyen seulement de permettre la réunion de cette nouvelle assemblée ^ Ce n'est pas la concorde que souhaitait l'Eglise : une trêve seulement.

Les mesures immédiates qu'annonce alors le roi, sont d'un tout autre ordre : elles s'adressent aux fidèles en général, dans leurs rapports avec les rois, dans leurs rapports entre eux. C'est dans celles-là, et dans la première surtout, que Montesquieu et toute une école à sa suite ont vu une ordonnance de Charles le Chauve sur l'établissement de la féodalité. « Il dit que toute homme libre (dans son royaume) pourrait choisir pour seigneur qui il vou-

1. Adnunliatio Karoli, fkvl. 1 (Boretîus p. 71 : » Sctatis quia dilecli fatres nostri et nos communiter placitum nostruni ad missam sancti Johannis apud Parisium condictum liabomus... Et volumus ut abhinc innnle, ubicunque unusquisque fuerit, cum pacc consistât et ad iUud placitum cum pace unusquisque veniat; fjtiia in intis miseriis el rapinis usqite modo mulium Deum o/fnnHimua; unde nohin Dci mispricordiam deprecari sntis nPi'f^Mariumes9e cognoscimus »>. O sont les seuls mots où l'on peut trouver une réponse très générale aux reproches et aux plaintes de Tordre ecclésiastique.

drait, du roi ou des autres seigneurs (de ses fidèles). » J'ai cité la traduction de Montesquieu, qui est en somme exacte *. Il est exact aussi qu'à Tépoque de Charles le Chauve le prince ne lutte pas contre la seigneurie et la vassalité qui sont des institutions féodales déjà, qu*il les accepte et les permet aux hommes libres. Mais est-ce une nouveauté qui soit propre et spéciale à son règne? Fustel de Coulanges, appuyé sur des textes de l'époque de Charlemagne, a pu dire qu'il (( était singulier qu'un si grand progrès de la féodalité se soit accompli dans le moment même où le régime monarchique paraissait* avec le grand empereur à son apogée 2. »

L'article troisième met ce fait en pleine lumière : i* Du temps de nos ancêtres, c'était une coutume, que tout homme ne quittât pas sans juste motif son seigneur, et que personne ne pût se substituer à ce seigneur, sauf dans certains cas prévus par cette coutume. T<ous le voulons aussi '^ ». Charles le Chauve innove si peu, qu'à l'appui de ses ordres il invoque les règles traditionnelles, les lois de ses ancêtres, une loi de Pépin, de Mantoue (781); une autre de Pavie (787), et la charte de 806, dont les termes sont identiques *.

1. Montesquieu, Esprit des Lois, liv. XXXI, chap. XXV. Voici le texte de VAdnuntiatio Karoli, art. 2 : « Volumus etiam ut unusquisque liber homo in nostro rcgno seniorem, quaiem voluerit, in nobis et in nostris fidelibus accipiat ». Le texte ne dit pas : « Nous voulons que tout homme libre reçoive un seigneur », mais : « Nous voulons qu'il reçoive le seigneur quif aura voulu ». La difTérence des deux interprétations est capitale.

2. Fustel de Coulanges, Les transformations de la royauté carolingienne, p. 604. — 11 est vrai que le même auteur fait (p. 670) une distinction entre le gouvernement de Charlemagne et celui de son petit-Gls Charles le Chauve : « Il permet, dit-il, â ceux qui étaient hommes libres de se recommander. Charles le Chauve alla plus loin : ï\ exigea (p. 670). » Je ne vois pas dans les textes cités par Fustel de Coulanges cette distinction. Waitz me paraît l'avoir très solidement réfutée : « C'est la reconnaissance publique du droit (|ue chacun a, comme auparavant, de choisir son senior comme il veut » {t^ édit., t. IV, p. 278). Il cite très justement un article du capit. de Kiersy (873, art. 6), qui prescrit au comte d'exiger des vassaux « cujuscunque homo sil » le serment de fidélité; c'est une prescri[)tion identique à celle que formulait Charlemagne en 802 (§ 2).

