‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 83 sur 312 · Voir VAdnunlialio Karoli I dans son ensemble · texte numérisé non relu

Voir VAdnunlialio Karoli I dans son ensemble

l'assemblée de mersen 99

elle se trouvait, les propositions de Charles le Chauve à Mersen acquièrent leur véritable sens, moins étendu que celui qui leur a été si longtemps attribué, plus conforme à la réalité. Ce n'est point Tœuvre d'un prince qui désarme; au lendemain de Mersen, Charles le Chauve allait faire acte de courage et d'énergie. Tandis que ses frères, comme ils en étaient convenus avec lui, envoyaient une députation au roi des Normands Oric pour l'engager à rappeler les envahisseurs ^, Charles courait au secours de Bordeaux, et infligeait sur la Dordogne, aux Normands, une sanglante défaite '^. Et les grands d'Aquitaine alors, nobles et évéques, convaincus sans doute par les offres qu'il leur avait faites, reconnaissants de la défaite des Normands, mécontents de Pépin qui n'avait rien tenté pour les repousser, et laissait reprendre Bordeaux, vinrent à Orléans reconnaître Charles le Chauve pour leur roi ^ (848). Ils lui donnaient, en l'oignant du saint-chrême par un sacre, une autorité qu'il n^avait jamais eue en Aquitaine. Et bientôt Lothaire lui-même, réconcilié avec Charles le Chauve, abandonna Pépin, dont les derniers efforts vinrent échouer contre une expédition décisive de Charles le Chauve en Aquitaine (849)^.

1. Klotarius Kludowicus etKarolus legatos ad Oric Danorum regem destinant (octobre 847. Ann. Bertin,, p. 67). — Déjà h Mersen le clergé elles princes avaient décidé cette ambassade (art. 40, p. 70. Adnunt, Ludowiciy art. 3. Ibid,).

2. Viriliter superat (Chron. de Sainl-Wandrille. D. Bouquet, Vn-4i, qui donne la date : quadragesimae (mars 848). Ann. Berlin,, 848, p. 67). On se demande pourquoi Fauriel (IV, 285) a systématiquement diminué la valeur de Charles le Chauve en cette occasion.

3. Ann. Berlin., 848 (p. 68) : u Aquitani, desidia inertiaque Pippeni coacti, Karolum petunt atque in urbe Aurelianorum pêne omnes nobiliores cum epiêcopis el abbalibus in regem eligunt. » Voir aussi Chron. de Sainl-Wandrille (848). w Tout porte à croire, écrit Fauriel, IV, 285, que Charles le Chauve, habilement secondé par le parti qu'il avait en Aquitaine, à la faveur de cette popularité momentanée, se réconcilia avec le parti adverse, de beaucoup le plus fort. Cette réconciliation se fit au moment où. les Aquitains pouvaient en dicter les conditions à Charles. Ce sont Ih de fortes raisons pour croire qu'elle ne se fit ni sans conditions, ni sans négociations. Tout vestige de ces négociations a disparu. Mais il y a dans Thistoire de TAquilaine des événements graves, qui les supposent directement et nécessairement. »> Le texte de l'assemblée de Mersen permet justement de les pelrouvcr.

4. Ann. Berlin., 849, p. 70-72. Cette expédition, commencée aprt»s la réconciliation de Lothaire et de Charles à Péronne, fut interrompue par une

Les trois frères se réunirent alors en 851 à Mersen, unis une seconde fois ainsi qu'ils Tavaient été à Thionville en 844 ; mais ce ne fut plus aux dépens de Charles que cette fois la paix chère à TÉglise se fît : Pépin dut céder toute TAquitaine. II n'avait été sauvé que par les discordes de ses oncles. Réconciliés, ils renfermèrent à Saint Médard. Ainsi, rÉglise retrouva la paix; Charles, TAquitaine. Chacun s'en alla satisfait. Et Tannaliste Prudence, favorable à la royauté de Charles, comme aux intérêts de son ordre, fut trop heureux de pouvoir insérer tout au long les articles de la seconde assemblée de Mersen, gages de leur réconciliation ^ S'il n'avait en revanche absolument rien dit de la première, ce silence n'était point le fait du hasard. L'évêque avait ses raisons pour se taire, et ces raisons, qu*on peut deviner, l'opposition marquée entre les intérêts de son ordre et ceux de Charles le Chauve en 847, confirment l'explication que nous avons essayé de donner des articles de Mersen.

En résumé, ces articles n'importent guère à l'histoire des origines de la féodalité ; mais ils éclairent les rapports de Charles le Chauve avec l'Église et les Aquitains, dans les premières années de son règne, au lendemain du partage de l'Empire.

Emile Bourgeois.

attaque de Noménoé contre Angers, et des Normands contre Poitiers. Mais elle reprit au mois de juillet, et alors : « KarolusÂquitaniam ingressus, pêne omnes sibi conciliando subjugat ». Le conciliando indique encore des négociations avec les grands d'Aquitaine. Voir aussi Chronique de Saint- Wandrille (D. Bouquet, VII, 41), qui donne la date (janvier), et le lieu de la réconciliation (Péronne).

Page 1