‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 84 sur 312 · DROGON · texte numérisé non relu

DROGON

Charlemagne, après la perte de sa troisième femme Liutgarde, eut successivement trois concubines : une Saxonne du nom de Gersuinde, Régine et Adallinde. De chacune de ces unions naquirent des enfants: de la première une fille, Âdaltrude ; de la seconde deux (ils, Drogon et Hugue ; de la troisième un autre fils, Thierry K Drogon, dont nous nous proposons de raconter la biographie ^, vint au monde le 17 juin 801 •"*. Son père veilla avec une tendre sollicitude sur son éducation ^. Il redoutait qu'après sa mort ce (ils illégitime ne fût maltraité par les enfants nés dans le mariage, et il voulut en quelque sorte Tarmer contre les infortunes de la

1. Postcujus {Liutgardis) mortem très habuit concubinas, Gersuindam Saxonici generis de qua ei filia nomen Adaltrud nata est, et Reginam quœ ei Drogoncm et Hugonem gcnuit, et Adallindam ex qua Theodricum procreavit. Einhard, Vita Karoli, c. XVIII.

2. On consultera sur lui les deux courts articles de Dom Calmet, Bibliothèque de la Lorraine, col. 334; et de Simson, Allgemeine deulsche Biogra^ phie, V, 442.

3. La date du jour dans les Annales Weissemburgenses. Pertz, Scriptores, I, 111. « 15. Kal. Jul. natus est Drugo ». La date de Tannée est rectifiée dans la Zeilêchrift fur die Geschichte des Oberrheins, XIII, 492.

4. S*il fallait en croire la chronique du monastère de Novalèse, dans le val de Suse, au pied du mont Cenis, Charlemagne aurait confié Téducation de Hugue, frère de Drogon, à Tabbé de cette maison, Frodoin. Hugue serait devenu Tun de ses successeurs. MaisTauteur a identifié bien à tort un abbé inconnu, du nom de Hugue, avec le fils de Charles et de Régine et lui attribue les actions de celui-ci. La remarque a été faite par Bethmann dans Pertz, Scriptores, VII, p. 102, note 64.

vie. Quand, le dimanche 11 septembre 813, après la mort de ses deux fils aines Charles et Pépin, il couronna d'avance comme empereur son troisième fils Louis, il lui recommanda avec instance de veiller sur ses demi-frères Drogon et Hugue K

Lorsque Louis eut recueilli le lourd fardeau de l'héritage de Charlemagne, il se montra fidèle à ses promesses, du moins au début. Sans doute il fut obligé de chasser du palais impérial bien des officiers de son père dont la conduite causait du scandale *^; sans doute il dut contraindre ses propres sœurs à se retirer dans un couvent ^ ; mais Drogon et Hugue étaient encore trop jeunes pour avoir été atteints par la corruption qui s'étalait à la cour du vieil empereur. Leur frère les garda près de lui ; il lés accueillit à sa table ; il les fit élever au palais et leur donna une excellente instruction *. Ces bâtards connurent ainsi toute la douceur de la vie de famille.

Mais subitement les dispositions de l'empereur à leur égard changèrent. Bernard, neveu de Louis et auquel avait été laissé le royaume d'Italie, se révolta en 817. C'est le propre des caractères faibles de ne point savoir prévoir les événements ; puis, quand ils ont éclaté, de recourir tout de suite aux mesures les plus extrêmes. Louis, cet homme si religieux, n'éprouva aucune pitié pour Bernard; il lui fit crever les yeux*^. Puis il redouta qu'un jour ces adolescents Drogon et Hugue ne se souvinssent que dans leurs veines coulait le sang du grand Charles ; il craignit qu'un jour ils n'entraînassent eux aussi le peuple à la révolte. Il oublia les serments jurés en 813 et, dans la même assemblée d'Aix-la-Chapelle qui condamna Bernard (avril 818) ^,

i. Docuit eum (Ludowicum) pater (Karolus) ut in omnibus prseceptum Domini custodiret tradiditque ei jus rcgni, commendavitque ei filios suos Drocone, Theuderico et Ilugone. Chronicon Moissiacense, 813, dans Perte, Scriptores^ II, 2o9.

2. Vila Illudowiciy c. 23, dans Pertz, Scriptores^ II, 619. Cf. Simson, Jahrbùcher des frànkichen Beichs untcr Ludwig dem Frommen, I, 16.

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