3. Mersen, art. 3 : « Mandamus etiam ut nullus homo seniorem suum sine justa ratione dimittat, nec aliquis eum recipiat, nisi sicut tempnre anteccssoru m nostrorum consuetudo fuit ».

4. Borelius, (lapitularia (t. I, p. 191-199). — Divisio regnorum, art. 8, p. 126).

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Le quatrième article est le complément du précédent. Puisqu'il est des cas prévus par la coutume et la loi, où Thomme peut être autorisé à quitter son seigneur, c*est à ce seigneur de son côté à ne s'y pas exposer : « Nous voulons que vous sachiez que notre dessein est de faire justice à nos fidèles, et de ne pas leur faire d'injustice. » Le roi donne l'exemple, mais aussi « le conseil, à tous ses autres fidèles, de faire justice, et de ne pas faire d'injustices également à leurs hommes )>. On peut trouver dans un capitulaire de 813 et dans un autre fragment, Ténumération des crimes et des injustices qui permettaient au vassal, s'ils étaient prouvés, d'abandonner le seigneur *.

Ces trois articles intimement liés ont pour objet non pas la création, mais le maintien d'un ordre d'institutions qui a sans doute contribué à la féodalité. Ils réglementent, d'après la coutume, les relations personnelles entre les hommes, aux dépens de l'autorité monarchique. Cependant Fustel de Coulanges a déjà fait remarquer que Charlemagne avait cherché dans cette organisation plus directe, plus générale du patronage un moyen de rattacher la foule au pouvoir central, de constituer son armée et ses assemblées, de transmettre et de faire exécuter ses ordres. 11 a cité un texte de cet empereur, très probant : « Que chacun, dans la foule du peuple, entraine ses vassaux, pour que ceux-ci obéissent mieux à nos ordres -. » Or le quatrième et dernier article de Mersen nous parait confirmer cette tradition de gouvernement, et donner son véritable sens, le même sens, à toute l'adresse de Charles le Chauve.

« Nous voulons que l'homme de tous nos fidèles, qu'il soit dans n'importe lequel des trois royaumes, aille avec son seigneur à la guerre et à ses autres services; sauf le cas, Dieu

1. Mersen^ art. 4 : « Et volumiis ut sciatis quia nos fidclibus^nostris rectum coosentire volumus et contra rationem eis facere non volumus ». « Et simi- Hler vos ac eeteros fidèles nostros admonemus ut vos vestris hominibus rectum consentiatis et contra rationem illis non faciatis. » — Sur Ténuroération des injustices qui peuvent motiver la rupture du contrat, voir Boretius, Capit., t. I, p. i7-2 et 215.

î. Fustel de Coulanges, ouvr, cité (p. 606-6101. Le texte principal sur lequel il s*appuie, et que nous traduisons, est emprunté h un capit. de 810 arl. 17 fBoretius, I, p. 153).

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veuille l'écarter ! d'une! invasion de tout lo royaume qu'on appelle lantwer, telle qu'elle forcerait tout le peuple de ce lovaume à se réunir pour la repousser ' ".

Boretius a donné de ce dernier chapitre un commentaire qui ne me parait pas conforme à la realitt^ du texte et des choses. Il montre, dit-il, « le système militaire de la France occidentale t'omme déjà constitué sous une forme féodale. Lb milice des vassaux supporte seule les charges militaires; c'est seulement pd las d'Invasion du territoire, que le peuple tout entier est obligi- i\ sa défense " ». L'éditeur des Capitulaires n'a point fait une lecture assez attentive du texte. Il y a un membre de phrase qu'il ii totalement négligé : Charles le Chauve appelle à lui ses fidèles et leurs hommes, dans quelque royaume qu'iU se trouvent. 11 a des fidèles dans les royaumes de ses frères : le partage territorial de l'Empire n'a pas plus rompu que les partages antérieurs LCs liens de fidélité. Charles le Chauve alors rappelle les ohligii- I ions militaires ou autres qui rattachent à son service des hommes en apparence soustraits a son autorité par le partage. Il prévoit seulement le cas où la defenaio patrlm, la " lantwer » créei;iit dans son royaume ou dans les royaumes voisins, à ses vassiiux et à leurs hommes, des devoirs contraires i* ceux que. comme seigneur, il est autorisé à exiger de ses fidèles. La défense du pays demeure ainsi une obligation supérieure au ilevoir du vassal envers son seigneur. Il ne s'agit pas d'ailleurs du devoir militaire du vassal seulement, mais de tous les scr-

1. Voici ce texte capital, Mrrsen, art. 5 : « Et volumus ut cujuscun<iiiiiiostrum liomo, \acuju»cnnqtip rp([no >U, cum senioresuo in hostcm velaliis suis iitilitatibus pcr);at ". — A rapprocher du texte du l" capit.de 808, art. I I Dorctiiis, I, p. t37 : .i Pcrgnt in hoslem cum seniore suo ». La différi-nce entre les deux est l'aiidilion (tes niots soulignés. L'Empire en Wl" iiVlait pas divisé en trois n>vaumcs. — Suite de l'art. S : 'i Nisi tDli> T'i^gui invasio, quam lantweri dicunt, quod absit, accideril, ut omni> I^Dpulus illius rcgn\ ad eam re|iellendam commuuiter pergal ». Notre Irailuotinn nous parait la plus précise ; dans ci't article, comme îi l'article It, i>l avi'c la clause de réserve ; niai, la royauté formule une n'-jjte, une loi, el prcvoil une exception. I.e i-oi ne dit |>ns cnnimeon le lui fait dire dans V/Iixltun- •jfinéralf lie Lnriatf et Hamùauil : '• L'obli),'alion en vers l'Élst n'existe plus quipour io défense de la pairie <■. (Test nu coulrnire une obligation prescrit)' |]8r la royauté, la principale, ci'iiller ave^' son si'ÎKncur à l'armée ou ailleur»>.

■Z. Rorêtius, Capilularipn h'ritik. Leipzig. 1874, p. 128. — Voir t'exoellente Lrilique du Père Lapôlre, Le Papejean VIII, p. 287,

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vires qu^implique la lidélité : alife utilitaten^ \x\ présence aux assemblées, par exemple ^

Comme son grand-père Charlemagne, Charles le Chauve tient moins à gouverner par les antiques principes de Tautorité publique, que par les règles du patronage. C*est pour ce motif qu'en ces quatre articles il rappelle ces règles aux fîdèles qui lui sont attachés dans son rovaume ou dans les autres. Autour d'eux il groupe la foule, dont lappui lui permettra de gouverner ou d'agir. Au régime rêvé par l'Eglise pour réaliser la paix, il préfère, en prince qui connaît ses droits, la règle de gouvernement que lui a léguée son grand ancêtre. Il a visiblement d'autre souci alors que celui de restaurer TEglise dans ses privilèges et ses biens : il fait la revue de ses forces, de celles sur lesquelles, dans son royaume ou dans les royaumes voisins, au milieu d'une foule que depuis cinquante ans Tautorité princière n'atteint plus, les coutumes anciennes du patronage lui permettent encore de compter.

En résumé, les quatre parties du texte que Ton appelle à tort le premier capitulaire de Mersen, ne contiennent rien qui justifie les conclusions qu'on en a si longtemps, par un véritable abus, déduites. Leur véritable intérêt est dans les dispositions qu'elles permettent de noter chez leurs auteurs respectifs, TEglise et les trois frères, à une date donnée, entre les mois de février et de juin 847.

C'est, je l'accorde bien volontiers, un moindre résultat que de pouvoir tixer par un grand acte la naissance de la féodalité. Niais ce résultat est plus sûr, plus conforme à la réalité des faits, à révolution des sociétés. L'une des plus mauvaises habitudes que nous avions reçues de nos pères, est notre tendance il croire que les transformations des mœurs et des gouvernements s'opèrent par décrets. Les hommes, princes ou assemblées, f»nl moins légiféré pour l'avenir que pour le présent, et particulièrement au ix'' siècle, où les conditions du présent étaient particulièrement incertaines.

1. Hincmar, De Ordine Palatii^ c. 28 : «* Tortius ordo orat... in vas«allis qtif)S uiiusquisque, proul gubernaiv et sustontan* polerat, sludioso hahero procurabant », et à l'appui de ce texte un capi!. do 8tH*, art. I (Horelius, p. 298;.

Dans quelles conditions s'est tenue l'assemblée de Mersen? Voilà ce que les actes de 847 doivent nous aider surtout à découvrir. En premier lieu, ils appellent Tattention sur les rapports de Pépin II et de ses oncles. Remarquons d'abord que ce prince n'assistait pas à la réunion des autres membres de la famille carolingienne. Et cependant, en 845, il avait fait sa paix, à Fleury-sur-Loire, avec Charles le Chauve '. Cette paix achevait l'œuvre du traité de Verdun. En 843, en effet, Pépin, après avoir soutenu Lothaire à Fontanet, avait été laissé en dehors de l'accord de ses oncles conclu à ses dépens. Alors, les armes à la main, il avait essayé de se faire la part qu'on lui refusait : tandis que Charles, soumettant et tuant Bernard de Septimanie, faisait rentrer dans le devoir les populations de Toulouse et d'Albi, à Angoulême, le 1 4 juin 844. Pépin remporta une victoire décisive sur Tarmée commandée par le frère de Louis le Débonnaire, Hugue, abbé de Saint-Quentin 2. La guerre aurait duré, acharnée, entre Charles qui ne pouvait se laisser ainsi dépouiller et son neveu, sans rintervention des évêques qui réunirent les trois frères à Thion ville. Oblig-é par ses frères et sans doute par l'Eglise à la paix, Charles le Chauve avait restitué à Pépin la plus grande partie de l'Aquitaine : il ne lui était resté que les comtés de Poitiers, de Saintes et d' Angoulême : tous ses fidèles d'Aquitaine avaient été déliés de leurs obligations, et s'étaient donnés bien vite à son rival, à son neveu 3.

Aussi pourrait-on s'étonner que Pépin manquât, deux ans après, à la réunion de Mersen, si Louis le Germanique ne nous indiquait qu'il y avait manqué volontairement, et ne l'appelait, par la menace au besoin. Les chroniques ne nous disent rien sur la façon dont Pépin avait observé la paix de 845. Son absence à Mersen, où il avait été convoqué, puisqu'on remit rassemblée

1. Les Annales Bertiniennes donnent le texte du traité (p. 61).

3. Ibid.y p. 61 « Totius Aquitaniœ dominatum ei permisit, prseter Pictavos, Sanctonas, et Ecolimenses : iinde et omnes Aquitani qui eatenus cum Karolo fuerant, continue sui conversionem efiicere studuerunt » (845\

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au mois de juin à son intention, le langage de Louis le Germanique sont des indices certains qu'il avait manqué à ses engagements. Sans doute, les comtés qu'on lui attribuait en 815 ne lui avaient pas suffi, puisque Louis le Germanique lui rappela qu'il eût à s'en contenter. Sans doute il avait attaqué les fidèles de Charles le Chauve dans les provinces que le traité de 844 avait encore laissées à celui-ci et qu'il convoitait : il y avait déchaîné la guerre civile, quand il avait vu son oncle Charles battu à la fin de 845 par le chef des Normands Noménoé, obligé en mai 846, pour sauver Nantes, d'accepter une paix humiliante : tout manquait à Charles le Chauve, dit l'annaliste K II est probable que Pépin en profita en 816.

Une autre circonstance lui vint en aide : la même année, un vassal de Charles le Chauve, Gislebert, qui auparavant tenait pour Lothaire, lui avait enlevé sa tille, s'était enfui en Aquitaine pour échapper à sa colère, et l'épousa. L'empereur, impuissant, se plaignit à Charles, lui fit un reproche d'avoir accueilli le coupable. Celui-ci, d'accord avec Louis, déclara qu'il n'était pour rien dans le crime, mais ne le punit pas (mars 846) ^. Lothaire ne se contenta pas de cette assurance. Ce fut en vain qu'au mois de mai, Louis le Germanique essaya encore une fois de l'apaiser. La querelle continuait à s'aigrir : des sujets de Lothaire se jetaient sur les biens des fidèles de Charles, par vengeance et par cupidité. Les domaines de l'église de Reims furent pillés. Comme cette querelle se termina en 849, h l'entrevue de

1. Annales Bertiniennes, p. 63. Karolus « defîcicMitibus suis rébus sinistra fortuna universis », fin de 845-846. — Fauriel (Histoire de la Gaule méridionale^ IV, 283) a reconnu cette rupture de la paix de 845 entre Pépin et Charles le Chauve. Mais il est porté, par ses préventions contre Charles le Chauve, à Tattribuer à ce prince. Le fait qu'en 845 Charles fut battu au Mans par Nomcnoé, qu'il voulait, dit l'annaliste, prendre sur lui sa revanche, et qu'au mois de juin 846 il traitait avec lui au lieu de le combattre (Ann. Berlin. f p. 6'»), ne permet pas de penser qu'il se fût créé des affaires en Aquitaine, mais plutôt qu'il fit la paix en Bretaf^ne pour se retrouver libre au delà de la Loire, — Sur cette paix, consulter Dom Bouquet 'VU, 48, 219) et la lettre 41 de Loup de Ferrières.

2. Consulter sur cette querelle Parisot, Le royaume de Lorraine^ p. 36 et 37. Tous les textes sur l'homme qui la provoqua et l'affaire elle-même se trouvent là commentés et réunis avec beaucoup de sagacité. — Mûhlbacher, Begesta der Karolinger (I, 419); Richter, Ànnalen der Frankischen Beichs, 1887 (p. 340, d'après les Ann, Fuld,, 848j.

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Péronne, par l'expulsion, du royaume de Lolhaire, d*un jeune frère de Pépin, Charles, il faut supposer que celui-ci, vers 846, accueilli par Lothaire, Texcitait à renouveler la grande lutte qui avait en 841 déchiré l'empire carolingien K

Les souvenirs de cette lutte étaient trop présents à la mémoire du clergé, pour qu'il n'en redoutât pas le retour : expéditions lointaines et pénibles, propriétés d'Eglise distribuées aux fidèles, et qu'on avait grand'peine à recouvrer, brigandages exercés contre les abbayes et les églises, en Tabsence des troupes qui les protégeaient. Les lettres de Loup de Ferrières sont remplies de ces griefs et de ces craintes. Les gens d'Eglise comme lui essayent de se soustraire aux obligations du service militaire : s'ils viennent à contre-cœur aux assemblées, c'est avec l'espoir d'arracher au roi la restitution de leurs biens, d'imposer aux princes la concorde, la paix, l'abandon des querelles royales, le redressement de leurs griefs. « Le roi, dit Loup, n'a pas seulement besoin de guerriers ^. S'il écoutait et exauçait les vœux des prêtres, il régnerait plus sûrement en paix. »

Tel était l'état d'esprit des abbés et des évêques à la fin de 846, irrités contre Charles le Chauve qui négligeait leurs plaintes pour organiser avec ses fidèles la résistance de son royaume contre Pépin et contre Lothaire. Il n'y a que six mois d'intervalle entre l'assemblée d'Epemay où Charles rejeta nettement les conseils de l'ordre ecclésiastique pour suivre ceux des laïques, des seigneurs et celle de Mersen, en 847. L'assemblée de Mersen fut pour l'Église une nouvelle occasion d'exposer ses griefs : « J'y vais, écrivait Loup de Ferrières, avec le ferme espoir d'y reprendre mon bien. Venez-y donc, écrivait-il à

\, Chronicon FontcUan. 849 {Monum. (iermaniap^ SS, II, 302); Ann. Berlin. y p. 69. — Wenck., (p. 163:, Dummler [Ostfrank Reich I, p. 321;; Miilhbacher (Rcgesta^ u° 1102, p. 425) cl Richler (p. 342) considèrent avec raison que la fuite de Charles du royaume de Lothaire en Aquitaine, où il fut pris en mars 849, fut la conséquence de la réconciliation entre Charles et Lothaire. Sa présence avait donc été une cause de leur brouille.

'2. UUrna de Loup de Ferrières, 31, 33, 35, 41, 43 (844-845j, 44, 46, 48, 49 (Edition Desdevises du Dezert, Bibliothèque del'Kcole des Hautes-Études. 11" fasc, 1888,. — Par les lettres 53 et 59 (nov.-déc. 846), on voit queTabbé se rond à rassemblée de Mersen pour reprendre un des biens de son abbaye, Saint-Josse. Il compte sur un succès par une victoire de TÉglisc : « mihi bona spes est » ^p. 130).

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Tabbé de Prûm, Marcuard, vous y obtiendrez de nombreuses restitutions. Vous m*aiderez, par Tempereur, à obtenir gain de cause K »

A la veille de cette assemblée, les évêques de tous les royaumes comptaient sur Fappui de Lothaire : c est un fait très caractéristique encore que le rapprochement subit de l'Empereur et de Tarchevéque de Reims, Hincmar : Lothaire avait fait tous ses efforts pour le déposséder au profit de son ancien rival, Ebbon, titulaire jusqu*en 835 de Tarchevêché, toujours préoccupé d y revenir '^. Itln 847, il abandonnait Ebbon pour toujours, fit à Hincmar restitution de certains biens dérobés à l'église de Reims depuis Charlemagne, et au début d'avril on le vit même solliciter pour l'archevêque le pallium du nouveau pape Léon IV, dans les termes les plus flatteurs ^. C*était à la même époque, vers 846, que Raban Maur, Tarchevéque de Mayence, dédiait à Lothaire son commentaire sur l'Ancien Testament *, et il n'est pas indifférent de rapprocher du langage des évêques à rassemblée de Mersen le ton de la lettre qu*au mois d octobre 847 Raban et ses évêques adressaient à Louis le Germanique ^. Pour plaire à l'Empereur, le parti ecclésiastique inscrivit à rassemblée de 847, parmi ses vœux, un article spécial contre les ravisseurs de femmes ^. En échange, il obtint des faveurs et la paix.

Si Louis le Germanique avait suivi l'exemple de Lothaire et abandonné Charles le Chauve, l'assemblée de Mersen eût été fatale à celui-ci. Comme à Thionville, sous prétexte de le réconcilier avec Pépin, on Teût obligé à de plus grands sacrifices encore en Aquitaine. Par les efforts que fit Lothaire plus tard encore, au

1 . « Ut commode Imperatori suggerere possetis » etc. (lettre 55, déc. 846. //>«/., p. 127).

2. Sur TafTaire d'Ebbon et d'Hincmar voir la note 5 de la pH<(C 37 du livre de M. Parisot, très précise, et le livre de Schrôrs, Hincmar ^ ch. 3, p. 50-55.

3. Flodoard, Édit. Migne, 3, 40, p. 483. — Mansi, Conciles, XIV, 884. — Schrôrs, p. 55, 56.

4. Expositio nuper Jereniiani et Ezechicl (Mi^ne, Œuvres de Raban, t. III, p. 793). — Mûlhbacher, Hegesla, 1690, p. 421. — Ebert, Littérature du moyen âge^ 1884, II, p. 147.

5- Coneilium Moguntinuniy l*"" oct. H'tl . Depuis cette année, Raban venait d'être élu archevêque de Mayence (Boretius, II, 1, p. 173j. 6. Mersen, ibid,^ p. 69, art. 8.

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i--^ -ie ^i>. r*:':^ «ii-^. -minier «c fr*ï* LiXLiS de Charles le Chauve, jk^ p r^tl ie P±^ m. -lo pr^ irrariaer oeax qalî fit à Mersen ' . Miis L/xlLs k- Gemini j:>r Ere Tivii: pLilut eccvte : soo langa^ à M-trs^s. f::î «;iééi r*rî r^r p»;»s6cj: ^. S» pT«ïn;«eres paroles resseml'IrrTtul AiTK en^iTi^î^riiL'ri.î* c^ils ^vuKii p» ensemble à Thion- T^* «I £i\r^r ûe Ci-irles, o.cîr^r Pr^^ii. C v demeurait fidèle, et ^ -i:: -. Cictte a::::-ir ir>t* ferrie «^ i>eîtic vtîs* dêcîsÎTe scrrîl

*^r^ frv^j^ic-ç ^n fi-^cTiT ôr 1* vx:-L?-:i:Hri-r et Se la paix.

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^^-tte trvve vi!l>:î mieux çue \^ jo:x rvvliiaêe par rE^^lise aux û-^'»er.s irr Chirît-s le CLi::ve. Peria. I auteur de tous ces troubles, ■i 1.1 Ir ^iàrîi eK:vI"t-îi:i>:::pie eî L. th^-ire s«-:rilÂient à <lessein ne ^•«s mrme <«- rapparier le r-r-nî. driiuuriiî S4.^us le coup d'une m-z-i:^ :r-^ «liiirles fut es dr::: dexevuîer. L'adie^sse de Charles à Xfer&e:; e-si v^lle cim rv-i qui s'eîTcrv-e, en vue d une action décisif e, îe r2î!:.aLher a s:-n jV'U\ ::r î». us ses fidèles. Les affaires i A r:i.:^ii.-r ê> i:er.î pr:«v^»:pie râsseïiir'.rt- dr Mersen : il y avait

•. • V: Â.--1- •.;-*■. 7»: ■^::.*: :> K'r .. im.: ; » > r . ^«xïarHar entrerue 1"* '^ ; .- LU. :\ « r-rr >*•> .4^i. /~ "jsf» . — K.. :.«>rtt&. svasoru machi-

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l'assesiblée de mersen 97

maintenu et affirmé son droit de les-rég-ler. L'échec était pour ceux c{ui, par des articles auxquels ni Louis ni son second frère ne souscrivirent, avaient essayé de l'en empêcher, pourTEglise, surtout. Loup de Ferrières nous apprend que le parti ecclésiastique, pour prendre sa revanche, eut un instant Tidée de réunir, au mois de mai, un mois avant rassemblée royale convoquée par le roi à Paris, un synode général à Attigny. « Mes chefs ne me permettraient pas, disait Tabbé de Ferrières, de n'y pas assister *. » L'Eglise voulait renouveler la lutte. Elle avait donc subi une défaite.

C'est, en dernière analyse, une coïncidence assez singulière, et à mon sens nullement fortuite, qu'un autre décret de Charles, postérieur de dix ans et spécialement relatif à l'Aquitaine, contienne une clause identique à l'adresse de Mersen sur la libre organisation du Seniorat : « S'il y en a parmi vous, fait dire le roi aux Aquitains, à qui son patronage ne plaise pas, et que d'un autre seigneur ils attendent plus de profit, quils viennent à lui pour recevoir paciCquement leur congé sans faire à lui, à son royaume, à ses fidèles, ni dommage, ni désordre ^, » Cette permission de quitter son seigneur n'a été faite qu'en raison de la situation des Aquitains : ils venaient de chasser le fils de Charles le Chauve qu'ils avaient sacré roi l'année précédente, et de rappeler Pépin qui depuis 852 était enfermé à Saint-Médard ^. Pour éviter une nouvelle guerre en Aquitaine et y maintenir son autorité, Charles le Chauve traite avec les chefs de groupe. L'Aquitaine est dans des conditions spéciales, en 856 comme en 847. 11 y faut des mesures spéciales.

En somme, depuis qu'à la mort de Pépin I*^', déjà dépouillé de la Neustrie et des pays au nord de la Loire (838), Louis le Débonnaire avait encore enlevé à son petit-fîls Pépin II l'Aqui-

1. Lettres de Loup de Ferrières. Lettre 60 (Edition Desdevises, p. 135).

2. I*' Capitulaire aux Aquitains (Kiersy, 850), art. 12. Fustel de Coulanges a signalé et commenté ce texte, sans noter assez que ce n'est pas une condition commune à tout le royaume de Charles le Chauve, mais un acte spécial à TAquitaine (Ouvr. cité, p. 650).

3. Ànn, Berlin., p. 79, 852. Pépin est pris et enfermé « post conloquium cum Lothario ». Ce qui prouve que Lothaire était resté jusque-là son protecteur. — 855, couronnement de Louis, fils do Charles le (>hauve, Ibid., p. 87. — 856, Ibid.y p. 88. — F'auriel, Histoire de la Gaule méridionale (IV-300).

MéUnges Paul Fabre 7

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laine, pour la donner à Charles le Chauve, au partage de 839, ce pays se soulevait périodiquement. L'empereur avait passé la dernière année de sa vie en expéditions longues et pénibles, pour le soumettre. Les grands, déconcertés ou émancipés par ces questions de succession, passaient d'un prétendant à Tautre. Lorsqu'en 845 seulement la paix se conclut entre Charles et Pépin, on vit les grands des comtés attribués à Pépin, engagés jusquelà dans le parti de Charles, s'empresser pour rentrer en grâce auprès de leur nouveau maître ^ 11 en fut de même de ceux qui, après avoir servi Pépin, se trouvèrent désormais dans le reste du pays sous la domination de Charles le Chauve. Comme cette paix n'avait pas duré, l'Aquitaine se trouva divisée en partis hostiles aux deux rivaux. Des hommes qui avaient prêté serment de fidélité à Charles le Chauve retournaient à Pépin, d'autres revenaient à Charles le Chauve ; tous se combattaient, tandis que les Normands, favorisés par ces luttes, envahissaient la Saintonge en 846, et bientôt allaient mettre le siège devant Bordeaux ^. Tel était l'état de l'Aquitaine, au moment où Charles le Chauve, à Mersen, s'efforçait d'y défendre son autorité, dans les comtés qui lui restaient.

Pour y réussir, il offrit aux grands de ce pays, comme il le fit plus tard en 856, de venir discuter avec lui : il leur promettait un sauf-conduit; il leur indiquait les conditions d'une entente avantageuse, le libre choix du patronage qu'ils voudraient, la promesse mutuelle de respecter de part et d'autre les engagements pris, et cette réserve importante, pour un pays attaqué sans cesse par les Normands, de n'exiger leur concours à l'armée ou ailleurs que si la défense de la patrie n'exigeait pas une mobilisation de tous les habitants contre l'ennemi ^.

Appliquées à l'Aquitaine, et aux circonstances spéciales où

1. Ann, Berlin, (p. 39, 40, 41) : expédition de Louis le Débonnaire en Aquitaine. — 842, soumission incomplète de TAquitaine, après Fonlanet, par Charles le Chauve, p. 48. — Traité de paix de 845, p. 62.

2. Ann. Berlin., p. 63 — p. 67 : invasions des Normands à Saintes et à Bordeaux. Le texte le plus clair sur cette situation est un texte du x® siècle, dont la chronologie est très imparfaite, mais qui contient pourtant des indications : « quod pace soluta eadem provincia a suis indigenis dévastaretur, et illic mala multa impune perpctrarentur ^)) (Chronic, Saxonicum, D. Bouquet, Vil, 216 c).

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